Présidentielle 2027: un casting obscène pour une élection sans consentement

Le 22/04/2026 par Harold Bernat

Présidentielle 2027: un casting obscène pour une élection sans consentement

Dix ans après l’irruption du macronisme, que reste-t-il du débat politique en France? À rebours des mises en scène médiatiques, Harold Bernat dresse le portrait d’un paysage dévasté, dominé par un entre-soi de caste et une violence sociale sans limite. Son texte dynamite l’illusion démocratique et règle son compte à une élite jugée vide, brutale et hors-sol. Notre collaborateur décrit un système verrouillé où les futurs candidats, de Jordan Bardella à Édouard Philippe, ne seraient que les masques interchangeables d’un même exercice du pouvoir, à rebours des attentes populaires. Entre colère brute, dynamitage hilarant des impostures du moment, et diagnostic intellectuel radical, il pose une question dérangeante: faut-il encore débattre, ou déjà rompre ? Un texte coup de poing qui capte le malaise d’une époque et met à nu une fracture politique devenue béante

Faut-il encore s’intéresser aux mauvais acteurs de la scène politique nationale ? Faut-il prêter attention à cette nullité, à cette somme dérisoire de promotions affligeantes ? Faut-il accorder un quelconque crédit à des individus que nous méprisons pour d’excellentes raisons ? Faut-il commenter ces grands destins pour la France qui tournent en conclave autour de leur nombril, obsédés par la dernière couverture de presse avec à l’affiche l’homme ou la femme providentiels de la semaine ? Nous faisons comme si nous étions encore en train de critiquer des idéologies, des positions politiques sérieuses, des alternatives conflictuelles ayant prise sur le réel. Nous feignons d’avoir en face de nous des hommes et des femmes qui auraient encore quelque chose à dire. Nous allons même jusqu’à jouer le jeu de la réfutation. Mais réfuter quoi au juste ? Des carrières de parasites d’argent public auto-centrés ? Des promotions de copinages passablement obscènes ? Un petit milieu qui se coopte en se tripotant dans l’entre-soi ? Que pouvons-nous attendre encore, après dix ans de Macron, en France, avec ce que nous savons désormais de l’impuissance collective à agir contre cette fausseté et de la somme de violences qui l’accompagne quand nous agissons ? Nous n’oublierons jamais les éborgnés, les mutilés, les méprisés de la macronie. Ils sont sa vérité. Ce qu’il restera du faux. Quels constats n’avons-nous pas encore fait ? Quelle lucidité nous reste-t-il à produire ? Ces questions, loin du somnambulisme amnésique qui tient souvent lieu d’animation politique pour poissons rouges, doivent être posées.

Le mouvement des Gilets jaunes marquera à jamais le souvenir de Macron, qui n’a su répondre à la contestation légitime d’un peuple en souffrance que par la violence policière, avec pour conséquence des éborgnés et des mutilés

Partons d’une idée simple : ce qui est arrivé est arrivé, l’effondrement est là, visible, évident, manifeste. Ce que nous appelons encore « politiques » ne renvoie majoritairement qu’à des clubs de communicants médiatiques, des officines de bourgeois sans scrupules, des cliques mafieuses, des réseaux mondains, un chapelet de médiocres. Ce petit monde nous dégoûte parce qu’il est objectivement dégoûtant. Rien à voir avec une quelconque finesse du palais ou un coupable raffinement du jugement de goût. En ce sens, la rupture est consommée et il n’y aura pas de retour en arrière. Il va falloir, durablement, se mesurer à cette réalité. Faire avec – ou faire sans. L’attente démocratique est douce aux oreilles, certes, mais à quoi renvoie-t-elle exactement ? Impatients, certains causeurs vont jusqu’à accuser la démocratie elle-même, le dialogue ou la réfutation dans son ensemble. Leur préférence se tourne vers le monologue narcissique promotionnel de bafouilles critiques hors sol qui ne sont promues que pour majorer l’image du héros solitaire. Image rentable dans un acquiescement à la consommation de signes globalement indifférents les uns aux autres. Faire valoir son image, toujours.

