Quand les bulletins sont rebattus : Xavier Niel tente de bloquer Rachida Dati aux municipales

12/03/2026

Alors que le scrutin municipal aura lieu ces dimanches 15 et 22 mars, le nom du futur maire de Paris intéresse de très près les milliardaires, qui ont fait de la capitale leur terrain de jeux. Habitué à mettre la main sur des biens prestigieux, le très fortuné Xavier Niel aura effectivement longtemps tiré profit d’une ville dirigée par le Parti socialiste. Notamment grâce à… Jean-Louis Missika, ancien adjoint à l’urbanisme d’Anne Hidalgo, condamné pour prise illégale d’intérêts en avril 2024. Tandis que Rachida Dati, avec qui le fondateur de Free entretient des relations pour le moins houleuses, est donnée gagnante au second tour dans les sondages, Xavier Niel tente de lui couper l’herbe sous le pied. Via ses titres de presse, l’actionnaire du groupe Le Monde s’emploie à enferrer l’ancienne ministre de la Culture dans ses démêlés judiciaires et autres polémiques spectaculaires. Une enquête exclusive de Louison Lecourt sur QG

« J’adorerais utiliser mon argent pour aider ma ville. » Ah, Xavier Niel, ce bon samaritain… Milliardaire, mais inconditionnellement altruiste. Patron de presse, non pour protéger son image ou obtenir des faveurs du pouvoir… mais parce qu’il admire le métier. Jusqu’à peu, il aimait aussi flirter avec les rumeurs d’une possible candidature à la mairie de Paris. Encore une fois sans intérêt, bien sûr, si ce n’est qu’il détesterait voir les clés de la ville qu’il aime tant, entre des mains mal intentionnées.

À défaut de se présenter, Xavier Niel s’est immiscé en réalité bien plus discrètement dans le scrutin. Et pour cause. L’enjeu est crucial pour l’empire immense qu’il a façonné : à 58 ans, ce sont près de 3 milliards d’euros qu’il a alloué à l’immobilier parisien, comme l’a estimé le Canard Enchaîné.

Le président Emmanuel Macron (au centre), la secrétaire d’État française chargée de l’IA et du numérique Clara Chappaz (à gauche) et l’homme d’affaires Xavier Niel. À Tirana, le 16 mai 2025. Photo Ludovic MARIN / AFP

Si Xavier Niel investit, ici et là, dans les start-up, la presse et les biens immobiliers de prestige, c’est aussi parce qu’il a su, dans ce dernier cas, tirer profit d’un contexte municipal particulièrement bienveillant pour renforcer ses appuis et élargir son influence. En témoigne sa proximité avec les proches d’Anne Hidalgo, maire sortante, et plus particulièrement avec l’ancien adjoint à l’urbanisme Jean-Louis Missika, condamné pour prise illégale d’intérêts en avril 2024. C’est avec ce dernier que Xavier Niel a coécrit son ouvrage Une sacrée envie de foutre le bordel, paru chez Flammarion en 2024, qui s’avère être « une conversation entre amis qui raconte un homme ».

Or, cette fois-ci, ce n’est pas son ami, mais une redoutable adversaire, qui pourrait bientôt décider du bon déroulement de ses affaires parisiennes.

Edile et milliardaire, la fin d’une idylle ?

Depuis près de six ans, le patron de presse et Rachida Dati, la tout juste démissionnaire ministre de la Culture, entretiennent des relations pour le moins houleuses. Insultes et piques sont lancés à la volée. « Je ne me réconcilierai jamais avec cet enfoiré », a-t-elle glissé au printemps 2025 à l’une de nos sources.

Alors que les Parisiens iront élire leur maire ces dimanches 15 et 22 mars, la querelle entre le milliardaire et la candidate des Républicains, tourne à l’obsession. Cette dernière étant placée en seconde place dans les sondages pour le premier tour, derrière le socialiste Emmanuel Grégoire, en tête de l’union de la gauche et des écologistes (hors LFI), est bien positionnée dans la course. D’autant plus qu’un sondage récent de l’Ifop, daté du 22 février 2026, donne Rachida Dati gagnante du second tour en cas de duel (53%-47%).

