Pour accéder à ce contenu veuillez vous connecter ou vous abonner

«Guerre des races ou guerre des classes ?» – Pas de Quartier avec Alain Badiou, Youcef Brakni, Françoise Vergès et Kévin Boucaud-Victoire

Émission du 06/05/2021

Polémique identitaire, islamophobie, montée des tensions, QG a organisé une soirée exceptionnelle pour en parler. Retrouvez Aude Lancelin avec Alain Badiou, philosophe, Youcef Brakni, porte-parole du comité pour Adama, Françoise Vergès, politologue, et Kévin Boucaud-Victoire, rédacteur en chef à Marianne

De la même émission
À voir aussi

6 Commentaire(s)

  1. Et l’écologie alors? Je plaisante, non pas que je ne sois pas écologiste mais je ne suis pas pour l’écologie de pacotille dont on nous bourre le crâne sans arrêt. En fait je ne me suis pas encore remis du débat sur l’écologie …
    Je reprends confiance avec de telles personnalités, un concentré d’intelligence et de savoir, animés tous par une action militante et donc ils sont en plus plein de courage. Une pensée pour Assa Traoré et sa famille , on retiendra le rôle de la presse mainstream où le courage et l’objectivité n’existent plus, leurs responsabilités sera un jour mis en lumière, tout sera dit , la honte et l’écœurement qu’ils suscitent et qu’ils susciteront , restera inscrit dans l’histoire peut-être plus vite qu’ils ne le pensent!
    Le commentaire de Cécile Winter est exhaustif , je veux simplement dire que lutte des classes et lutte antiraciste ont un même fond.
    Que ce soit l’exploitation capitaliste ou le racisme, les deux font des hommes , des sous-hommes:
    – l’homme qui produit dont on achète la force de travail qui ne décide rien
    – l’homme qui est qualifié d’inférieur , qui n’a pas les mêmes droits, qui en plus peut faire parti de la première catégorie s’il n’est pas au chômage.
    Les deux peuvent être récupérés par le capital, le réformisme , la religion ou tout simplement par la bêtise surtout quand on laisse faire.

    Donc je ne vois pas dans ce débat ce qui pourrait empêcher, ces personnalités , plus d’autres comme Todd , Porcher, on peut en trouver un bon millier , appeler à la constitution de comités qui pourraient se fédérer sous l’intitulé Comités Antiraciste de lutte de classes par exemple…
    Je parle sérieusement , je ne crois pas que la classe ouvrière , celle qu’on voyait en bleu soit en mesure de le faire , c’est aux intellectuels de le faire et sans complexe. Il ne faut pas bien sûr qu’ils se transforment en gourous et pour cela il faut que les comités soient indépendants.
    Je les voient plutôt comme des coordonnateurs capables d’apporter leur savoir et leur intelligence en s’appuyant au final sur la décision de ces comités.
    En plus si on s’en tient à la pensée de Marx , la classe ouvrière , celle qui est face au capitalisme, celle qui produit, n’est pas seulement celle qui est en bleu.
    Le cadre , l’ingénieur, l’informaticien, le personnel de santé et surtout les chercheurs sont au cœur de la production, je ne vais pas développer mais je pense avoir des arguments solides. Donc ce mode de production en s’opposant aux développements des forces productives , donc l’homme, s’oppose pleinement aux chercheurs etc … tout ce monde crée de la richesse.
    Je pense qu’il faut faire pleinement leur faire confiance. Des intellectuels progressistes , il y en a encore beaucoup , mais à mon avis il ne faut pas trop attendre.
    Intellectuels de tous les pays , Unissez-vous. Je ne rigole pas, bien que j’ai souvent envie de rire, prenez ma proposition au sérieux. J’étais au PCF et il y avait toujours une défiance par rapport aux intellos. J’ai avalé des couleuvres au PC mais je suis parti parce que j’ai voté contre une déclaration (dans mon usine) qui désignait le cadre, l’agent de maîtrise comme par nature du côté du patron( j’ai été très minoritaire dans le vote) . L’obscurantisme n’est pas seulement religieux.
    Mais je pense que les dérives obscurantistes de la religion musulmane, comme celles des autres mais qui n’osent pas se montrer au grand jour, font peur. Ce n’est pas le voile en tant que tel ou un quelconque signe qui est le problème, ce sont ces dérives.
    Refuser le blasphème c’est impossible en France, personne ne l’acceptera même pas la majorité des croyants. La formule ‘ils l’ont bien mérité’ lors des attentats de Paris, je ne l’ai pas digérée. Le refus de la préhistoire, de l’évolution, de la dérive des continents ce n’est pas spécialement des extrémistes qui le pensent. Tout cela je l’ai entendu , je n’ai pas besoin de journalistes. Donc cela correspond à la partie du débat où il est vrai qu’une partie des antiracistes et des progressistes se ramollissent. Il faut que les progressistes issus de l’immigration s’expriment contre tout cela même si certains sont tellement intégrés qu’ils en oublient leurs aspects; pour les racistes ils resteront éternellement des arabes d’abord mais leur position publique est utile. Il ne s’agit pas d’obliger les gens à prendre en compte les découvertes scientifiques mais au moins de les faire douter.
    Il faut qu’on sache dans leur entourage qu’ils n’admettent pas qu’on égorge un instit, les violents savent ce qu’il font, on ne peut pas éluder ce problème sous prétexte d’apporter de l’eau au moulin des racistes, au contraire.