Il y a dix ans, nous avions encore la volonté d’écrire sur l’avènement politique d’Emmanuel Macron, de chercher les justifications du renouveau sur France Inter, d’analyser le frisson de la relégitimation du politique par la fameuse « société civile » sur France Culture, d’accumuler les traces quasi-mystiques du dernier génie disponible en vitrine dans La Revue des deux mondes. Le ton grave et l’œil humide : « Qu’est-ce que le macronisme ? » (Revue des deux mondes, octobre 2017) Lire les pesantes explications philo-politiques de cette baltringue arrogante et fausse depuis le début. Quel courage avions-nous en 2016 ! Rendez-vous compte. Annoter patiemment les déclarations d’amour de Frédéric Mitterrand, se taper les pâmoisons conceptuelles d’Adèle van Reeth, se fader les conneries stratégiques de Brice Couturier ou les imbécillités de Frédéric Martel sur le juste milieu, le « en même temps » ou l’art de la nuance. Lire les plaquettes publicitaires du funeste « bloc central » qui n’est autre, en France, que la résultante bien comprise des intérêts de classe de la bourgeoisie parisienne parfaitement connectée à ses intérêts bien compris. Voilà de l’héroïsme postmoderne, du vrai. Un courage de militaire !

C’est qu’il fallait, à l’époque, enrober le vide macroniste d’un joli vernis culturel, donner une consistance au saccage de l’Etat français pour des intérêts anti-sociaux, vendre le produit dans un bel emballage médiatique. Face à cette déferlante de sottises estampillées « philosophe en politique », nous avions encore la prétention, certes dérisoire, de sauver des moignons de sens dans un acte de résistance intellectuelle déjà donquichottesque et un peu vain. De politique, d’institution lucide de la société par elle-même, il n’était déjà plus question en 2017. De demos encore moins. Nous étions ailleurs, très loin de ce vieux style. Nous étions évidemment ailleurs depuis très longtemps mais la conscience pleine et entière de cette disparition du politique nous manquait. Aujourd’hui, dix ans plus loin et quelques degrés de décence commune plus bas, nous y sommes, les deux pieds dedans.

On nous annonce Jordan Bardella, la vacuité à l’exposant, une puissance dix du zéro. Des sondages débités à la chaîne par la gérontocratie éditoriale (73 ans d’âge moyen) avec un mélange de sérieux et de farce, une nouvelle et encore plus improbable hallucination du néant. Le blobfish de fin de niveau, le crétin customisé, le cintre en plastique sur le dernier costard du tapinage médiatique. Le régime de croisière de la prostitution politique. Nous y sommes. Que voulez-vous analyser ? Que voulez-vous décrire encore ? Quelle improbable herméneutique allez-vous plaquer sur cette toute dernière bouffonnerie ? Quel appareillage conceptuel allez-vous mobiliser pour donner une consistance critique à cette chose ? La bouffonnerie de trop ? Espérons-le, sans trop y croire. Le blobfish au regard de poisson mort sur les étals d’une poissonnerie de grande surface s’affiche dans Paris Match avec une jet-setteuse sortie d’un bordel de luxe, de Bourbon des deux-Siciles du sac Chanel en croco. Ils parlent princesse et lignée ; je parle putasserie mondaine et placement de particules. Le storytelling pour salle d’attente de manucure est censé donner une consistante monarchique au neuneu trentenaire cravaté du Rassemblement National ? Tous unis dans un même élan populaire derrière le poisson aux yeux morts qui déambule derrière maman Le Pen et la jeune dinde blindée de Noël. Une belle farandole. Le magnifique alliage du cancre et de la rente, le parfait combo entre l’ascension du poussé au cul du parti qui coche les cases et de la fille à particule à caser qui sait recevoir. Moins d’État, plus de police, toujours moins de politique nationale toujours plus de mafia UE et les Ferrero de l’ambassadrice accessibles aux gueux les soirs de fêtes avec le coupon réduction à la caisse. Après Macron le génie de la finance, disons plutôt le Mozart de la trahison du peuple et sa maman théâtreuse, chacun la sienne, aussi fausse que lui, retour au classique du marivaudage tordu sous les caméras payées par les vieux salopards milliardaires de la domination de classe. On est pas bien en France ?

