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« La guerre des classes aura-t-elle lieu ? » – Quartier Jaune avec Laurent Denave et Faouzi Lellouche

Émission du 17/06/2021

Notre animateur David Libeskind, a reçu Laurent Denave, docteur en sociologie et auteur de « S’engager dans la guerre des classes », et Faouzi Lellouche, dirigeant associatif et figure du mouvement des Gilets jaunes.

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4 Commentaire(s)

  1. Très bonne émission !
    Et quels invités ! Tous deux totalement engagés dans ce mouvement. Deux personnes fort sympathiques et agréables au-delà de leurs commentaires, bien que toutes deux fort différentes dans leur parcours. A la sortie, il n’y a pas d’opposition frontale entre elles, mais tout de même quelques nuances.

    Leurs propos confirment que ce mouvement a réveillé des énergies de révolte déjà en tension chez de nombreux citoyens. La stratégie patiente de grignotage social des gouvernements successifs, appuyée par une offensive constante d’enfumage idéologique (presse politique, presse de distraction, presse culturelle, philosophailleurs bidon du sociétalisme, …), a permis à l’ultra-libéralisme d’avancer ses pions beaucoup trop loin ; et d’un coup, la goutte d’eau de la taxe écologique a fait déborder le vase des exaspérations.

    La rigueur de la « nécessité », du « matériel » (manger, boire, …), face à la volatilité, douce ou inquiète, de l’ « idéel » artistico-distractif (et même scientifique) a été posée clairement par Laurent. A un moment, la sorte d’anesthésie qu’apportent les nourritures spirituelles ne suffit plus ; pour rêver encore un peu, il faut manger au moins un peu !

    Le débat sur le pourquoi du moindre engagement des « banlieues » ou « quartiers » dans le mouvement des GJ a été intéressant.
    Pour Laurent c’est le manque de tout, l’indigence chronique, qui paralyse, qui empêche les gens des quartiers de s’associer aux manifestations (quand on n’a pas le minimum matériel, on se désocialise, on perd espoir ?).
    Autre hypothèse de Faouzi (qui tient à souligner que les quartiers ont soutenu sans réserve le mouvement) : « Les dominants ont des réseaux, alors que ce n’est pas le cas des dominés » : Faouzi est donc sur un autre pouvoir d’agir que Laurent.
    Pour ma part je dirais que les deux camps (riches et pauvres) ont des réseaux : grands réseaux de « puissants » d’un côté, et petits réseaux de « pauvres » dans les quartiers ; les uns sont des réseaux « politiques » forts riches, les autres des réseaux de « trafics » qui tentent avant tout d’échapper à l’indigence. Au fond, les deux hypothèses de Laurent et Faouzi se rejoignent !

    Autre débat extrêmement intéressant : celui concernant le refus de « représentants » chez les GJ.
    Faouzi : « ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de tête, qu’il n’y a pas d’organisation » ; cela est vrai, mais une « organisation » qui organise quoi ? des manifestations majoritairement ! manifestations dans lesquelles chacun met ce qu’il veut comme revendications, en se faisant croire que c’est partagé. Et Laurent a reconnu qu’il y a avait des mécontents de classes sociales (et donc idéologiques) très diverses parmi les GJ.
    Dans ce champ de l’organisation, la question de la « déclaration » des manifs a été posée ; et là, les arbitrages difficiles entre enjeux contradictoires sont naturellement apparus : rentrer dans le rang du pouvoir en place – en « déclarant » comme des syndicats traditionnels – ou ne pas rentrer dans le rang en « ne déclarant pas » – style révolte anarcho-corporatiste ou révolution communiste ?
    – dans le premier cas, intégration de l’enjeu de sécurité, d’intégrité physique des manifestants (face au risque de blessés et même de décès).
    – dans le deuxième cas, enjeu d’efficacité révolutionnaire, de rupture totale avec le pouvoir.
    Personnellement j’aurai préféré cette dernière stratégie mais elle ne se justifie que si et uniquement si on est clair sur un objectif et même un programme révolutionnaire partagé, avec des délégations et de la confiance en des leaders qui coordonnent et dirigent l’action en tenant compte de la violence réelle à laquelle il faut s’attendre (20.000 mort n’a pas fait peur au pouvoir versaillais ; et on n’y était pas si bien préparé que ça).
    Dans son choix, Faouzi est un réaliste, car des perspectives révolutionnaires, il n’y en a pas dans les esprits GJ insuffisamment homogènes.
    Voilà ce que dit Marx, commentateur (pour QG) de la commune de Paris :

