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« Des quartiers populaires jusqu’au Covid: la férocité policière » – Quartier Libre avec Mathieu Rigouste

Émission du 27/10/2021

Alors que sous le quinquennat Macron, la répression policière a atteint des niveaux historiques, Aude Lancelin a reçu Mathieu Rigouste, sociologue et réalisateur, pour un entretien consacré aux racines du phénomène. Des Gilets jaunes aux migrants, les images chocs des victimes assaillies par les forces de l’ordre se multiplient sur les réseaux sociaux. L’auteur de « La domination policière », qui retrace notamment les origines coloniales des violences policières en France, délivre ici tous les éléments pour comprendre l’impressionnant bond en arrière réactionnaire que nous vivons.

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11 Commentaire(s)

  1. Le rôle de la police pour lutter contre le terrorisme ne résulte pas d’un rapport de domination. Mais le terrorisme lui se sert des rapports de domination qui sont bien réels pour faire de nouveaux adeptes. C’est toute la contradiction du discours de Mathieu Rigouste.

    1. Je n’ai pas visionné intégralement l’émission mais j’adhère ou plutôt je comprends votre remarque sans vraiment me référer à l’émission.

      Je crois qu’il faut se calmer avec cette histoire un peu simpliste de domination, concept fourre tout qui est essentialisé comme négatif. Dans la vie, avant d’y avoir des dominations, il y a des rapports sociaux, cad des rapports de force, cad encore des rapports dans les pouvoirs d’agir d’acteurs en contradiction dans leur dépendance réciproque (enjeux contradictoires). Le jour où il n’y aura plus ces dépendances (cad ces contradictions, ces conflits d’intérêts) l’humanité sera morte. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut tout accepter. La vie est au « beau » milieu.

      La dépendance de l’enfant à la mère ou au père ou à l’adulte est une évidence et une nécessité éducative, et pourtant on peut dire qu’il y a domination, mais le problème n’est pas tant la domination que l’usage qui est fait de cette domination. Faut être con pour se polariser sur la domination en elle-même. Il y a des dominations nécessaires. De plus, on peut dominer sur certains enjeux qui engagent certains pouvoirs d’agir, et être dominé sur d’autres enjeux qui engagent d’autres pouvoirs d’agir.

      La police domine les terroristes dans certaines conditions : par exemple la police est implantée bien plus largement sur le territoire que les terroristes (c’est « sa » force productive, que n’ont pas les terroristes), mais les terroristes dominent la police par la possibilité de frapper partout « en traitre », cad sans possibilité, en face, d’anticipation de quand et où se fera la frappe (c’est « leur » force productive, que n’a pas la police).

      L’idée que l’avantage doit rester à la loi, est une évidence en fonctionnement normal; cad que la domination de la loi est normale. Quand cette loi s’avère abusive dans ce qu’elle protège, il devient normal de faire la révolution, cad de mettre en oeuvre la domination populaire (domination par le nombre) qui ne se manifeste pas en temps ordinaire, où la domination populaire est en latence cad non active, mais pourtant bien présente et nécessaire, car si elle n’était pas là, en sommeil, les abus seraient encore pire de la part de la partie adverse.

    1. Vous revoilà, toujours au dessus de la pile, alors me revoilou, cette fois-ci juste en dessous de vous.

      Vous voulez parler de l’Algérie et son passé pour justifier l’emploi de ce terme « suprémacisme blanc » à propos de la France et sa politique, mot que je me suis évertué à creuser pour le déconstruire ? Alors parlons-en sérieusement.

      Je ne reviendrais pas sur le fond que j’ai fait remonter plus bas sur cette question. Je me contenterai de dire ceci : je n’ai pas attendu cette ITV pour apprendre le sort réservé aux « indigènes » en « Algérie francaise » et l’existence de ce décret Cremieux de 1870 qui accorda aux juifs de ce pays la « nationalité française » qu’elle refusa aux « musulmans » pour mieux diviser le pays. Et pour cause, j’ai siégé en classe adolescent aux côtés du descendant de ce Crémieux, aux Etats-Unis curieusement, qui se présenta à moi ainsi, m’informant par là-même de l’existence de ce décret et ce qui s’en ensuivit. C’était il y a près de 35 ans ! Nous étions à l’époque bien plus alerte et au fait des réalités intellectuelles sociales, politiques et historiques de notre pays pour nos ages ! Et il y a 10 ans de cela je me suis longuement entretenu avec un spécialiste de ces questions, Sadek Sellam, islamologue algérien très engagé sur ce sujet, auteur de nombreux ouvrages, notamment « La France et ses musulmans » publié en 2006 aux éditions Fayard. Je l’avais rencontré dans une petite mosquée « dissidente » dirigée par un algérien, qui luttait bec et ongles contre la politique de l’édile local, un chantre de la laïcité à l’échelle nationale, j’ai nommé Jean-Pierre Brard ! Le film réalisé à l’époque m’a valu un ostracisme total côté PAF et a coûté à ce monsieur sa place de maire aux élections municipale face à une Dominique Voynet dont j’ai rencontré par la suite le premier adjoint et le responsable des cultes, une fois en place.