Mais ça tâtonne encore un peu. La bourgeoisie française, largement collaborationniste par vocation, anti-patriote par atavisme, anti-sociale par jouissance matérialiste, cherche encore son champion. Elle n’est pas regardante sur la qualité du produit. Edouard Philippe, par exemple, monsieur confinement, éborgnage et mépris de classe, le pelé du Havre, Philippe pelade, l’homme du « ça passe », pourrait aussi faire l’affaire. Une plus grande expérience dans l’entubage que le cintre Bardella, assortie d’une volonté farouche de remettre les Français au travail. 67, 70 ans et plus si affinité. Dans son sillage, en suceur de roue, Gabriel Attal. Il est là, au centre, parce qu’il doit l’être. Notre homme, métaphoriquement parlant, n’a jamais rien branlé mais il connaît la valeur du travail pour les autres. Le dernier parasite de la caste politique, n’a jamais œuvré pour autre chose que la promotion de lui-même mais il se positionne sur le 1er mai en « homme libre ». Qu’est-ce que cet archaïsme ? Le 1er mai, les droits des travailleurs, c’est pas moderne et notre impétrant présidentiable, méchant sourire, vilaine morgue et phrases creuses, l’est. Résolument, profondément, « passionnément », pour reprendre l’adjectif de manière qui, accolé à « antisémite », confère à tous les baveux un brevet indiscutable d’humanisme triomphant contre les ennemis de la démocratie. Libérez les énergies, libérez le travail et filez moi une rente à vie que je puisse signer, pendant quarante ans, des autobiographies « Attal trou de balle » dans des Cultura de province entre deux élections pour le bon peuple qui paie bien depuis qu’il a pu s’offrir une chaudière en leasing assortie d’un crédit flash à 3,8 % pour payer son diesel à 2,40 euros le litre.

À un an de l’élection présidentielle, les sondages nous présentent déjà un duel Bardella-Philippe au second tour : un choix entre la continuité dans la casse sociale et le mépris du peuple, ou le néant intellectuel d’extrême droite (Image BFMTV)

Le petit bourgeois lit, se renseigne, pondère ses intérêts, évalue les avantages et les inconvénients : bordel Bardella, le pelé du Havre ou le trou de balle parisien. Qui aura mon vote ? Vous aurez beau accoler les épithètes les plus réalistes à ces trois méchantes farces, sachez que le petit bourgeois filtre et ne laisse passer, pour reprendre le mot d’Aimé Césaire, que ce qui peut « alimenter la couenne de la bonne conscience ». De plus en plus grasse, de plus en plus épaisse, la couenne. En face, c’est l’antisémitisme, l’islamo-gauchisme et le populisme de l’anti-France. Plus les produits à promouvoir sur la scène du spectacle politique sont en état de décomposition avancée, plus il faut masquer les effluves de putréfaction par un encens de bonne conscience. Démocratie, liberté et bonne France, la France des gens honnêtes, pas antisémites pour un sou et vraiment républicains. Eux. La France laïque mais en bon ordre, la bonne France des gens de Bien, la France au bon beurre. N’oublions pas en effet, à côté de ce triptyque effrayant, les candidats du bon sens et de la vérité qui doit être dite. Trop d’arabes, parlons vrai; trop de noirs, aussi ; on est plus chez nous, quand même ; surveillez-moi tout ça dans la grande couronne parisienne, pour l’avenir de la France éternelle. Rendez-nous nos mairies envahies par des hordes sauvages !

Ce racisme d’atmosphère, social en premier lieu, permettra de masquer, le cas échéant, les intérêts réels et les enjeux économiques qui concernent une écrasante majorité de Français. Cette bombe à fragmentation du peuple réapparaît régulièrement dans le spectacle politique. Les demi-instruits y ajouteront même une touche d’éthologie, un peu d’animalisme et des associations d’idées que n’auraient pas renié Gobineau ou Le Bon, hommes du XIX ème siècle. La modernité à rebours. Il faut dire que les honnêtes gens connaissent mieux les animaux familiers que les caristes de la Courneuve, les grands singes du livre d’images que les saisonniers à Lésignan-Corbières, les gorilles des plaines de l’Ouest de la Palmyre que les agents de la voirie à Saint-Denis. Ceci explique peut-être cela.

