« Christian Estrosi veut en découdre avec moi, et visiblement jusqu’au bout » par David Nakache 

29/01/2022

Président de l’association « Tous citoyens! » et candidat aux municipales à Nice en 2020, c’est une persécution judiciaire sans fin que vit David Nakache de la part du maire de Nice, pour avoir dénoncé la corruption au sein de la ville, et la politique xénophobe menée par ce dernier. Pour QG, il revient sur les épisodes ubuesques de cette affaire, qui l’oppose à Christian Estrosi, soutien actif du président Macron contre son propre camp

Quand s’opposer à un candidat en lice pour une réelection conduit à une histoire judiciaire sans fin. C’est ce que vit David Nakache. Président de l’association « Tous citoyens ! » et candidat aux municipales à Nice en 2020 dans la liste VIVA, il est depuis deux ans la cible de deux procédures judiciaires – diffamation, injure publique – lancées à son encontre par Christian Estrosi, maire de Nice. Dans cet entretien accordé à QG, il souligne l’acharnement judiciaire d’Estrosi, aux frais du contribuable niçois et le fait qu’en cas de victoire de ce dernier à la Cour de cassation, ce sera une porte ouverte pour faire taire toute opposition, à Nice comme ailleurs. Interview par Jonathan Baudoin

David Nakache, président de l’association Tous citoyens ! et candidat aux municipales à Nice en 2020

QG : Pourriez-vous rappeler l’historique du combat judiciaire que mène Christian Estrosi à vorte encontre depuis deux ans ?

David Nakache : J’ai reçu, fin 2019, une convocation au tribunal, où je suis accusé de diffamation par Christian Estrosi pour avoir déclaré durant la campagne des élections municipales qu’il fallait voter pour notre candidate pour, entre autres, mettre fin à la corruption à Nice. Dans ce tweet là, je ne cite pas Christian Estrosi mais il se sent visé et argumente en disant que si on veut changer de mandature, c’est que l’ancienne mandature était corrompue ou laissait volontairement la corruption se développer, ce que je n’ai pas déclaré. Cette affaire passe en justice, à Nice et, à ma grande surprise, j’ai été condamné à payer plus de 10.000 euros. J’ai fait appel et la cour d’appel d’Aix-en-Provence m’a innocenté et relaxé.

Dans la seconde affaire Christian Estrosi me poursuit pour injure publique. Dans un tweet, j’ai dit que la ville de Nice avait un maire xénophobe. Je soutiens par ailleurs que la ville de Nice mène une politique à caractère xénophobe, c’est-à-dire hostile aux étrangers. C’est un constat dressé et argumenté, fondé sur une analyse de la politique municipale et des différents propos de M. Estrosi à l’encontre des personnes étrangères ou d’origines étrangères. Il m’attaque pour injure alors que j’utilise précisément le terme « xénophobe », qui n’est pas un terme injurieux, et non les termes de « raciste » ou de « fasciste ». Si vous prenez un dictionnaire, à aucun moment il n’est indiqué que le terme « xénophobe » a un caractère péjoratif ou injurieux. J’ai d’ailleurs été relaxé en première instance, à Nice. Christian Estrosi a fait appel et j’ai été relaxé une seconde fois en appel, à Aix-en-Provence.

J’ai appris, par la suite, que Christian Estrosi se pourvoyait en cassation, à Paris, dans ces deux affaires. C’est une procédure extrêmement longue. Nous verrons si les deux dossiers passent le filtre de la commission qui étudie les dossiers soumis à la cour de cassation et ensuite, ce que dira la cour si elle se prononce.

QG : Le vendredi 21 janvier, le conseil municipal de Nice a voté l’octroi de la protection fonctionnelle à Christian Estrosi, ainsi que la prise en charge des frais d’assistance et de représentation en justice du maire de Nice par la municipalité dans les procédures judiciaires qu’il mène contre vous et d’autres personnes. Est-ce une manière de régler des comptes aux frais du contribuable local?

Tout à fait. La protection fonctionnelle est un principe sain. Je ne le remets pas en question car il protège des fonctionnaires et des élus qui sont attaqués, mis en danger ou poursuivis. Mais là ce principe est détourné pour un règlement de compte politicien, faisant que les frais d’avocat et de procédure de Christian Estrosi vont être payés par les contribuables niçois. Dans sa carrière politique, M. Estrosi a été qualifié de bien pire que ce que j’ai pu écrire. Alors que j’ai affirmé qu’il y avait de la corruption à Nice et que Nice avait un maire xénophobe, d’autres l’ont traité de corrompu, de raciste, ou ont déposé plainte contre lui pour incitation à la haine raciale. Il n’a pas attaqué ces personnes-là. Il n’a pas poursuivi des députés, des membres du gouvernement, des présidents d’associations nationales qui disaient que ses propos rappelaient les heures sombres de notre histoire ou constituaient une incitation à la haine raciale. Or il m’attaque de façon systématique. Il veut en découdre avec moi et visiblement jusqu’au bout. Mais c’est aux frais du contribuable.