      Qu’ai-je retenu de tout cela ? Que la conquête de l’Algérie, pays qui n’existait pas avant que la France n’en trace les lignes, a été des plus rudes et des plus sanglantes. Elle a laissé des traces profondes et des plaies qui saignent encore aujourd’hui. Si la supériorité de la race blanche ou de la civilisation française a pu être moteur de toutes ces exactions, il n’a jamais été question de « suprémacisme blanc » donc de fond racial comme socle à une politique de domination, d’extinction ou d’annihilation de l’Autre.

      La France s’est montré très dure avec les recalcitrants et opposants à la colonisation mais elle s’est implantée dans ce pays en construisant batiments administratifs, routes, hôpitaux, écoles pour la population. Et si guerre longue et immonde il y eut pour se séparer, c’est bien le signe de l’attachement qu’avait la France pour cette contrée, son « miroir » de l’autre côté de la Méditerranée. À l’inverse voyez ce que produit comme politique dans les territoires occupés, l’État d’Israël de nos jours, reste de la colonisation occidentale dans cette région, qui semble bien s’inspirer de ce que les USA ont fait naguère avec les indiens d’Amérique, traitant les palestiniens comme une sous-population voire une non-population, transformant leur pays en prison à ciel ouvert, en chassant les autochtones à chaque avancée de ses colons.

      Le fond du problème en Algérie est tout autre. Il se retrouve dans la façon dont on les nommait à l’époque : « musulmans ». C’est toute la thèse de Sadek Sellam. C’était donc prioritairement une question de religion, si parente de la notion de civilisation et non de « race » avant tout comme il sied de dire aujourd’hui avec simplisme. Ajouterais-je à cela qu’il a existé dès l’origine et existe toujours en France un courant islamophile, présent dans les plus hautes sphères de l’intelligenstia et de l’État français, que vous en concluerez aisement que la situation est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

      Si j’insiste sur ce point autant, c’est parce que j’ai bien étudié ces questions. J’ai fait face à des musulmans et des algériens de tous bords tout particulièrement, m’évoquant avec douleur le poids des guerres de religion, des croisades, de la Reconquista, de la colonisation, des guerres d’indépendance, du racisme et aujourd’hui du sort réservé à ces populations sur le sol français où elles sont de nos jours immigrées. J’ai partagé avec eux thé et collations, arpenté des caves où ils priaient, assisté à des cours de religion donné dans une petite salle de quartier, accompagné au tribunal un imam soucieux de sa mosquée, et j’en passe. Jamais la question de « suprémacisme blanc » ne s’est invitée dans la discussion. Si cela avait été une réalité tangible propre à notre histoire, jamais au grand jamais, il m’eut été possible de les approcher de si près.

      Alors je le dis et le redis : adoptons la plus grande circonspection face à ce terme et cette notion de « suprémacisme blanc ». Il surgit aujourd’hui en France comme une arme de destruction (et non de déconstruction hélas) pour justifier une colère et un racisme anti-blanc qui ne dit pas son nom mais est en réalité complètement étranger à notre histoire sur le fond.

      Regardons la réalité en face : actons racisme y compris racisme d’État, violences, oppression, spoliations, humiliations,… mais ne nous laissons pas enfermer dans ce superlatif en évoquant le passé de ce pays, la France et non les Etats-Unis, qui abrite les plus fortes communautés juives et musulmanes d’Europe, car les temps qui viennent et qui s’annoncent terribles n’auront alors plus de terme pour se définir. Si ce « suprémacisme » point réellement en France à commencer par la Police comme le suggère Matthieu Rigouste, étudions en profondeur le sujet avant de le balancer sur nos postes recepteurs. Ne cédons pas à la facilité de l’employer pour faire sensation. Car s’il venait à s’imposer dans nos mots comme un mot-valise, un raccourci de pensée, mots qui modèlent nos regards et impreignent nos actes, alors je crains fort que nous perdions totalement de vue notre fond et plombions notre avenir à jamais.