Alors pourquoi pas Hollande ? Après tout, pourquoi pas. La politique nationale, en état de pourrissement avancé, pourrait s’offrir un revival zombie, un petit tour de PS Halloween supplémentaire. Un régurgité de gerbe avec sa salade verte écolo délavée en entrée si les alliances sont bonnes. Qui en veut ? Le goguenard de Corrèze, cynique visqueux et magouilleur en chef de parti, apparatchik huileux rassembleur d’arrivismes ronds-de-cuir, remis en selle à la faveur d’une tambouille électorale particulièrement indigne en 2022, dans un soi-disant nouveau front populaire (NFP, n’ayons peur de rien), se prépare. N’est-il pas d’ailleurs toujours prêt depuis sa sortie de l’ENA, toujours prêt à vivre gras en se payant sur la bête sans trop bosser. Bien bouffer, bien baiser, bien voter: le triptyque du socialisme à la française. « Les radicaux cassoulet », disait grand-père qui n’était pas tellement porté sur le sexe. Après les 1,75 % de la charismatique Hidalgo, baigneuse de merde en Seine, duchesse défroquée de Paname qui s’est faite masser les fesses aux pierres chaudes avec l’argent des bobos parisiens (plus de 80k euros, une paille, l’huile avec), il est permis d’espérer. Ses 1,75 % sont une belle promesse de réussite, un horizon d’attente estimable. Le fameux candidat barycentrique, équilibré, pondéré, loin des extrêmes, le cul au centre du fauteuil au milieu de la pièce et du tapis, bien posé sur une bitte en forme de tabouret qui fait aussi cravate devant des journalistes tout sourire, le rondouillard qui fait fuir « les sans-dents » abstentionnistes et rassure la ménagère des classes moyennes avec ses dix plombages aurait-il ses chances ? Le grand retour du cocufieur cocu de 2017 ! On en tremble d’impatience, le suspens est insoutenable, la dialectique est à son comble.

Ou alors GluGlu, alias Glucksmann, fils à papa et dadais médiocre. Celui-là fait dans la resucée anti-totalitaire du père mais il sera bien incapable de vous expliquer ce qu’il entend pas là. Les gros concepts fumeux de « la nouvelle philosophie » se sont définitivement perdus dans les frais de bouche, les commissions bidons et les invitations téloche pour valider le projet UE et la cantoche bruxelloise qui va avec. N’oublions pas que tous ces parasites vivent de la politique du matin au soir, que les frais de mandats cumulables servent à assurer leurs promotions personnelles, à payer des petites mains et à soigner les bons réseaux. Cet insignifiant héritier du blabla paternel vous explique, sereinement, invité par sa femme et la belle famille, qu’il est en train de recueillir des fonds pour sa prochaine campagne. La députation européenne ne sert qu’à ça, assurer grassement l’assiette, se voir offrir une tribune entre amis (nous ne parlons évidemment pas de tribune populaire, l’éloquence du cuistre ne le permettrait pas) pour préparer la suite. Dénoncez cette obscénité, vous voilà populiste et anti-démocrate. C’est tout de même bien fait ! Le dadais, à l’élocution pâteuse et au phrasé mou, cette anguille anémiée resservie avec une sauce « place publique » translucide, gluante de petites leçons, dans des débats à mourir dix fois d’ennui, ferait presque passer bordel Bardella des deux-Siciles du sac croco pour un espadon de haute mer. Tout ce petit monde se trouve évidemment un destin national.

