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« En marche vers un Etat policier ? » – Pas de Quartier avec Alexandre Langlois et Laurent Bigot

Émission du 17/12/2020

Aude Lancelin a reçu Alexandre Langlois, secrétaire général de VIGI-Police, et Laurent Bigot, ancien sous-préfet, pour une émission consacrée à la bascule de la France vers un Etat policier.

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7 Commentaire(s)

    1. Ordre « réactionnaire » ou ordre « révolutionnaire » ?

      Avec sa fanfaronnade « trotskienne » du nouvel an, quelle magnifique perche, Lallement tend aux révolutionnaires ! Merci mr Lallement, c’est toujours chez l’ennemi qu’on trouve les meilleures justifications à sa lutte. Dans ton genre Didier (on se tutoie ? ok, oui !), t’es à la fois « bon » mais aussi un peu « con ». « Bon » parce que tu nous fournis, en deux temps (cf plus bas), les éléments théoriques qui fondent notre action ; et un peu « con », car tu aurais, du coup, mieux fait de te taire ; mais l’envie de te gargariser publiquement de ta trouvaille a été plus forte ; montrer la puissance de ton cerveau a été irrépressible. Et là, plouf, tu finis par nous montrer l’étendue de ta bêtise. Tu aurais dû continuer à choisir les muscles et la matraque car, côté cerveau, c’est pas ça, chez toi ! tu n’es pas fait pour la pensée ! François Bégaudeau a parlé de la Bêtise des bourgeois ! Michel Onfray a parlé de la Pensée de certains cornichons. T’es visé Didier ! C’est sûr.

      Donc, les 2 temps :
      – 1er temps : ta « sortie » lors de ton face à face avec une belle passante dans une manifestation parisienne : « nous ne sommes pas dans le même camp ! ». Contrairement aux purs républicains théoriques qui se sont indignés (c’était tactique, de bonne guerre, en fait) de ta division de la république en camps, là, j’ai trouvé que tu disais vrai : la lutte des camps, des classes, ça existe, ça existe en permanence, et ça existera toujours. Je ne suis donc pas ici un pur marxiste. Sans désaccord, sans conflit, pas de conscience, donc on est mort en tant qu’être historisé. Merci donc d’avoir reconnu la notion de « classes opposées ».

      – 2ième temps : ta « sortie » actuelle du nouvel an, que je recompose de mémoire : « les gauchos (disons les trotskistes) critiquent mon « ordre » viril (matraquages, mutilations, assassinats –> Cédric), mais leur idole Trotski a cependant revendiqué et appliqué ce même type d’ordre viril ! Donc, fermez-la, les gauchos ! ». La messe est dite ?

      Ah non ! Là, mon Didier, comme disent les philosophes, tu essentialises la notion d’ « ordre » en pensant que « l’ordre » existe « en soi », tout comme on peut penser d’une chose qu’elle existe en soi (même si on ne la connait pas bien, dirait Kant). Et qu’on peut juger de cette chose en elle-même sans égard aux rapports qu’elle entretient avec d’autres choses, mais surtout sans égard aux rapports qu’elle entretient avec ceux qui en parlent, cad avec ceux qui la pensent, cad avec ceux qui la vivent (la chose « pour eux » donc, et non pas la chose « en elle-même »). Et la vie est ainsi faite qu’il y a autant d’« ordres » distincts « perçus » que de « eux » distincts « percevant ». Chacun – cad chaque « eux », chaque classe – voit midi à sa porte.

