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Gilets jaunes, #MeToo, climat: où nous mène la colère ? – Quartier LibreAvec Benjamin Lévy

Émission du 17/02/2022

David Libeskind et Aude Lancelin ont reçu Benjamin Lévy, psychologue et auteur de « L’ère de la revendication » aux éditions Flammarion, pour comprendre les émotions liées aux luttes sociales. Entre indignation, colère, défiance et anxiété, les différentes crises contemporaines et les mouvements sociaux qu’elles suscitent génèrent des émotions intenses chez les individus. Participent-elles aux dynamiques d’émancipation populaire ou sont-elles destructrices?

Notre invité livre ici des clés de compréhension sur le sujet, en apportant un nouvel angle d’analyse sur une époque tumultueuse et en profonde mutation.

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5 Commentaire(s)

  1. Voilà un psychologue qui, même s’il sort un peu des sentiers battus de la psychologie-psychanalytique, gagnerait à aller vers la sociologie (comme le fait par exemple le psychologue du travail Yves Clot, qui met au centre des pathologies psychiques du travail la perte de «pouvoir d’agir» (empowerment) du travailleur dans la «régulation» de son travail. Voir aussi la «puissance d’agir» de Spinoza. Et je prends la liberté d’ajouter dans ce panier Marx avec sa notion de «forces productives».

    La notion d’Acteur fait largement défaut aussi à ses analyses. Bien que n’étant pas du tout «fan» de Friedberg et Crozier (antimarxistes), je dirais qu’ils ont le mérite d’avoir vulgarisé cette notion, mais avec un Acteur qui est vraiment trop proche du Sujet. Chez eux, l’acteur est, d’abord, un sujet, sujet totalement libre, qui ne serait jamais déterminé par quoi que ce soit (Sartrisme : « homme condamné à la liberté et responsable » ; cad idéologie du mérite) sous prétexte qu’il aurait toujours des marges de manœuvre pour agir. C’est sûr que le sujet a toujours la possibilité de pleurer ; d’ailleurs non, il ne l’a pas toujours dans le travail car … ça ne se fait pas !!! Pour eux (F&C), l’acteur collectif est une somme de sujets (Tatchérisme : «il n’y a pas de société, il n’y a que des individus»). La vision de Marx est tout autre : «l’essence de l’homme est l’ensemble des rapports sociaux», cad rapports par définition collectifs et conflictuels dont le prototype en matière de «collectif» est la classe sociale. Mais il y en a bien d’autres dont le terme « intersectionnalité » rend parfaitement compte (le terme «croisement» de rapports sociaux comme essence du sujet avait été utilisé, par provocation, par un ecclésiastique qui polémiquait vertement avec Lucien Sève, dans les années 1970. Lucien Sève avait récusé ce terme, et je pense qu’il a eu tort). Cette notion permet de comprendre/d’affirmer –en accord avec Bourdieu- que le «sujet» lui-même n’est pas toujours en mesure de saisir et d’expliciter toutes ses pratiques en œuvre dans ses stratégies locales cad immédiates (= contexte d’1 rapport social précis). Il y a autant de stratégies «sur étagère» (= plans, ruses) que de rapports sociaux non immédiats, cad des centaines : en gros, les stratégies peuvent aussi être des habitus bien ancrés, des sortes de réflexes, non forcément «adaptés» à ce que demande la situation (d’où la jolie expression bien commode de «rationalité limitée»).

    Benjamin refuse aussi de personnaliser ses analyses, à un point étonnant pour un psy ! Qui est le bourreau des «victimes» demande David ? Agacement de Benjamin qui hésite et répond : « le mépris » ! La réponse est belle, mais comment lutte-t-on contre le mépris ? soit en luttant contre le «méprisant», soit en «en fustigeant le mépris» puisque c’est lui le bourreau ; on tombe ainsi dans toutes les approches humanistes pleurnichardes ou psychologiques : «le mépris c’est pas bien», «la haine c’est pas bien», «aimons-nous les uns les autres» ou «armons-nous psychologiquement contre ce mépris : résilience» etc … Certes il arrive que le « système » en lui-même (par exemple le capitalisme) écrase certaines gens, mais c’est sans mépris aucun ; le système ne connait pas l’affect ; il marche tout seul avec son équipement «légitime» en «lois», et en «police» (forces productives cad 1-pouvoir d’agir idéologique (lois) et 2-son complément indispensable, le pouvoir d’agir matériel (matraque)). Pour lutter contre le système, il faut bien s’en prendre à «ceux» qui, eux, luttent pour le maintenir, cad les capitalistes et leurs agents !