Vous avez la nausée ? Nous sommes au moins deux. Un signe de bonne santé mentale et gastrique. De quoi parlons-nous exactement en esquissant à grands traits l’état des lieux de la misère politique française ? De violence. Derrière toutes ces gueules, ces campagnes de presse, ces promotions hallucinées du vide en renvois de courtoisies, d’une élection présidentielle à la suivante, ces fils de, ces milliardaires qui insultent les travailleurs qui triment, une même violence sociale se donne à voir et à entendre. Agression contre les gens, destruction du commun, infraction à la norme (combien d’affaires juridiques, de détournements de fonds ?), contravention à la morale, outrage aux morts (nous n’oublierons jamais Samuel Paty et le détournement des fonds Marianne), souillure, flétrissure et pourrissement de l’État. Jouissances sous les dorures et impunité assumée. Retour à l’ancien français pour dire l’Ancien Régime. Violentia (1215) pour qualifier le viol. Violare, violer, dans toutes ses dimensions physiques, morales, légales et psychologiques. Le viol du peuple. « Fabrique du consentement » est beaucoup trop policé. On imagine des bons copains monter courtoisement une tour avec des briques en plastique. C’est propret, c’est mignon mais c’est faux ; ça ne marche pas comme ça. La violence dont il est question est autrement plus sale, autrement plus brutale, autrement plus réelle. Quand la dame patronnesse macroniste, Maud Bregeon, propose, en guise de dernière bonne idée charitable, la chaudière en leasing, elle ne fabrique aucun consentement. Elle baise le peuple en toute bonne conscience et sans son consentement. Le dire de cette façon et pas d’une autre est une étape nécessaire pour comprendre de quoi il est question. La nature exacte du problème. Quand on propose des crédits « flash » à 3,8 % pour acheter du diesel, on ne fabrique aucun consentement mais on baise les gens. Quand on explique qu’il faut remettre la France au travail alors qu’on est soi-même un petit parasite qui n’a jamais trimé, on ne fabrique aucun consentement, on baise les Français. Quand on s’affiche avec une jet-setteuse qui racole pour Hermès dans des bordels mondains photographiés par Paris Match en prétendant être du côté du petit peuple, on ne fabrique aucun consentement, on baise les citoyens.

Ne nous trompons pas. Derrière ce casting d’interchangeables, derrière les prêts flash et le leasing chaudière, les chèques-gueux sur fonds publics et le paternalisme arrogant, nous parlons bien d’une mise au pas. Production massive d’agenouillements et de désespoir social. Prolétarisation et mystification politique. Abstentionnisme de masse et soumission non consentie à une ultra minorité de parasites. Commençons par avoir honte de contribuer à légitimer ce larbinisme. Désignons la nature de l’offense qui est faite aux gens. Le niveau de provocation et d’obscénité dont il est question. La profondeur de la domestication se mesure aussi à l’incapacité de nommer l’outrage. L’humilité du dominé, du créancier, du pauvre hère qui prend son leasing chaudière avec son demi-plein d’essence en s’excusant de vivre exalte le sentiment de domination. Les manifestations bon enfant, alourdies de chorégraphies régressives et de niaiseries Casimir en sauces festives bi-annuelles, renforcent évidemment le sentiment d’impunité d’une classe de profiteurs parfaitement connectés à leurs intérêts. Hors sol, non ; hors peuple, oui. Si nous ne sommes pas capables, collectivement, de botter le train de ces gens, si nous échouons déjà à nommer leur laideur, il est absolument illusoire d’attendre un quelconque sursaut politique d’une élection présidentielle.