    « Outre qu’elle fut simplement la rébellion d’une ville dans des circonstances exceptionnelles, la majorité de la Commune n’était nullement socialiste et ne pouvait pas l’être. Avec un tout petit peu de bon sens, elle eût pu cependant obtenir de Versailles un compromis favorable à toute la masse du peuple, ce qui était la seule chose possible alors. À elle seule, la réquisition de la Banque de France eût mis un terme décisif aux fanfaronnades versaillaises ».

    Bon, les commentaires sont toujours plus faciles que les actes !!!!

    Pour finir, la question a été posée de la possibilité de déboucher sur un renversement du système à l’issue d’une révolte populaire comme les GJ ! Du coup, comparaison avec 1789 ! Comparer les GJ avec les révolutionnaires de 1789 pour accréditer la possibilité d’un tel renversement ne me parait pas pertinent : en 1789, les plus riches de la société, cad les bourgeois (et non plus les nobles), appuyaient les insurgés du peuple. Ce sont les riches bourgeois qui ont poussé à la révolution pour renverser la noblesse appauvrie, devenue encombrante aux capitalistes. Déjà, dés Louis XIV, les problèmes financiers de la noblesse étaient patents (cf les lettres de madame de Sévigné par exemple ; voir aussi l’opération de vérification des « titres de noblesse » effectuée par Louis XIV pour éliminer les faux-nobles car les nobles étaient exemptés d’impôts). Les révolutions suivantes qui ont assuré ce passage direct de la noblesse au peuple (Russie, Chine) ont été conduites sans les riches bourgeois … mais avec un parti prolétarien, cad avec une unité idéologique (marxisme) et une unité d’action (organisation) ! On ne gagne pas une guerre sans une unité de pensée, d’organisation et d’action, sauf à être les plus riches donc les plus forts en bras, en armes, en stratèges.

  2. Bonjour, merci pour cet entretien.

    Ma modeste contribution en février 2019 https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/gilets-jaunes-is-the-energy-transition-possible-while-still-reducing-inequality/

    Je crois que c’est le seul Blog pro-GJ de l’OFCE. Et encore, il faut lire entre les lignes.

    Bonjour,

    Je suis docteur, économiste et GJ. Pour moi, la question de la fin du monde et de la fin de mois était posée dès le départ : https://www.ofce.sciences-po.fr/blog/gilets-jaunes-is-the-energy-transition-possible-while-still-reducing-inequality/

    Mon Blog à l’OFCE n’a été relayé par aucun des autres économistes qui, à travers leurs recherches, pensent lutter contre la fin du monde avec leur recherche, mais qui n’osentet liées par la politique gouvernementale, celle du double dividende. Le CICE en est l’exemple emblématique, qui a un fondement économique venant des Etats-Unis : les recettes pour l’Etat d’une politique environnementale sont utilisées pour financer une politique de lutte contre le chômage. La société est doublement gagnant : moins de pollution, moins de chômage. Le pb est quand ceux qui sont au chômage paient la taxe.

    1. Bonjour. J’ai vraiment du mal à comprendre votre démonstration ci-dessous ; comprendre surtout en quoi elle s’applique au GJ :

      « Le CICE en est l’exemple emblématique, qui a un fondement économique venant des Etats-Unis : les recettes pour l’Etat d’une politique environnementale sont utilisées pour financer une politique de lutte contre le chômage. La société est doublement gagnant : moins de pollution, moins de chômage. »

      Le CICE n’a rien à voir avec l’environnement, et ne procure que des pertes fiscales pour l’Etat ; d’ailleurs je ne connais pas de politique environnementale qui procure des recettes pour l’Etat.
      Concernant les GJ, la part des chômeurs y est faible, donc on ne peut pas dire que la taxe écologique à l’origine du mouvement GJ pénalise surtout les chômeurs.
      Tout cela demande éclaircissement.

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