En juin 2020, en plein mouvement Black Lives Matter, la préfecture de Nice interdit les manifestations contre les violences policières et le racisme. Les rassemblements ont tout de même lieu malgré les interdictions

QG : Au-delà de votre affaire, peut-on dire que toute parole critique envers un pouvoir élu est aujourd’hui susceptible d’être judiciarisée, afin de la décrédibiliser, de l’affaiblir ?

Ce procédé porte un nom : les procédures-bâillon. On veut faire taire quelqu’un, on l’accuse et le traîne au tribunal. De nombreux lanceurs d’alerte qui dénoncent les méfaits de grands groupes financiers, et de nombreux opposants faisant face à des barons locaux y sont confrontés. À Nice, dès que l’on parle de politique xénophobe, de corruption, on touche à des sujets quasi tabous pour le maire de Nice, sur lesquels il refuse de répondre dans un débat démocratique. Mes propos, je les ai tenus pendant une campagne électorale et il aurait été naturel qu’il s’en défende et démontre par A+B qu’il avait tout fait pour lutter contre la corruption et en quoi la politique qu’il menait n’était pas xénophobe. On aurait eu un débat contradictoire sain, permettant aux électeurs de voter en connaissance de cause.

Au lieu de cela, comme c’est un sujet qui dérange, il m’attaque au tribunal. Il exerce une pression judiciaire. Je suis fonctionnaire. Si je perds ces deux procès en cassation, cela peut avoir des conséquences sur ma carrière. Il y a également une pression financière importante. J’ai dû lancer une collecte solidaire pour payer mes frais d’avocat, sans quoi je ne pouvais pas m’en sortir. Et ce sont des affaires qui durent. Cela fait déjà deux ans pour moi. Certaines personnes subissent des procédures-bâillon pendant quatre, six ou huit ans. Pendant tout ce temps, vous avez une pression psychologique sur vous et votre entourage qui est très forte. C’est un moyen, pour le pouvoir en place, de faire taire ses opposants. Et cela, en démocratie, n’est pas admissible. 

Si Christian Estrosi gagne dans ces deux affaires-là, plus aucun opposant local n’osera dire quoique ce soit contre lui, même en campagne électorale ! Si on ne peut pas dire : « Il faut mettre fin à la corruption dans la ville », on ne pourra plus du tout parler de corruption. Ce qui se passe à Nice est extrêmement grave et dépasse très largement mon cas personnel. C’est notre liberté d’expression commune et le débat démocratique local qui sont en jeu.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

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4 Commentaire(s)

      1. La vérité (Guy Béart)

        Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
        D’abord on le tue, puis on s’habitue
        On lui coupe la langue on le dit fou à lier
        Après sans problèmes, parle le deuxième
        Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté.

        J’affirme que l’on m’a proposé beaucoup d’argent
        Pour vendre mes chances dans le Tour de France
        Le Tour est un spectacle et plaît à beaucoup de gens
        Et dans le spectacle, y’a pas de miracle
        Le coureur a dit la vérité, il doit être exécuté.

        À Chicago, un journaliste est mort dans la rue
        Il fera silence sur tout ce qu’il pense
        Pauvre Président, tous tes témoins ont disparu
        En chœur ils se taisent, ils sont morts, les treize
        Le témoin a dit la vérité, il doit être exécuté.

        Le monde doit s’enivrer de discours pas de vin
        Rester dans la ligne, suivre les consignes
        À Moscou, un poète à l’Union des écrivains
        Souffle dans la soupe où mange le groupe.
        Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté.

        Combien d’hommes disparus qui un jour ont dit non
        Dans la mort propice, leurs corps s’évanouissent
        On se souvient ni de leurs yeux, ni de leur nom
        Leurs mots qui demeurent chantent « juste » à l’heure.
        L’inconnu a dit la vérité, il doit être exécuté.

        Un jeune homme à cheveux longs grimpait le Golgotha
        La foule sans tête était à la fête
        Pilate a raison de ne pas tirer dans le tas
        C’est plus juste en somme d’abattre un seul homme.
        Ce jeune homme a dit la vérité, il doit être exécuté.

  1. Là, il semble en effet qu’il y ait un fort acharnement vis à vis du grief invoqué. Grief qui reste cependant à attester en justice. Pourquoi un tel acharnement ? Procédure bâillon évidemment. Sélection par le fric des justifiables comme toujours dans notre système dont toutes les entrées sont pourries.

    Bon, ça n’a rien à voir, mais Nakache c’est pas un nom catholique !
    Wiki. Nakache, Naccache, Naqqāš (Naqqāsh, Naqāsh, Naqaash), Nakāsh, arabe : نقاش, hébreu : נקש est un nom de famille d’origine arabe, juive, karaïte
    Le nom a deux significations: En Arabe النقاش signifie « ciseleur » (profession). Dans la tradition karaïte, Nakache (נקש) est un titre qui désigne le descendant d’une personne ayant clarifié une difficulté thélogique à l’aide du principe d’inférence de la foi Karaïte, le heikesh (היקש). Ce patronyme (souvent associé au haplogroupe E-L117) se retrouve en Syrie, Liban, Algérie, Tunisie, Palestine, Égypte, Israël, Irak, France et Crimée mais aussi au Canada et au Brésil (immigration).

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