      Quoi de plus haut en effet que « suprême » et ses dérivés dans la langue française ? Sublime peut-être… S’il y a un choix à faire pour tracer un chemin commun qui nous sortira de l’ornière putride de cette époque fétide, c’est peut-être celui-ci. La voie du sublime pour contrer la voix de ce faux « suprême ». Et au sublime seul l’Amour y conduit. Et l’Amour est sagesse même si pour y parvenir il faut parfois un grain de folie. Je suis assez fou pour dire « Aimons-nous » dans cette époque de haine rampante. Regardons-nous les yeux dans les yeux, face à face, et actons nos actes. Douloureusement, silencieusement et construisons ensemble un autre avenir.

      Une parole dit que « L’Orient sera toujours l’Orient de l’Occident » pour dire la gémellité cachée de nos deux civilisations. Alors l’avenir ? Choc ou résilience ? « C’est mal barré » comme le dirait Kool Shen, chanteur de rap que j’aime à écouter. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes condamnés. Pour l’heure je refuse de me laisser enfermer dans des mots qui ne font pas sens à mon sens. Je ne les acterai qu’au vue d’une réalité que pour le moment je ne fais qu’entendre se glisser comme une raie tapie au fond des eaux médiatiques. Et je continue de lutter pour qu’émerge la vérité.

      1. Témoignage très consistant qui s’efforce, d’évidence, de dépasser l’invective et la flagellation et même l’autoflagellation … stratégiques.
        Bon, il va falloir que je visionne l’intégralité de cet entretien.

      2. Precision importante sur l’episode « Jean-Pierre Brard » mentionné plus haut : ce maire chantre de la laïcité, intervenait dans les affaires religieuses de sa ville en jouant la carte « des africains contre les arabes » à des fins électorales. Autrement dit, « faites ce que je dis mais ne regardez pas ce que je fais ». Hypocrisie des politiques! Je ne fus pas le seul à le constater et le démontrer. Une députée européenne (F. Duthu) qui enquêta sur tout le 93 sur ces questions me le confirma. Elle rapporta tout cela dans un ouvrage « Le maire et mosquée » (Editions L’Harmattan)

  2. Merci Aude et QG, vous nous permettez de réfléchir et de penser, en nous proposant de telles émissions .Il n’y a que cela pour faire avancer les idées, les esprits et les consciences et pour une émancipation nécessaire et collective !!!

  3. Très importante émission qui parle de sujets qui entrainent en ce moment, de bien multiples réactions, toujours d’une manière excessive qui n’aboutit qu’à la confusion et l’exagération. On ne peut plus aborder de sujets, délicats mis à jour actuellement et qui traversent notre société, non sans raison, sans des confrontations stériles qui ne mènent à rien, qu’à monter les gens les uns contre les autres. Les débats ainsi ne sont plus possibles.
    Je pense que beaucoup de gens ne savent pas de quoi on parle et que suivant les sources d’informations, ils se font souvent de fausses idées.
    Essayons d’abord de savoir de quoi on parle, ce qui n’est pas toujours facile.
    Je vous remercie de donner la parole à ce chercheur Mathieu Rigouste qui ici me donne des éléments me permettant de me faire une opinion plus précise sur ces faits de société, que l’on veut ignorer ou minimiser, et qui demandent un travail de recherches nécessaires..Les sociologues sont la pour cela, laissons les travailler en toute liberté.Les problèmes existent et ne doivent pas être étouffés .Les gens ont-ils peur de reconnaitre certaines situations que beaucoup de personnes dans notre pays, malheureusement, connaissent, et la responsabilité qui incombe à ce pays ?
    Arrêtons aussi de faire à chaque fois la comparaison avec les Etats-Unis, et regardons, en face, ce qu’il se passe vraiment chez-nous.
    Ce sont ceux qui refusent de reconnaitre les faits et qui se voilent la face qui créent division et malaise » L’universalisme » ne doit pas occulter ces problèmes et faire comme si tout cela n’existait plus ou pas.

  4. Très bonne ITV rondement menée et fort instructif. Je voulais savoir ce qu’il en était de dispositions et de l’état d’esprit des « forces de Police » en ces temps pré-facistes, j’ai été servi. Merci !

    Un bémol cependant, l’emploi récurrent en première partie de cette vidéo, des mots « race » et « suprémacisme blanc » qui nous vient des luttes sociales nord-américaines qui propagent leur idéologie sous le nom de Woke ou wokisme.

