Inflation: les manifestations se multiplient à travers le monde

15/07/2022

Sri Lanka, Equateur, Albanie, Panama, Libye: les mouvements sociaux se multiplient dans le monde ces dernières semaines face à la flambée des prix du carburant et des denrées alimentaires. L’ONU s’attend à des troubles généralisés si les gouvernements ne prennent pas des mesures décisives et radicales. Tour d’horizon mondial par Luc Auffret pour QG

Soulèvement au Sri Lanka, grève générale en Equateur, parlement incendié en Libye et manifestations dans de nombreux pays, le monde connaît depuis plusieurs semaines une intensification des mouvements sociaux face aux difficultés économiques et à la détérioration des conditions de vie.

Allianz, l’un des plus gros assureurs mondial à d’ores et déjà appelé les entreprises à se préparer à une multiplication des manifestations et troubles sociaux à travers le monde en raison de la hausse du coût de la vie due à l’inflation et la perturbation des chaînes d’approvisionnement. 

De son côté l’entreprise financière Verisk, spécialisée dans la gestion du risque pour les compagnies d’assurances prévoit elle aussi une multiplication des manifestations à travers le monde liée en grande partie à l’insécurité alimentaire croissante. Selon ses projections de l’indice des troubles civils, 75 pays connaîtront probablement une augmentation des manifestations d’ici la fin de l’année 2022.

QG a recensé la longue liste des mobilisations sociales ayant eu lieu ces dernières semaines à travers le monde. Les voici :

L’Equateur a été marqué durant le mois de juin par une grève générale de 18 jours face à la hausse des prix du carburant et du coût de la vie. Menés par la puissante Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (Conaie), des blocages et manifestations parfois violentes ont lieu quotidiennement à travers le pays. Après 6 morts et plus de 600 blessés, le Président et le mouvement indigène ont conclu à un accord pour réduire de 15 centimes le prix des carburants et réviser des décrets sur l’exploitation pétrolière et l’extraction minière des territoires autochtones.

Au Népal, le gouvernement a décidé de réduire considérablement le prix des carburants suite au mécontentement grandissant de la population et après une violente manifestation d’étudiants à Katmandou, la capitale, le 20 juin dernier.

Au Panama, des manifestations et grèves ont lieu depuis plus d’une semaine contre l’inflation et la corruption. Après huit jours de mobilisation, le Président a annoncé ce lundi une baisse des prix de l’essence et un gel des tarifs de plusieurs autres produits essentiels. Des mesures pas suffisantes pour calmer la contestation dans le pays où les blocages ont continué ce mardi.

En Albanie, une grande manifestation s’est déroulée le 7 juillet à Tirana à l’appel du principal parti d’opposition contre l’augmentation des prix du carburant, des produits alimentaires de base et à la corruption présumée du gouvernement. Des images de drones montrent l’étendue de la mobilisation.

En Israël, 2.500 manifestants se sont rassemblées samedi 2 juillet sur la place Habima à Tel Aviv pour protester contre le coût de la vie et la flambée des prix des logements. Les organisateurs de la manifestation travaillent sur un cahier de revendications qui sera présenté au gouvernement.

En Libye, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes du pays, ce vendredi 1er juillet, contre la dégradation des conditions de vie, les coupures d’électricité chroniques en pleine canicule et la classe politique dans un pays coupé en deux. A Tobrouk, les manifestants ont forcé l’entrée du parlement à l’aide d’un bulldozer avant de l’incendier.

En Bosnie-Herzégovine, des manifestations contre la hausse des prix et les difficultés économiques ont aussi éclaté mercredi dernier à la suite d’appels à manifester diffusés sur les réseaux sociaux. Des milliers de manifestants se sont rassemblés dans plusieurs villes du pays où l’inflation sur un an dépasse les 14%.