  2. Emission très intéressante qui donne envie de poursuivre à partir de ses points d’accord potentiels et de aussi de ses symptômes
    :1). remettre le communisme à l’ordre du jour, point avancé par Alain Badiou et accepté, mais comme horizon voire « utopie  » sans impact réel immédiat. C’est à mon sens le point de départ engageant les choix les plus immédiats et tactiques. J’entends par communisme la politique communiste, laquelle s’oppose seule au capitalisme, et qui comme définie de façon programmatique par Marx et Engels, et évoquée de ci de là dans l’émission comporte: la remise à la collectivité des moyens des production – et donc l’expropriation de leurs actuels propriétaires; la réduction des grandes différences ( ville campagnes, travail manuel et intellectuel, transformation de la conception même du travail et finalement abolition du salariat);l’ internationalisme; le dépérissement progressif des états
    2) Dans ce cadre, j’ai été frappée comme symptôme de faiblesse chez tous les participants la centration sur le point 4: rapport à l’Etat, prise du pouvoir etc… alors même que tout le monde s’entendait par ailleurs sur le fait que notre horizon proche sinon immédiat est en fait un état de type fasciste
    3) Pourquoi ce paradoxe, ou cette aporie? A mon sens par l’oubli dans la discussion du point 3, internationalisme, que je préfère nommer caractère mondial de la politique communiste. Or la discussion est restée centrée dans « l’hexagone », et dans ce cadre comme on l’a vu on ne peut que tourner en rond et constater nos faiblesses. Ce qui à mon sens n’est pas étonnant. La « vision mondiale » est à mon sens aujourd’hui l’élément déterminant, y compris pour traiter politiquement les plus infimes questions locales en apparence.
    4) Françoise Vergès a abordé les choses de ce point de vue dans l’émission, de deux façons, limitées mais significatives, je les reprends en allant du secondaire au principal:
    a) sortir de l’hexagone pour au moins prendre comme horizon l’Europe. Les développements de type fasciste dans toute l’Europe sont effectivement évidents et simplement compréhensibles du fait du déclin obligatoire de l’impérialisme européen au sein de la concurrence capitaliste mondiale, de ses moindres capacités productives qui en sont la conséquence, de ses moindres capacités à « acheter » la petite bourgeoisie qui en découle aussi, d’où la nécessité pour ses états de se maintenir pas seulement par la répression directe , mais par la constitution « d’ennemis de l’intérieur », évolution à laquelle contribua autrefois la défaite du camp révolutionnaire ( socialistes allemands écrasant les spartakistes), aujourd’hui le caractère de pourriture avancée de tout ce qui s’appelle « gauche », et dont il a été rapporté à juste titre dans l’émission l’évolution déjà ancienne en France ( le PCF dès la résistance dans son rapport aux FTP-MOI, puis son racisme colonial
    vis-à vis de l’Algérie et des luttes anticoloniales en Afrique, puis son mépris racistes vis-vis du prolétariat immigré en France dans les années 70 et 80 et la mise en selle par ses soins de tous les thèmes lepénistes dans les banlieues: inutile de reprendre ce qui a parfaitement été décrit dans l’émission pour tout le reste se dénommant gauche) . Vu à cette échelle – européenne – ce qu’il faut noter est qu’à peu près n’importe quel groupe peut être construit comme « ennemi de l’intérieur » – parfaitement décrit concernant les juifs en Allemagne, mais ça peut être les roms, les femmes et LGBT en Pologne etc…, « l’ennemi intérieur » étant une construction suscitant d’autant plus la haine qu’il est imaginaire. Voir à cet égard les analyses de Günther Anders et autres. Il est bien sûr utile de développer cette analyse globale et exemples locaux – et notamment en France le rôle joué à cet égard par les « héros » du laïcisme et de « l’antireligion » ( intéressant à cet égard de noter, dans ce media fétiche de la petite bourgeoisie intellectuelles qu’est Mediapart, les centaines de commentaires qui apparaissent dès que surgissent les mots islam, religion, musulmans, islamophobie etc…. un bon indicateur de l’état actuel de « fascisation rampante » de la classe en question. Mais nous en sommes toujours là aux débats et à la lutte idéologique au sein de cette classe
    b) cette abondance de commentaires dès que ces mots apparaissent est à mettre en regard avec l’absence quasi complète de tout commentaire dès qu’il s’agit de situations concrètes hors de l’hexagone, mais où la France est fortement impliquée: Sénégal, Haïti, Côte d’ivoire, Centrafrique etc… plus tout ce dont il n’est jamais question/Le nombrilisme hexagonal fait partie de la particularité française, soit le caractère de profonde gangrène coloniale qui caractérise jusqu’aujourd’hui le pays dans son ensemble. Françoise Vergès a cité les possessions strictement coloniales que la France possède encore, et qui sont loin d’être négligeables, elle a aussi parlé « d’économie extractive » , ce qui aurait mérité développement. De fait la France vit encore largement de la rente coloniale maintenue par l’échec de la première vague de lutte pour l’indépendance en Afrique noire ( maintien de la mainmise sur les ressources du sous-sol et même des sols, au prix rappelons le de guerre sanglante au Cameroun, assassinat de tous les dirigeants indépendantistes intègres et mise en place d’états fantoches et corrompus). Ceci dit cette situation ne va pas durer, car même si la France alliée aux autres impérialismes fait tout pour maintenir le continent africain comme terre de pillage, la concurrence est rude. Ce point, maintenu sous silence, est à mon sens la clé de la situation française;