    Je n’ignore pas les tensions et lésions parfois profondes entre peuples, ethnies, communautés, religions, cultures, classes… qui affectent la France surtout dans les banlieues où sévissent injustices, humiliations et violences policières comme violence d’État en nombre. Mais ces termes ne correspondent pas à notre réalité sociale, plus souple, plus poreuse et plus complexe que la réalité américaine, marquée dans son histoire par le génocide des peuples natifs et la mise en esclavage des noirs et qui portaient encore dans les années 80-90 des relents d’apartheid (j’ai vécu aux USA à l’adolescence dans ces années là, je pèse mes mots).

    Ces « éléments de langage » renforcent la division, cultivent le rejet essentialiste de « l’autre » différent et nourissent la haine, ferment de la violence, nous enferment dans une impasse pour ainsi dire. Ils nous coupent de ce qui fait une des particularité de la France qu’elle a portée, bien maladroitement jusqu’à présent j’en conviens et souvent de manière sélective voire hypocrite et même violente : son aspiration à l’Universel.

    Je ne veux pas développer ici, mais la France, bien que malade sur ce point, on le voit avec les relents d’un Z en pleine campagne pestilentielle, ne mérite pas ça.

    1. Faute de temps, je n’ai pas suivi l’interview dans sa totalité, mais je trouve malgré tout votre analyse très intéressante en elle-même ; elle apporte des nuances dans les rappels historiques et la conclusion, et est loin de la vision simplificatrice (=caricaturale) que les carrefourationnels veulent bien en donner.
      La gauche procapitaliste est insupportable ; la gauche anticommuniste … dans une moindre mesure !

      1. Merci Ainuage pour ce commentaire que j’ai lu avec grand intérêt.

        J’ai également lu ce que propose plus haut Micouleau Leone qui, sans me nommer ni se risquer à me « répondre » directement, me reproche de « me voiler la face » et en appelle au titre de « sociologue » du jeune intervenant pour appuyer ses dires et me moucher le nez.

        J’ai du coup fait quelques recherches pour étayer les miens, à propos de l’emploi récurrent de ce terme « suprémacisme » dont il est question ici et qui me semble pour le moins abusif dans le contexte ambiant. S’agissant d’un mot nouveau qui porte à polémique, j’attendais au moins de la part d’un sociologue censé avoir une distance avec la réalité présente, de nous éclairer sur son origine et sa signification avant de nous le jeter en bouche à propos d’une situation. Si « supremacisme » il y a aujourd’hui dans les rangs de la Police comme il est suggéré dans cette vidéo, alors cela mériterait un sujet à part entière. Mais ce mot venant tout juste de surgir dans notre langue, et associé à la notion de « race » de surcroit, sujet sensible s’il en est, je doute que nous ayons la distance historique nécessaire pour en tirer des conclusions premières. Explorons donc le terme avant de qualifier quelque situation que ce soit, si vous le voulez bien.

        Le mot « suprémacisme » n’apparait pas dans le Larousse Universel en 2 volumes publié en 1923 dont j’ai un exemplaire à la maison, alors même qu’à cette époque la France jouissait à plein de son empire colonial qui s’étendait sur tous les continents, et faisait valoir la supériorité de « la civilisation » sur les peuples colonisés par sa force. On y trouve bien les mots « suprême » et « suprématie » mais jamais associés à la notion de « race ». Certes la « race blanche », osons ici le terme, était considérée comme « supérieure » mais cela n’impliquait pas la négation, la suppression ou l’assujetissement absolu des autres « races », ce que suggère à l’inverse le mot « suprémacisme » tel qu’employé ici.

        Ce mot n’apparait pas non plus dans le dictionnaire historique de la langue française édité par Le Robert il n’y a pas si longtemps, sous la direction d’Alain Rey en 2006. Et je ne me souviens pas l’avoir croisé en 2010-2011 lorsque j’ai écrit « une histoire de l’esclavage de l’antiquité à nos jours » pour un support dont je tairai le nom, car j’ai signé pour la circonstance un « contrat de nègre ». Et pour cause. N’étant pas « olologue » comme je dis, i.e n’étant titulaire d’aucun diplôme universitaire et ne relevant d’aucune institution prestigieuse, il ne seyait pas que mon nom figurât aux côtés de ceux, illustres, qui se sont appropriés mon travail. Il faut dire qu’il n’est jamais très bien vu en France de s’afficher avec un noeud quand on est de la Haute, surtout dans un cas comme le mien qui figure sur une liste dite « noire ». Leg de l’aristocratie et de son mépris souverain, mépris qui, s’il marque un très net sentiment de supériorité, garde cependant quelque réserve quand il s’agit d’évoquer le « suprême ».