Au regard de cet inquiétant cas de figure, depuis de nombreux mois déjà, dès le lancement de la campagne, les Unes anti-Dati se multiplient dans nombre de journaux détenu par Niel. Effectivement, la presse, l’un des tremplins influents dans lesquels le fondateur de Free investit généreusement, semble être sommée de faire preuve de réactivité lorsqu’il s’agit d’un scoop concernant Rachida Dati. À l’inverse, l’actuelle maire du 7e arrondissement multiplie les dépôts de plaintes en diffamation contre les médias qui s’en prennent à elle. Peut-être Niel, très procédurier à une époque, lui a-t-il montré l’exemple ?

Des Unes avant les urnes

Si l’actualité de Rachida Dati mérite, assurément, un traitement médiatique attentif, au regard de la gravité des faits qui lui sont reprochés, elle monopolise tout particulièrement les colonnes des titres controlés par le milliardaire, à l’instar du quotidien Le Monde, du Nouvel Obs, ou de Télérama.

Le cambriolage du Musée du Louvre, la perquisition de son appartement dans le cadre d’une information judiciaire pour corruption, la « conspiration gay », « la convergence des brutes » avec son adversaire de la FI, Sophia Chikirou, quand ce ne sont pas des soupçons d’alliance avec la zemmouriste Sarah Knafo, ou encore la récente polémique du « WikiDati », autant d’épisodes largement relayés et traités en long, en large et en travers par ces titres.

Tête de turc du Nouvel Obs, hebdomadaire dont Xavier Niel est actionnaire à titre individuel via le groupe Le Monde, Rachida Dati apparaît dans pas moins de 42 titres du journal entre le 1er juin 2025 et le 10 mars 2026. Cette omniprésence fait même l’objet d’un “running gag” dans la rédaction. Selon nos informations, ces railleries récurrentes s’expliqueraient par le nombre d’affaires judiciaires qui la touche et la multiplication des plaintes en diffamation que celle-ci a porté contre le magazine. 

C’est ce même journal qui, rappelons-le, a été à l’origine des révélations, de l’affaire Renault en mars 2024, impliquant des faits de corruption et de trafic d’influence. Rachida Dati sera jugée à ce titre à partir du 16 septembre 2026. C’est également le Nouvel Obs et Complément d’Enquête qui, en juin 2025, ont révélé les liens financiers de la candidate avec GDF Suez lorsqu’elle était députée européenne.

Le Nouvel Obs, dossier de révélations sur Rachida Dati, 5 mars 2026

À titre de comparaison, sur la même période, les candidats aux municipales Emmanuel Grégoire (PS) et Sarah Knafo (Reconquête) ne totalisent que onze occurrences chacun, tandis que Sophia Chikirou (LFI) et Pierre-Yves Bournazel (Horizons) n’apparaissent respectivement que trois et cinq fois dans les colonnes du Nouvel Obs. Un écart éloquent.

“Ennemie du service public”

Le Monde, autre titre du même groupe, annonçait, le 20 janvier dernier, qu’Emmanuel Grégoire et Rachida Dati voulaient « imposer l’idée d’un match à deux » dans le cadre des élections municipales. Le journal semble toutefois avoir accordé davantage de sympathie à la parole du candidat socialiste. Depuis le 1er juin 2025, trois pages du site web ont été consacrées à Emmanuel Grégoire, dont une tribune dans laquelle il insiste sur le danger de la bolloréisation des médias, ainsi qu’un entretien lui permettant d’annoncer, selon ses mots, une rupture avec « la méthode Anne Hidalgo ».

À noter toutefois que si Emmanuel Grégoire assure de ses différences avec l’ancienne maire, il l’a toujours défendue. « Anne a réussi à créer une alchimie entre les jeunes hussards et les vieux briscards. C’est elle qui fait la synthèse », a-t-il lancé dans Libération lors des dernières élections municipales, au moment même où la multiplication des partenariats publics et privés faisaient largement débat.

L’ancienne magistrate, elle, figure sur neuf pages du site en ligne du quotidien de référence, mais décrite sous une plume principalement à charge. Tantôt “la fébrilité gagne la campagne de Rachida Dati”, tantôt “la campagne survoltée de Rachida Dati pour la mairie agace à gauche. Au-delà d’un état des lieux de sa campagne, les articles sont bien souvent consacrés au rappel des différentes affaires compromettantes la concernant.