      Par exemple, le CO2 dans l’atmosphère, c’est bien pour ceux que ça enrichit, mais c’est mal pour ceux que ça tue. Mais c’est toujours du CO2, qui plus est, dans l’atmosphère. Le CO2 dans le biotope (par exemple les arbres) c’est bien dans son rapport aux humains, le CO2 dans l’atmosphère c’est mal dans son rapport aux humains quand y’en a trop (de CO2). Donc
      – Rapport du CO2 au biotope
      – Rapport du CO2 à l’atmosphère
      – Rapport du CO2 biotopique aux humains
      – Rapport du CO2 atmosphérique aux humains
      – Il y a des humains qui vivent du CO2
      – Il y a des humains qui crèvent du CO2
      – mais les humains qui vivent du CO2 peuvent aussi en crever
      – mais les humains qui vivent du CO2, vivent aussi des humains qui crèvent du CO2
      – mais les humains qui vivent du CO2 ne renonceront jamais à « vivre dans la richesse »
      – Que sais-je encore ….
      Ca en fait des « rapports » concernant le CO2 !!! C’est pas gérable, car on n’a pas le modèle scientifique de cette complexité, et l’apprentissage par essai-erreur serait trop long : on crèverait avant. Il faudrait juste moins de CO2 ….
      Idem pour la question de la pauvreté ; dans le système actuel, la condition de la richesse des uns c’est la pauvreté des autres, car le taux de profit baissant tendanciellement (Marx) le maintien de la richesse nécessite moins de riches mais plus riches, et plus de pauvres et plus pauvres.

      De telles contradictions nécessitent vraiment qu’on révolutionne ce système que tu protèges, Didier. On n’a qu’un ennemi car ce sont les mêmes, en fait, qui opposent une « résistance au changement » concernant 1) le CO2, et concernant 2) la pauvreté en € / $ . Les riches !!!

      Et donc, pour revenir à ta puissante réflexion du nouvel an : ton « ordre » réactionnaire » ne peut pas être comparé à l’ « ordre » révolutionnaire des trotskistes. Et je ne suis pas trotskiste.
      « Ton » ordre est « juste » pour la bourgeoisie, et « injuste » pour les prolétaires. Inversement pour l’ordre trotskiste.
      Trotski contrôlait le comportement des nostalgiques du capitalisme, toi tu contrôles le comportement des victimes du capitalisme. Grosse différence : tu t’opposes à la légitime défense des victimes. Trotski s’opposait à l’illégitime agression des capitalistes.
      Tu ne peux pas le nier, puisque c’est toi-même qui as divisé la société en camps, en classes, lorsque tu faisais ta cour à la belle passante. Malgré tes beaux atours de policiers « de terrain », couronnés de ta belle casquette de puissant préfet de Police, ta clinquante réputation de butor social lui a fait peur, Didier ; tu plais aux bourgeoises, aux foulards de soie rouge, tu les rassures, mais tu impressionnes quelque peu le « bas peuple ». En toute femme, tu vois toujours un peu une bourgeoise complaisante. Mais non, toutes les femmes ne possèdent pas ce petit quelque chose qu’on peut séduire avec une belle casquette de Préfet !
      Prudemment, poliment, la simple passante a su te faire comprendre que tu l’emmerdais et qu’elle t’emmerdait ! Pris de cours par cette insolence inattendue, tu lui as répondu la vérité toute nue : « nous ne sommes pas dans le même camp ». Des fois, quand on ne sait plus quoi dire, sans le faire exprès, on dit la vérité.

      Alors, avec ton histoire d’ordre Trotsko-Macronien, tu repasseras, mon Didier ! Tes conseillers en communication sont mauvais.

  1. Bravo et merci à QG, à Aude pour cet entretien passionnant . Très très inquiétant et en même temps, la volonté de se battre est stimulée par cette compréhension de la situation politique. Merci encore.
    Je regrette que monsieur Bigot ait décidé de ne plus voter, c’est ce qu’il dit, sans s’expliquer à un moment. Dommage, cette position semblable à celle de nombreux GJ ne va pas nous aider à gagner sur le champ politique. Cela m’inquiète beaucoup cette abstention … en 39, combien d’allemands se sont-ils abstenus .. ce serait intéressant de le savoir !?