        En français le mot « suprême » est un superlatif associé au pouvoir en général et plus particulièrement au divin comme pour marquer son caractère inatteignable et pour cause, il nous vient du latin supremus qui signifie : le plus au dessus. Seule domaine où il est employé concrètement, le culinaire ! Bien que ce terme convoque le palais, ce sont les anglais qui ont forgé le mot « supremacy » à partir du mot français « suprême », pour qualifier une situation politique dominante dans les faits (d’après le dit Robert). Mot qui nous est revenu ensuite et qui a donné « suprématie ».

        Il faut attendre le début du XXème siècle pour que s’entende en français le mot « suprématiste » ou « suprématisme » que l’on doit au peintre russe Malevitch, pour qualifier un mouvement pictural révolutionnaire qui mettait à bas l’art figuratif et faisait la promotion de l’art abstrait. Malevitch a certes peint des « blanc sur blanc » pour évoquer la transcendance qu’il recherchait dans une image, mais il s’agissait là d’une démarche artistique avant tout. Toujours aucune évocation de la « race » donc.

        Ce dévelopement pour bien montrer que « l’universalisme » à la française dont je parle plus haut n’a jamais envisagé les choses de « la race » sous l’angle « suprematiste », avant que quelques militants et militantes remontés n’en fasse une arme de combat aux USA où ce terme et son sens ont été forgé. La France est bel et bien assimilationiste, faisant valoir son modèle de pensée et sa culture comme héritier des Lumières et de fait, propose à tous ses citoyens, quelque soit leurs origines, d’embrasser ses vues. De fait le problème de la France serait plutot celui du règne d’une « pensée unique » et non celui du règne d’une « race unique ».

        Aux USA à l’inverse comme je le rappelais plus haut, l’histoire de ce pays montre dès l’origine, l’importance qu’a pris la notion de race dans la construction de son édifice social : génocide des peuples natifs, mise en esclavage de la force de travail des noirs sur son territoire qui fit l’objet d’une guerre civile extrêmement sanglante pour en venir à bout, confiscation revendiquée du pouvoir et des institutions par les WASP (White Anglo-Saxon Protestant -notez la présence en entête du mot « white » i.e « blanc »-), organisation suprémaciste raciale du type Klu Klu Klan qui perpétue ces idées encore de nos jours… Aussi je peux comprendre le surgissement du Woke et de ses méthodes combatives radicales dans un tel pays que j’ai connu de près. Mais je reste très perplexe quand je l’entend en France qualifier des actes, des propos ou des faits de société, par un sociologue de surcroît.

        Matthieu Rigouste venu témoigner sur le plateau de QG des violences policières, m’a beaucoup appris sur la situation d’aujourd’hui et je l’en remercie. J’ai eu naguère fait l’expérience d’un flingue sur la tempe collé à terre par un nervis de la Police, avec en prime, un « bouge plus sinon j’te fume ! ». Je peux comprendre sa volonté de dire et d’alerter sur les pratiques de certains policiers et le tapis de pensée qui guide leurs actes alarmants aujourd’hui. Mais j’attends de sa part plus de circonspection dans l’énoncé ou alors une étude plus approfondie. Si vraiment « suprémacisme blanc » il y a aujourd’hui à l’œuvre dans la Police française, alors qu’il me le prouve et le démontre, avant de me le servir en bouche.

        Qu’il me pardonne de l’avoir écorné un peu ici. Cet homme m’a toutefois impressionné par le calme avec lequel il relatait des choses très sensibles et la pertinence de ses autres analyses. Je ne suis intervenu ici que pour ouvrir une brèche et élargir notre champs de vision historique pour y voir un peu plus clair. Cela n’est pas « se voiler la face » mais tout son contraire : c’est éviter de se faire mettre une paire de lunettes sur le nez qui troublerait la vue et affecterait le regard donc la pensée.

        Les américains sont champions pour ce qui est de coloniser les imaginaires. À l’inverse, nous français, sommes champions dans la résistance à leurs invasions. Curieusement le Wokisme s’est beaucoup nourri d’un philosophe français, Derrida pour ne pas le nommer, père de la déconstruction, pour armer son propos. Son arrivée en France, qui a peiné à faire place à ce grand penseur, sonne un peu comme un retour de bâton. L’heure est peut-être venue à notre tour de l’honorer : alors déconstruisons !

        La deconstruction, rappelait Derrida en fin de parcours, est « un OUI à la vie ». Je ne vois pas de vie chez les « wookies » en France aujourd’hui, mais l’expression d’un simple racisme anti-blanc qui ne dit pas son nom. Affaire à suivre, donc.

        Merci pour votre attention,

        Éric

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