Une de Télérama, 15 novembre 2025

Outre une multitude d’articles, l’ex sarkozyste a fait la Une du print de Télérama le 15 novembre 2026. “Amie de Bolloré” et“Ennemie du service public”, peut-on lire sur la couverture de l’hebdomadaire. Nous avons pu le vérifier : en un an, soit depuis le 12 mars 2025, c’est la seule personnalité politique à avoir fait la Une du magazine. Et Télérama appartient lui aussi… au groupe de Niel.

Xavier Niel et son empire parisien

La principale intéressée, Rachida Dati, n’y voit rien d’anodin. Ce ne seraient pas les intérêts des Parisiens, mais bien ceux de Xavier Niel lui-même, qui seraient défendus avec tant de zèle par ces rédactions. « Xavier Niel a fait beaucoup d’achats immobiliers sous Hidalgo et ils entretiennent de très bonnes relations », assure Rachida Dati, filant entre deux rendez-vous.

Depuis une quinzaine d’années, le mogul des télécoms, 7ᵉ fortune de France selon le magazine Challenges (propriété de Bernard Arnault) a, de fait, discrètement étendu ses investissements dans la ville, au point d’y constituer un empire immobilier monumental.

Et si parmi les acteurs économiques de la ville de Paris, Bernard Arnault, l’homme le plus riche de l’Hexagone, a souvent été épinglé pour ses caprices opulents, le concubin de sa fille, Delphine Arnault, s’est montré sensiblement plus discret dans ses nombreuses acquisitions… à moins que les journalistes ne montrent plus de mansuétude à son égard.

Car désormais, Xavier Niel cumule pas moins d’une dizaine d’hôtels particuliers, dont l’emblématique hôtel Lambert et l’hôtel Coulanges. S’ajoutent à son butin une partie de la tour Triangle, du forum des Halles et du Carrousel du Louvre via ses actions de plus de 26 % dans la multinationale Unibail-Rodamco-Westfield. Le milliardaire s’est offert, de surcroît, la tour CIT et les deux derniers étages de la tour Montparnasse qui la jouxte, ainsi que les locaux de son école 42, la Tour Morland, le musée Giacometti, et la liste est encore longue.

Le musée Giacometti

C’est d’ailleurs cette affaire « Giacometti », qui a partiellement rendu publique « la guerre » entre les deux protagonistes. Selon « Freenews » (fin novembre 2024), Rachida Dati, maire du 7ᵉ, s’était montrée opposée à l’évolution de la maquette de ce musée situé dans l’arrondissement. Tenace, elle avait fustigé l’ajout d’un centre commercial et d’un espace panoramique qui, d’après elle, s’éloignaient de l’objectif initial du projet, centré sur les métiers d’art et les activités non lucratives. Lui voyait, derrière cet affront, un moyen de faire diversion après la parution de l’enquête du Nouvel Obs paru auparavant dans l’année.

Vrai ou pas, les deux se regardent en chiens de faïence : un bref aperçu de la situation explosive qui pourrait s’installer si Rachida Dati venait à être élue maire ce 22 mars. Inquiet, l’homme d’affaires ne peut rester passif, sous peine de compromettre ses bonnes fortunes futures. « L’immobilier à Paris c’est son kiff », souffle à QG un fin connaisseur des investissements de Xavier Niel.

Parmi les « édifices d’exception » qu’il a négociés avec la Ville de Paris, arrêtons nous sur le rachat de l’ancienne gare de la Halle Freyssinet dans le 13e arrondissement.

Jean Louis Missika : le cheval de Troie

Ce projet ? Un « flagship (projet vitrine, NDLR) pour l’économie numérique parisienne », selon Jean-Louis Missika, alors adjoint à l’urbanisme de Anne Hidalgo. Inauguré en 2017 par Xavier Niel, la gare est devenue un campus qui abrite aujourd’hui un millier de start-up : la Station F.

Le chercheur et journaliste indépendant Hacène Belmessous a mené l’enquête pendant de longs mois, avant de publier son essai « Paris n’est plus une fête » (éditions Les Voix Urbaines, 2024), notamment consacré à ce projet. « Missika a toujours été une sorte de cheval de Troie dans la capitale pour les projets de Niel. C’est lui qui a promu Station F auprès de Bertrand Delanoë. C’était un outil », indique-t-il à notre média. 

