Grève à Sanofi: quatre salariés menacés de licenciement

04/01/2023

Après un mois de grève pour les salaires à Sanofi, la direction du groupe pharmaceutique a convoqué quatre figures du mouvement à des entretiens préalables à licenciement pour faute lourde ces 4 et 5 janvier. La CGT dénonce « des méthodes dignes des représailles du patronat du siècle dernier », visant à tuer toute future contestation. QG fait le point sur cette inquiétante répression syndicale

A peine le conflit terminé chez Sanofi, la direction fait planer la menace de licencier quatre meneurs de la grève qui a touché 17 sites de l’entreprise entre le 14 novembre et le 14 décembre 2022. Les grévistes réclamaient une hausse des salaires pour faire face à l’inflation ainsi que des embauches et de meilleures conditions de travail. Il s’agit de quatre salariés des sites d’Ambarès, Le Trait et Montpellier, dont trois sont élus CGT. Tous ont reçu une convocation pour un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement pour faute lourde. Pour le coordinateur de la CGT Sanofi Jean-Louis Peyren, « la direction a décidé de faire des exemples et de couper des têtes en tapant sur les leaders de cette grève ». Selon lui Sanofi « a fait un choix stratégique en ciblant les meneurs sur les sites où le conflit a été le plus dur. »

Contacté par QG, Sanofi n’a pas souhaité commenter les procédures en cours pour ces quatre salariés ajoutant néanmoins que « des actions illicites » auraient été « menées par certains des grévistes » en empêchant certains sites de pouvoir « continuer à fonctionner normalement » et en perturbant « la fabrication et la livraison de médicaments et vaccins essentiels pour les patients ». Le groupe ajoute avoir « saisi les tribunaux qui, par quatre décisions de justice, ont reconnu le caractère illicite de ces actes qui ont été constatés par huissier ».

Alors que les entretiens doivent se tenir les 4 et 5 janvier, la CGT Sanofi a d’ores déjà appelé à débrayer sur tous les sites ainsi qu’à se rassembler localement devant les bureaux des ressources humaines. Plusieurs branches de la CGT ont également apporté leur soutien aux salariés menacés de licenciement. 

Dans un courrier adressé à la direction générale du groupe pharmaceutique, la Fédération nationale des industries chimiques-CGT (FNIC-CGT) a précisé qu’elle « mettra en œuvre tous les moyens dont elle dispose pour qu’aucun de ses membres ne soit victime d’une injustice, ni ne soit sanctionné pour avoir tout simplement fait valoir son droit légitime et constitutionnel de faire grève » si le groupe « persévère dans sa démarche de répression. »

D’importants moyens répressifs déployés contre la grève

Pour Jean-Louis Peyren, « la réaction de la direction a été violente » durant ce conflit. Présence des renseignements intérieurs, intervention des forces de l’ordre pour lever des blocages, le syndicaliste estime que les grévistes « ont eu à faire à tout l’arsenal que les lois mettent à disposition » ajoutant que « des huissiers étaient planqués jours et nuits devant certains sites ». 

Le point culminant de cette réponse répressive aura été le déploiement d’un important dispositif policier le 23 novembre devant le siège du groupe pour faire face à un rassemblement des grévistes à l’occasion des négociations salariales. Au total, une douzaine de camions de CRS auront été déployés devant le siège. Des tensions avaient finalement éclaté entre manifestants et policiers suite à l’échec des négociations entre les syndicats et la direction. Les CRS avaient fait usage de gazeuses et de matraques, ainsi que le montrent des images filmées par QG, ce qui n’avait pour autant pas empêché les salariés d’envahir le siège social.

Des dividendes en forte hausse

Alors que Sanofi n’a pas souhaité répondre favorablement à la revendication d’une hausse de 10% des salaires, la situation du groupe du CAC 40 est cependant excellente. L’entreprise va augmenter de 16% ses dividendes versés aux actionnaires en 2022 soit une enveloppe de près de 700 millions d’euros supplémentaire par rapport à l’année précédente pour atteindre un total de 4,8 milliards d’euros. A titre de comparaison, l’enveloppe accordée pour l’augmentation des salariés se situerait entre 70 à 80 millions d’euros d’après Jean-Louis Peyren soit près de dix fois moins que celle accordée aux actionnaires. Le groupe a également perçu 1,5 milliard d’euros d’argent public en dix ans, soit 150 millions d’euros par an sous forme de CIR (Crédit Impôt recherche) ou CICE selon la CGT Sanofi.

Philippe Martinez interpelle le gouvernement et le patron de Sanofi

Face à cette situation, le Secrétaire Général de la CGT a adressé lui-même une lettre au directeur général du groupe pharmaceutique Paul Hudson, pour lui demander « d’urgence de lever toute menace de sanctions à l’encontre des responsables CGT et plus largement des salariés concernés ». En plus du DG de Sanofi, le patron de la CGT a également envoyé un courrier à la Première Ministre Elisabeth Borne ainsi qu’au Ministre du Travail Olivier Dussopt pour demander au gouvernement d’intervenir auprès de la direction de Sanofi « afin qu’aucune sanction ne soit prises contre celles et ceux qui ont légitimement exercés leur droit de grève ».

Luc Auffret

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2 Commentaire(s)

  1. Le film tweet montre clairement que les salariés ont une attitude de dialogue : ils laissent les CRS accéder librement à l’accueil de l’entreprise alors que l’inverse n’est manifestement pas vrai !

    La philosophie à coups de matraques : voilà la réponse de Sanofi au dialogue que proposent les salariés.
    Faudra pas s’étonner qu’ensuite les salariés sortent le marteau et la faucille … et s’en servent.

    Pour qui sont faites les démarches participatives promises par Macron : seuls les flics sont invités ??? Qui animera ces démarches ? le préfet Lallement ?

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