    Par conséquent pour comprendre quoi que ce soit, il faut au minimum englober le continent africain dans notre champ de vision et commencer par voir les choses, « vues de là-bas ».
    Or de ce point de vue il y a de bonnes nouvelles – j’entends pour qui se dit anticapitaliste et antiimpérialiste – mais bien sûr c’est là que « notre camp » va réellement se constituer et se compter.
    En effet tout indique que la deuxième vague de lutte anticoloniale et pour l’indépendance est en train de se lever en Afrique – bien sûr non sans contradictions: nous distinguerons les « panafricanistes » bourgeoisie de remplacement qui se frottent les mains sur le thème, « ils ont palpé maintenant c’est notre tour », des réels anticoloniaux et indépendantistes dont l’objectif premier est d’exproprier les multinationales impérialistes et se réapproprier les ressources de leurs pays, afin d’édifier, dans un premier temps, des états réellement indépendants et de satisfaire aux besoins primordiaux de leur peuple;
    Quoiqu’il en soit, cette vague est en train de se lever. Jusqu’à présent, tout ce qui a « la parole » en France est unifiée dans un soutien tacite ou explicite aux entreprises de l’impérialisme français pour maintenir sa rente coloniale ( Alain Badiou, présent dans l’émission, est le seul à ma connaissance à s’être élevé à l’époque contre la destruction de la Lybie, mais on a ensuite l’affaire Gbagbo en Côte d’ivoire, la destruction de Centrafrique, et le démantèlement en cours des pays du Sahel).
    Tout cela pour en venir à ceci.
    Constituer notre camp nécessite de voir les choses depuis l’Afrique autant que depuis ici, et c’est seulement ainsi qu’on saura qui est qui et qui veut quoi. Il y a parfaitement les moyens de le faire depuis la France, car si les nouvelles d’Afrique sont absentes des medias et commentaires des petits bourgeois, elles circulent abondamment et sont abondamment commentées parmi les prolétaires « mondiaux » ici-même, et avec eux eu à partir d’eux il y a moyen de nouer des contacts, proposer des mots d’ordre, instruire nos jeunes etc..
    Faire ce travail direz-vous est susceptible d’aggraver les tensions. C’est l’évidence. Mais cela permet au moins d’y voir clair et d’exposer clairement la situation. Par exemple, montrer que la loi sur le « séparatisme » ne fait que reprendre exactement la loi établie lors de la colonisation de l’Algérie ( tout le monde est français mais sera « citoyen » celui qui abandonne ses coutumes) , mais l’époque de l’empire colonial est dépassé par conséquent la question est de savoir commet et dans quelles conditions on va en sortir et devenir capables de « compter sur nos propres forces ».
    Partant de l’Afrique, je peux et dois alors envisager la situation ici et comprendre l’urgence de lutter aux côtés des ouvriers et ouvrières dont les usines continuent à fermer dans tous les coins de la province française et qui luttent seuls sans personne à leurs côtés, l’urgence de mettre fin aux privatisations ( pour de bon, elles se poursuivent y compris à l’hôpital dit public, et cela passe par des mots d’ordre extrêmement précis), etc… bref reconstruire une capacité productive au service de la collectivité.
    De ce point de vue, « race et classe » est un faux débat, les deux sont parfaitement intriqués sous condition de prendre les choses dans cet ordre. Certains le savent parfaitement, comme les femmes grévistes de l’Ibis Batignolles qui ont inscrit sur la porte de l’hôtel, « ici c’est la lutte des classes », où comme les camarades des foyers qui continuent leur résistance courageuse contre leur démantèlement de leurs lieux collectifs, et qui sont exactement au point de jonction « des deux continents »
    Mon dernier point, qui dit situation mauvaise et tendance au fascisme doit penser immédiatement auto-défense de notre camp, c’est une urgence, par-là je n’ai pas d’abord en tête l’aspect « militaire », mais d’une part la nécessité de s’organiser « dans nos lieux » (quartiers populaires, foyers), d’autre part la nécessité de se déplacer d’un lieu à l’autre. La politisation est une affaire diagonale, et on avancera quand on verra plus de monde de provenance différente aux manifestations des foyers ( voir de ce point de vue le site COPAF), aux procès des militants anti-racistes, aux abords des usines menacées. Mais cela a pour condition de s’entendre sur « l’analyse d’ensemble et nos tâches »