Jean-Louis Missika et Anne Hidalgo au Forum des Halles, Paris, 9 avril 2016. Photo A. Schneider

Il rappelle que Station F s’inscrit dans un plan plus large : « C’est quand même dans ce coin du 13ᵉ que Niel a imposé la localisation du siège du journal Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, Courrier International, etc. » C’est d’ailleurs en fouillant méticuleusement qu’il s’est rendu compte de l’empire qu’avait réussi à façonner l’oligarque. « Je n’imaginais pas que c’était devenu un acteur si important dans l’immobilier. Et en cela, ça fait de lui un vrai moteur de l’urbanisme parisien », poursuit-il.

Une stratégie d’investissement tous azimuts qui, aussi discrète soit-elle, est étroitement liée à son influence dans les médias, selon l’écrivain-chercheur. « Il faut quand même se dire qu’un homme comme Xavier Niel a une vraie capacité d’influence dans la presse. Lui s’en défend, mais quand il dit que, lorsqu’un média l’ennuie, il l’achète… » Une référence à la phrase prononcée par Niel rapportée par l’ex journaliste du Nouvel Obs, Odile Benyahia-Kouider : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard, et ensuite ils me foutent la paix. »

Le milliardaire a ainsi, depuis longtemps, préparé le terrain.

Un « ami » et collaborateur de longue date

Car ce lien, entre Missika et Niel, a débuté dès les années 2000. Ils ont noué une relation de confiance alors que Xavier Niel développait l’opérateur de télécom Free. En 2004, Jean-Louis Missika, spécialiste des médias, est recruté au sein d’Iliad, la maison mère de l’entreprise. Quand Xavier Niel fut incarcéré pour « recel d’abus de biens sociaux » en 2004, c’est Jean-Louis Missika qui, avec une poignée d’associés, a assuré la continuité de la direction tout en développant ses relations avec les collectivités. Pour ainsi dire, il a fait du lobbying auprès des élus, avant de démissionner en 2008 pour rejoindre la Ville de Paris en tant qu’adjoint à l’innovation de l’ancien maire socialiste, Bertrand Delanoë.

Missika s’est ensuite vu confier la direction de la campagne d’Anne Hidalgo en 2013 avant de devenir, post-élection, son adjoint à l’urbanisme. Plus encore, il se présente comme son homme de confiance. Fièrement, le proche d’Hidalgo et de Niel rappelait, le 25 novembre 2024 sur BFM Business, les stratégies politiques qu’il avait pu mettre en place : « On avait des conversations sur la politique (avec Xavier Niel, NDLR). J’ai fait beaucoup de choses à la mairie de Paris pour aider les start-up. » L’ancien communicant avait-il gardé l’habitude de défendre sans relâche les intérêts de Xavier Niel entre les murs de l’Hôtel de Ville ?

Les jeunes hussards et les vieux briscards

Pour certains, Anne Hidalgo n’aurait en effet guère eu d’autre choix que d’accepter les volontés de l’ancien homme d’affaires. C’est en tout cas ce que rapporte Yves Contassot, membre du mouvement Génération.s et ancien co-tête de liste du 13ᵉ arrondissement (EELV) pour les municipales de 2014 : « Missika disait à Hidalgo : “Soit je fais ce que je veux, soit je rejoins Macron. À ce moment-là, je serais dans l’opposition. Et j’emmènerais un certain nombre de membres du PS qui hésitent à basculer chez lui. », se rappelle le septuagénaire.

À cette époque, l’influent personnage n’a plus à frapper à la porte avant d’entrer dans le bureau de la maire. « 2014-2020 est une période très « Missikaiène » », abonde dans le même sens, Bernard Landau, adjoint d’Elisabeth Borne à la direction de l’urbanisme de Paris jusqu’en 2014. Chacun d’entre eux conserve des anecdotes à ce sujet.

Jacques Baudrier, conseiller délégué auprès de Jean-Louis Missika jusqu’en 2020 et élu du Parti communiste, ne partage toutefois pas ce constat. « Avec Jean-Louis Missika, nous étions un peu de yin et de yang : le libéral et le communiste, replace-t-il. On a travaillé six ans ensemble, de façon tout à fait respectueuse. » Jacques Baudrier ajoute qu’il n’a été en rien freiné par Jean-Louis Missika dans la mise en œuvre de politiques « très sociales ». Et de prévenir : « Il ne faut pas caricaturer le bonhomme. »