Trémolos dans la voix, regards humides, les vrais violents, ceux qui ont le pouvoir de l’être en toute impunité, se disent touchés par les difficultés quotidiennes des Français. « Les Français nous disent qu’ils veulent travailler le 1er mai », « les Français ont du mal à acheter leur chaudière », « pourquoi empêcher les Français de travailler plus longtemps si ils le souhaitent ? » Combien est augmentée la jouissance de la domination parasitaire par les plaintes de la gueusaille qui cherche à s’en sortir, quitte à trimer plus et plus longtemps. Comme le rappelle Günther Anders à propos du tintinnabule des troupeaux de bovins qui rassurent le propriétaire, « le bœuf tintinnabulant n’échappe pas à son bouvier » (Sténogrammes philosophiques, 2006). Pour le dire autrement, le plaisir des dominants faussaires est confirmé par la plainte des dominés. Le violent connaît le chemin pour la France et ce sera toujours le même : le viol du peuple comme solution acceptable. La plainte du violenté est toujours douce aux oreilles des plus cyniques car elle vient confirmer qu’ils restent, mandatures après mandatures, l’unique solution, l’ultime recours. Le réceptacle de la plainte, les seuls aidants. La planche de salut, au demeurant complètement pourri, évoque le salut. C’est sa fonction. Les plaintes adressées à cette clique d’escrocs sont mélodieuses. « La toute-puissance qui, par le détour de la voix de l’asservi (à son leasing chaudière ou son prêt flash), revient dans l’oreille du puissant », conclut Anders au terme de son détour pastoral, le confirme dans sa toute puissance. Pour les travaux pratiques de la soumission moralement acceptable, nous avons Sophie Binet, secrétaire générale bonne élève de la CGT, qui, au détour d’une conversation scénarisée avec Macron le faux, lui souffle à l’oreille la douce mélopée : « j’ai quand même voté pour vous ». Vraiment brillant et tellement moral ! Ceux qui s’empressent d’ajouter, pour justifier la profession de foi et la distribution d’hosties, qu’il n’y avait pas d’autres choix acceptables ne comprennent strictement rien aux enseignements des tintinnabules des troupeaux de bovins. Ils feraient mieux de lire Günther Anders sur la violence plutôt que de s’engluer dans leur moraline impuissante. Nous parlons bien de cela, d’un rapport de puissance à puissance. Le dressage commence toujours par une dépotentialisation de l’asservi. Il n’a plus les mots et sa colère lui revient à la face comme une honte. Il n’ose plus nommer le viol qu’il subit depuis trop longtemps. Il n’arrive plus à voir ce qu’il y a exactement en face de lui. Le voilà aigri. On lui renvoie le positif et la réussite en papier glacé des happy fews contre sa vilaine négativité. De Bourbon des deux-Siciles des trois sacs en croco du bordel mondain est justement là pour te rappeler que tu restes bien une gueusaille et cela quelque soit le niveau de ta lucidité.

Mais attention au cynisme qui dégénère en phénomène de masse et qui vient lui aussi confirmer l’existant. Ne sommes-nous pas en train d’enfoncer de larges portes ouvertes ? Nous savons tout cela depuis belle lurette. Oui, le peuple se fait effectivement baiser par cette escroquerie érigée en système de représentation politique. Nous le savons très bien ! Encore faut-il convertir ce savoir en violence, une violence à la hauteur de l’outrage subi. Cette violence en retour, cette violence défensive face à des agressions répétées, doit nous éviter la dégénérescence en acceptations résignées. Le drame, le nôtre, celui de l’impuissance est d’agir comme des comédiens, de manquer le réel mais d’en payer le prix comme des personnes réelles. Nous payons bien souvent un prix exorbitant pour une résistance ridicule. Mépriser les méprisants est une première étape. Nous avons les analyses et le niveau de bouffonnerie proposé en face n’exige pas d’avoir lu tout Castoriadis ou Foucault pour comprendre de quoi il en retourne. Nous voulons faire entendre le cri de la vie et de la révolte, nous voulons humilier les violeurs du peuple. Il est désormais nécessaire d’intimider ceux qui nous menacent réellement. Ce n’est pas une question scolastique mais une nécessité vitale. A ce titre, pour revenir à la question introductive « Faut-il encore s’intéresser aux mauvais acteurs de la scène politique nationale ? » je réponds par l’affirmative. A condition, bien sûr, de s’intéresser à leurs prochaines humiliations. Le théâtre solennel n’a que trop duré. Les protestations policées, les ironies courtoises, les manifestations insignifiantes ne parviennent pas à créer suffisamment d’insécurité chez les violents. L’élection présidentielle de 2027, avec son casting particulièrement humiliant pour le peuple, une élection qui s’annonce encore plus pénible que la précédente nous rappelle la conclusion du même Günther Anders dans La violence : oui ou non, une discussion nécessaire (1987) : « Nous aussi nous sommes occupés et maltraités. Et c’est pour cette raison que nous sommes obligés de devenir des résistants. »

Harold Bernat

À lire aussi

Laisser un commentaire