  3. Bonjour. Lors de cette émission je n’ai entendu que le mot « gauche ». pas une seule fois les participants n’ont explicité ce qu’ils appelaient la « gauche ». pas une seule fois je n’ai entendu le mot droite. Si il y a une gauche, il y a une droite. serais-je trop simpliste ?
    Pourriez-vous demander à vos interlocuteurs, la prochaine fois, ce qu’il qualifie de gauche ? merci d’avance.

  4. Merci Aude pour cette émission bien tenue, intellectuellement stimulante et enrichissante. On aimerait voir un tel plateau dans les médias dominants. On peut toujours rêver, n’est-ce pas?!
    La seule frustration est de ne pas parvenir, malgré ces analyses de hauts vols, à voir le bout du tunnel. Mais comprendre de quoi la situation est faite est déjà une aide appréciable. Un seul bémol, et bien que je partage la plupart des affirmations de Youcef Brakni sur la situation des classes populaires dans les banlieues et de leur oppression spécifique, il se trompe quand il traite les gens issus de la gauche de traîtres, voire de racistes. Ce qu’on appelle la gauche est diverse, multiple. Des individus dans cette famille ont tourné leur veste certes, des maoïstes souvent, parfois d’anciens trotskystes. Mais Edwy Plenel par exemple vient de ce dernier courant et il a écrit « Pour les musulmans! ». Alors que le parti socialiste s’est vautré dans le sécuritaire, d’autres formations appellent à la convergence des luttes, s’engagent chaque jour pour essayer de faire un travail parmi les couches populaires dans les banlieues et ailleurs. C’est un travail de fourmi. La culture ouvrière et syndicale a disparu. Il faut tout reconstruire,

  5. Très beau plateau !, riche, posé, fructueux, pleins d’idées venues de gens ( Y Brakni, F. Vergès, K. B. Victoire ) d’horizons différents, sans faux-semblants, sans calculs politiciens, mais de débouché électoral, point. Va-t-on tous comme Alain Badiou ( qu’on était ravi de retrouver en pleine forme et l’esprit toujours autant aiguisé 🙂 ne plus, ne pas voter, et laisser passer les trains qui rivalisent de droitisation ?, non seulement au second avec son duel répulsif + blanc que blanc, annoncé, mais au premier tour si la gauche n’est plus qu’un, selon Badiou citant la métaphore pourrissante de Sartre « cadavre à la renverse et qui pue » ou plus abstraitement « n’existe plus » ( rejoignant en cela J Rancière ), ou bien selon YB, question perpective politique « C’est le néant pour tout le monde ». Non, on votera au premier tour pour rouvrir une porte à gauche et aérer 😉 car on ne peut rester sans voix devant le cas George Floyd ( dont Youcef B a rappelé le poignant, révoltant appel en mourant ) pour les US et qui a fait le tour du monde, ou tout cas équivalant yeux, mains, boulot, vie cassée, par ici …

  6. Excellente émission, débat de haute tenue, passionnant et bien sûr inquiétant. L’avenir est illisible pour le moment et il est difficile de voir une solution émergeait rapidement. Du coup cela n’encourage pas à aller voter et je ne suis pas certaine qu’il faille abandonner les urnes ! Dommage que la dimension réalité politique d’aujourd’hui, et demain face aux urnes, n’ait pas été évoquée directement. Des intellectuels qui considèrent la politique d’un peu trop haut, peut-être? Merci infiniment à Aude et à QG

Laisser un commentaire