Lorsque le sujet de Xavier Niel est abordé, il affirme ne l’avoir jamais rencontré : « Très franchement, ça, c’était la vie de Jean-Louis. Je nai jamais vu Xavier Niel à la mairie. C’est son ami, donc effectivement je pense qu’ils ont bossé ensemble. » Nous lui rappelons que Xavier Niel a été lauréat lors des deux éditions de “Réinventer Paris”, un appel à candidatures orchestré par… Jean-Louis Missika. « De mémoire, je n’ai pas participé à des jurys où Xavier Niel a été lauréat, se dédouane-t-il. En tout cas, pour les “Réinventer Paris”, ce sont des volumes d’investissement qui ne sont, au final, pas énormes. Le seul gros volume, c’est la tour Morland. » 

Jacques Baudrier admettra ensuite ne pas savoir que Xavier Niel était le président du projet Morland.

Réinventer Paris, pas vu, pas pris

Cette proximité constatée entre les deux vieux amis interroge en tout cas plusieurs personnalités politiques. D’autant plus que Jean-Louis Missika a été condamné, le 2 avril 2024, par le tribunal judiciaire de Paris. Le motif ? Une affaire de pantouflage impliquant « complicité et recel de prise illégale d’intérêts » avec les groupes immobiliers Novaxia et Gecina, dans le cadre des projets “Réinventer Paris” dont il était le chef d’orchestre. Il a écopé de 90 000 € d’amende et de deux ans d’inéligibilité. Il a également été suspendu de l’Ordre de la Légion d’honneur en décembre 2025 à ce sujet, pour une durée de trois ans.

« C’est ma plus grande victoire », se réjouit la députée Danielle Simonnet (L’Après), ancienne candidate de LFI aux élections municipales de 2020. C’est elle qui a sonné le tocsin auprès de la Commission de déontologie de la Ville de Paris, et du Parquet national financier. « Anne Hidalgo et Jean-Louis Missika trouvaient important d’entretenir des relations avec les grands milliardaires, souligne Danielle Simmonet. Sauf qu’après, ces relations sont devenus intéressées. » Elle explique à notre média avoir perçu, peu après l’arrivée de Jean-Louis Missika parmi les décideurs de la ville, une posture particulièrement favorable à certains projets, en particulier lors des « Réinventer Paris ». Et d’ajouter : « Quand il a démissionné, on a mis une alerte “Missika” sur Google, et un an après, on a vu qu’il avait été embauché par Gecina et Novaxia, deux lauréats de “Réinventer Paris”. » 

Si, malgré les investigations de plusieurs journalistes, aucun conflit d’intérêts n’a été établi entre les affaires de Jean-Louis Missika et celles de Xavier Niel, il est clair que ces relations n’ont pas été sans bénéfices pour ce dernier, au regard de ses différentes acquisitions.

Les milliardaires s’enrichissent et la mairie se laisse séduire

Pour comprendre jusqu’où bout, nous nous rendons dans le 20ᵉ arrondissement de Paris, juste en face de la librairie Le Genre Urbain, toute revêtue de bleu. Là, Xavier Capodano, libraire passionnée d’urbanisme, confie à QG ce qu’il observe plus largement comme une collaboration étroite entre les grandes fortunes et la Ville de Paris, d’une ampleur inédite. « C’est un milieu poreux et parasitaire », glisse-t-il entre deux gorgées de café crème.

Emmanuel Grégoire est en tête des intentions de vote au premier tour avec 35%, devant Rachida Dati à 27%, selon un sondage pour ICI Paris Ile-de-France. 6 mars 2026. Photo Louison Lecourt

« Jamais il n’y a eu une telle disproportion. Le budget annuel de la Ville de Paris, c’est 11,6 milliards d’euros (intra-muros, NDLR), le plus important de France ». Très peu, si on le compare à ce que sont devenues les grandes fortunes françaises. Xavier Niel possède en effet de son côté un pactole estimé à 27,9 milliards d’euros selon le magazine Challenges. 

Pour rappel, d’après un communiqué d’Oxfam daté de janvier 2025, la fortune des milliardaires a augmenté de plus de 24 milliards d’euros au total depuis 2019. Soit 13 millions d’euros par jour. La ville ne fait tout simplement plus le poids, selon le spécialiste d’urbanisme. « Ce sont des acteurs puissants, et le système leur déroule le tapis rouge, conclut‑il. Il sera difficile de faire marche arrière. »

Or cette fois, aux municipales, Xavier Niel pourrait bien se faire damer le pion par la dame.
Louison Lecourt

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