En Argentine ce sont des milliers de personnes qui ont manifesté ce dimanche 9 juillet à Buenos Aires, et dans tout le pays, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance, afin de protester l’inflation de plus de 60% et l’accord entre le gouvernement et le FMI pour rembourser la dette de 45 milliards de dollars du pays. L’inflation en Argentine est l’une des plus élevée au monde.

En Afrique, la flambée des prix du carburant et des denrées alimentaires provoque aussi une multiplication des mouvements de protestation. Le Ghana a connu fin juin deux journées de manifestations et  blocages contre l’inflation ayant dépassé les 27% et en particulier la hausse des carburants. Au Mozambique, une manifestation a eu lieu le 4 juillet dans la capitale contre la hausse des prix du carburant, événement rare dans ce pays qui est l’un des pays les plus pauvres au monde.

Au Kenya, des manifestants sont descendus jeudi 7 juillet dans les rues de Nairobi la capitale sous le slogan « No food, no élection » alors que l’élection présidentielle doit se tenir au début du mois d’août. Les manifestants demandent la réduction du prix des denrées alimentaires, notamment les produits de base comme l’huile de cuisson, la farine de maïs et de blé, ou encore le sucre.

L’Afrique du Sud et l’Ouganda connaissent également des blocages de route ces derniers jours contre la flambée des prix du carburant. Des manifestants ont bloqué plusieurs routes dans le nord-est de l’Afrique du Sud mercredi 6 juillet notamment la principale route commerciale du pays, tandis que l’Ouganda a connu hier des blocages sur différents points de l’autoroute Jinja-Kamuli. La police a utilisé des gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles.

En Corée du Sud, 50.000 personnes ont manifesté à Séoul à l’appel de la Confédération coréenne des syndicats (KCTU) ce samedi 2 juillet pour exiger une augmentation du salaire minimum et de meilleures conditions de travail. En Belgique, c’est 80.000 personnes qui ont manifesté le lundi 20 juin à Bruxelles à l’occasion d’une journée de grève nationale pour le pouvoir d’achat et les salaires.

Au Royaume-Uni, plusieurs milliers de personnes ont manifesté le samedi 18 juin dans le centre de Londres contre la crise du coût de la vie. Des manifestations ont eu lieu le même jour à Dublin et dans plusieurs villes d’Irlande pour ces mêmes raisons. Le lundi 4 juillet, le pont Severn, reliant l’Angleterre au Pays de Galles, a également été bloqué par une opération escargot d’automobilistes protestant contre la flambée du prix du carburant.

Enfin le Sri Lanka a connu ce samedi 9 juillet, un soulèvement, obligeant le Président et le Premier Ministre à démissionner après des mois de manifestations. La résidence du Président, ainsi que son secrétariat ont été envahis, tandis que la résidence privée du Premier Ministre a elle été incendiée. Le pays fait face à sa pire crise économique depuis son indépendance provoquant d’importantes pénuries de denrées alimentaires, de pétrole et médicaments, sans parler de coupures de courant quotidiennes et d’une inflation galopante.


Au total, 71 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté ces trois derniers mois selon un récent rapport publié par l’ONU. Avec l’augmentation du prix de l’alimentation et de l’énergie, l’ONU s’inquiète d’une crise du coût de la vie ayant déjà « fait basculer des millions de personnes dans la pauvreté et même la famine à une vitesse époustouflante ». Dans le même temps « la menace de troubles sociaux accrus grandit de jour en jour.»

La directrice du FMI, Kristalina Georgieva a de son côté alerté au sujet d’une augmentation de la pauvreté et des troubles sociaux si aucune mesure n’est prise pour renforcer la sécurité alimentaire. Les difficultés économiques provoqués par la pandémie de Covid-19 ainsi que par la guerre en Ukraine laissent présager pour les prochains moins et prochaines années, une augmentation grandissante des manifestations et révoltes à travers le monde avec un retour des émeutes de la faim dans les pays les plus fragiles.

Luc Auffret

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