Le viol, toujours tabou après #MeToo – Quartier Interdit Avec Muriel Salmona

Émission du 15/02/2022

Aude Lancelin a reçu Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association « Mémoire Traumatique et Victimologie », pour un entretien exceptionnel à l’occasion du rapport d’Ipsos « Les Français et les représentations du viol ». 5 ans après #MeToo, qui a réussi à imposer la question des violences sexuelles dans le débat public via la cause féministe, quel bilan tirer pour les victimes de viol dans la société française d’aujourd’hui? Les nombreux témoignages de femmes ont-ils été écoutés par le gouvernement? Notre invitée a exposé et analysé les dernières données répertoriées sur ce sujet encore tabou dans les représentations sociales. Une émission forte à voir absolument !

Le viol, toujours tabou après #MeToo – Quartier Interdit avec Muriel Salmona
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3 Commentaire(s)

  1. Révoltée, pondérée, rationnelle ! Merveilleuse quoi ! Merci à Muriel Salmona.

    Je commence par la fin, car tout y est ou presque, à 57mn45sec :
    – «la loi de 2016 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000032205423 a été attaquée en justice par Strass, ActUp, Médecin du monde, Planning Familial»
    ce qui est déjà en soi incroyable, paradoxal (sauf pour Strass),
    – «au motif que c’est un empêchement à la liberté d’entreprendre».
    Oui, oui, sans blague ! là, on touche au sublime !
    Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ; pour mes ennemis je m’en charge !

    Tout cela, Muriel l’interprète synthétiquement et merveilleusement :
    «en fait, cela relève d’une vision du monde !!». Ô que oui !
    «d’une libéralisation totale», Ô oui !
    «d’une ubérisation de son corps». Yes !

    Comme elle a raison ! Y’a de quoi devenir fou !

    Il est certain que le capitalisme, parangon de la «liberté d’entreprendre», trouve ici des soutiens tout à fait inattendus. D’ailleurs, le mot clé, ici, ce n’est pas «entreprendre» (car «entreprendre», même individuellement, est tout à fait légitime, intéressant, à encourager). Non, le mot clé, le mot de salaud, ici, c’est le mot Liberté. Cad pouvoir (mais en fait, devoir) entreprendre n’importe quoi pour vivre ou survivre ! c’est ça la liberté. No limite ! sauf le code du commerce cad la loi de l’offre et de la demande, qui régit la concurrence féroce que se livrent les capitalistes entre eux.

    Pourtant, jusqu’ à preuve du contraire, que les «pauvres» aillent voler le bois des plus riches pour se chauffer, ou aillent leur rapiner quelques légumes au jardin pour survivre, n’est pas du tout tolérée comme «liberté d’entreprendre» ! Non, une telle liberté est intolérable ! Elle est indigne !!!! Mais se livrer à la prostitution (ou y livrer des enfants ou des adultes) ça, ce n’est pas indigne, au motif que ça permet au moins de payer normalement le bois et les légumes. Avec le capitalisme, la dignité est dans la monnaie, pas dans la morale (la morale, n’est-elle pas cette chose abjecte que de courageux libertaires comme Cohn Bendit ont combattu au péril de leur vie. Les cons). L’humain capitalisé est assigné à être une machine à produire de la plus-value : plus-value de dividendes ou plus-value de spéculation, peu importe, il faut 1-qu’il exploite, ou 2-qu’il s’exploite ou 3-qu’il soit exploité. Liberté d’exploiter ou de s’exploiter ! sinon l’indignité monétaire ! cad rien. S’avilir pour la dignité ! telle est la chance du capitalisme !

    Autre aspect que Muriel a indirectement/insinuement mis en évidence, mais qui ne m’a pas échappé ; le marché : offre ou demande ? Les producteurs de porno (l’offre) ont beau jeu de s’abriter derrière ce qu’ils appellent la demande ; demande à laquelle ils nous font la charité de répondre ! «c’est trop, votre grandeur ! fallait pas !». En fait, ce qu’ils appellent «demande» du client, n’est, de la part de ce client, qu’une saisine d’opportunités mises en ligne (étalage de l’épicier), opportunité créer artificiellement (offre) par les producteurs ; cette saisine massive d’opportunité par le client ne donne strictement aucune légitimité à l’offre ; cad qu’une offre n’est absolument pas légitime parce qu’il y a une demande ; sauf bien évidemment pour le capitalisme, au nom de la liberté (de violer, de pédophiler, de prostituer son corps ou un autre, en bref d’abuser de sa puissance physique et financière comme on l’entend). En fait, comme on a admis (enfin) que le consentement sexuel n’existait pas jusqu’à 16ans, on peut tout à fait décréter que le consentement sexuel n’existe pas contre de l’argent ou autre valeur. On peut envisager comme le demande Muriel de créer un délit d’achat du consentement. J’applaudis. Mais alors, comment certaines personnes soumises, malgré elles, au chômage et ou autre impécuniosité, et ayant possiblement charge de famille, vont-elles survivre ? Bonne question ! qui trouve sa réponse dans la … fraternité (non pas la fraternité locale, aléatoire, de la mendicité, qui trouve sa réponse dans la charité, mais fraternité institutionnelle, cad politique, des aides sociales ou d’un revenu à vie).

    Pour finir, et bien il faut … en finir avec la « totémisation » de la liberté, qui écrase toute les autres valeurs, qui empêche toute action préventive contre le capital «privé» (le capital public est une nécessité). Ce qu’il faudrait totémiser un peu plus souvent c’est l’Egalité et la Fraternité. A chacun son tour : une petite permutation circulaire devient nécessaire entre ses trois valeurs : 1-égalité, 2- Fraternité et 3-Liberté ou, a minima, saisir ces 3 valeurs dans leur totalité, cad que la Liberté soit limitée par l’égalité et la fraternité, etc … Cad que la question de la liberté soit toujours confrontée à la question de l’égalité et de la fraternité et même de la dignité ! On remarquera que des 3 valeurs phare de la grande révolution, seule la Liberté ne réfère possiblement qu’à un seul individu. Pour la fraternité et l’égalité, la référence « signifiée » est forcément collective (il n’y a pas d’égalité ou de fraternité avec soi-même).

    Mais malgré tout, on sait bien que ces salauds de libéraux monomaniaques instrumentaliseront toujours l’égalité dans le sens de : «ok, 1mn pour les juifs mais 1 mn aussi pour Hitler». La saloperie c’est ça, cette ruse, ce détournement discursif des mots et des intentions ; c’est qu’ils sont souvent intelligents du côté du capital libertaire; mais ce sont des salauds !

    Merci Muriel.

  2. Un entretien courageux et très dense qui tient ses promesses : un lever de voile sans fard mais digne sur un sujet tabou, bouleversant à maints endroits, qui ne laisse pas la conscience indemne. L’urgence d’agir sourd tout au long de l’échange. Murielle Salmona alterne entre voies d’action et explications de fond pour dresser un panorama de la situation, sans ignorer l’impact sur l’individu et ses émotions. Point d’orgue : le viol provoque un trauma profond qui a des conséquences sur tout le corps social, mais on peut en guérir. Ou de l’urgence d’agir dans les 72h…
    Bref, beaucoup de matière à réflexion dans cet échange pertinent, y compris dans les interventions et relances d’Aude Lancelin, en empathie avec ses questions et combative sur le sort réservé aux femmes.
    Je le marque d’une pierre.

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