    Autre point un peu bizarre : pour expliquer l’adhésion collective à une «revendication naissante», Benjamin affirme avoir fait une découverte «inédite» (à 8mn30sec environ). Voilà comment il exprime le mécanisme inédit de cette adhésion : «on s’identifie au préjudice, à la frustration des autres». D’accord, mais ça ressemble étrangement à quelque chose de plutôt banal qui a nom «empathie» ou même «sympathie» ou même «compassion» pour une cause et pour les causeurs. Ce serait plus intéressant s’il nous avait expliqué le mécanisme de l’empathie, etc, … par exemple et, entre autres avec des «je suis dans la même situation qu’eux, donc j’ai un intérêt à y aller» ; ou «je ne suis pas dans leur situation, mais je me mets à leur place et donc je les aide car ça peut m’arriver», ou «j’ai connu cela étant jeune et donc …», ou «je suis chrétien et donc il faut s’aimer les uns les autres» etc. Mais en rester à l’empathie, c’est court. A approfondir donc, mais je crois que sans le recours à la théorie sociologique de l’acteur (dans sa version marxienne), ça va être difficile.

    Ensuite, expliquer l’adhésion à un collectif, par la qualité d’un leader (exemple Hitler) n’est pas acceptable selon Benjamin. Hum ! hum ! j’ai peur que Benjamin ait un certain a priori libertaire. Certes un leader ne peut absolument pas provoquer par sa seule personnalité (son rayonnement ? son magnétisme ? et même son « emprise » pour être à la mode ?) une adhésion quelconque, mais évacuer le leader est une erreur. Si «leader» et «membres» se retrouvent sur la revendication ça peut le faire, vraiment. Chacun a besoin de l’autre. Toute action efficace nécessite une division du travail cad une organisation (personne ne sait tout maitriser ; et en particulier la fonction de chef), donc il faut diviser : la division est une force productive ! Le chef est (aussi) force productive pour le groupe, tout autant que le groupe est force productive pour le chef. Ca mériterait développement, car il y a chef et chef !

    De même, expliquer l’adhésion à un collectif par la psycho-biographie du sujet ne serait pas non plus acceptable selon Benjamin. Ben si, partiellement, cad sans que cela soit mécanique. Mais la biographie est un facteur à prendre en compte : les pauvres comprennent mieux la pauvreté que les riches (au cœur de la pauvreté : la honte, qui ne s’oublie jamais, jusqu’au tombeau. Annie Ernaux en parle très bien). L’ancien pauvre «parvenu» s’éloignera ou bien restera proche du monde de la pauvreté, mais l’un et l’autre seront un tropisme tout autant qu’une stratégie enracinés dans la pauvreté. Il y a donc un lien. Par contre, il est beaucoup plus intéressant de noter que l’instrumentalisation idéologique de la figure du «pauvre» «parvenu riche» est un classique : il s’agit de faire vivre d’espoir tous les pauvres de la planète. D’où l’intérêt d’élargir le spectre de la « parvenance » ( !!) à tous les mal nantis de la planète : femmes, racisés, poly-sexuels, afin que l’espérance deviennent «la chose du monde la mieux partagées» (Descartes, encore). Et donc, voir le wokisme qui est là pour créer une espérance généralisée.

    Le wokisme, justement. Benjamin, considère que ce phénomène est ostracisé. Pourtant, le wokisme a bénéficié d’une promotion idéologique tout à fait extraordinaire, monumentale, mondiale et pour tout dire jamais vu auparavant (même la promotion du libéralisme libertaire -centré sur la sexualité- en 1968 avait été moindre). La vieille Angleterre, au service des USA, l’accueille à bras ouverts : les autorités déboulonnent d’elles-mêmes les statues (ce qui est une forme de négation ou même –involontairement- de révisionnisme). Si leurs revendications ne sont pas totalement déconnantes, notons cependant que la seule domination contre laquelle les wokes ne luttent «pas du tout» est la domination du Capital (= des capitalistes). S’il est normal que les ostracisés puissent aussi accéder aux plus hauts statuts dans l’ordre de l’exploitation, il me parait anormal que cet ordre de l’exploitation ne soit pas combattu comme les autres dominations. Y’a un truc.

    Voili, voilou !

  2. Un peu difficile à suivre, peut-être le ton monocorde de cet invité, au demeurant intéressant quand aux choix des sujets de recherche, originaux.
    Merci à QG de l’avoir invité.
    Un peu lourd le malaise du début, entre Benjamin Lévy et David Libeskind.

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