    1. Effectivement, l’abstention aux élections probablement d’un grand nombre de citoyens – GJ ou pas – laisse planer un doute sur une possible issue favorable à un changement radical. Cependant, il faut comprendre aussi les motifs de l’abstention. Ils sont nombreux et légitimes aussi. Le programme de la FI et de Jean Luc Mélenchon ne proposait, comme le dit Alain Badiou, même pas ce que Mitterrand en 1981 avait promis et réalisé ! Les atermoiements autour de plan A-plan B ont fini par ramener depuis une certaine désillusion. Quant à l’Allemagne, Hitler n’a pas gagné les élections en 1933. C’est le maréchal Hindenburg qui l’a appelé au pouvoir. Fin 1932, d’ailleurs, les nazis n’étaient plus du tout assurés de parvenir un jour au pouvoir.

  2. Très bon « Pas de Quartier », avec des intervenants qui n’ont pas seulement des opinions bien trempées, mais aussi des états de service sérieux dans l’Etat, des compétences professionnelles, des capacités d’analyse, des convictions chevillées au corps, et l’immense courage qui va avec. Tout cela fait d’eux des citoyens tout à fait exceptionnels, remarquables, si tant est qu’on puisse faire un classement dans l’ordre de la citoyenneté.

    Quelques remarques au fil de l’eau :

    – Sur le fait que des policiers fassent de leur « contact » avec les manifestants une affaire personnelle : on peut comprendre cela comme la conséquence d’un management au « mérite » où seul le résultat personnel compte. Les règles, l’éthique « professionnelle », sont réduites au minimum et c’est la démerde individuelle, personnelle (et/ou collective lorsqu’un groupe de policiers partage les mêmes conceptions de la «réussite» dans le travail). Des règles, ça facilite le retrait du quidam dans l’action : on renonce au « combat » parce que c’est la règle, et non par manque de courage ! le devoir de courage étant évidemment et par définition une valeur centrale dans la police (voir l’exemplaire Arnaud Belthrame, impressionnant d’héroïsme qui est mort au service du peuple).

    – Dans la même veine, on peut se demander si les politiciens de la Macronie eux-mêmes ne sont pas aussi touchés par ce covid de la virilité consistant à faire de l’engagement contre le citoyen une affaire personnelle, affaire où il s’agit de ne pas défaillir en matière d’outrance, de dépassement dans le matage et le matraquage du peuple : ce sont les attentes de la finance, et il ne faut pas les décevoir ! D’ailleurs, cette morgue de Macron qui consiste à affronter le citoyen dans la rue à coup de « traverse la rue », « paye toi un costard » etc … a des relents de virilité fanfaronne. Un Lallement, malingre de sa personne, avec sa casquette trop grande, se sent bien évidemment obligé d’en rajouter une couche en matière de virilité ! Entre le cerveau et les muscles, il n’a pas choisi le cerveau !

    – Globalement, la fascisation du pouvoir est en bonne voie en France. C’est structurel, construit, voulu, pour abattre les conquis du CNR. Ce n’est pas un système auto-moteur, comme par exemple le système de l’économie concurrentielle qui semble « naturelle » dès l’instant où le fonctionnement est basé sur la liberté d’entreprendre, la liberté d’acheter, de vendre etc . Non, c’est du construit, du régulé, par Macron et sa bande, qui sont les nouveaux conquistadores français lancés à l’assaut des conquis français du CNR, lancés pour le compte du futur proto-fascisme libertarien qui vient. Français, aux armes !!!!!!!

    – D’ailleurs, la situation est tellement tendue actuellement pour ce gouvernement sur la route de ce proto-fascisme libertarien que, pour eux «ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous» (Laurent Bigot). C’est ni plus ni moins, la définition de la terreur ; ici, terreur d’Etat toujours accompagné des apparences de la gentillesse, de la liberté, de l’évidence (débordements de novlangue à en vomir : au secours, y’a les dents du fond qui baignent !).

    – Enfin, pour terminer, une petite remarque concernant la question des « opinions » qui a été évoquée 2 fois dans ce PdQ. Là-dessus, j’ai ressenti comme un hiatus le fait, au démarrage, de dénoncer le projet de fichage « policier » des opinions politiques des citoyens, puis, sur la fin, de dénoncer les opinions politiques « probablement » très FN des policiers. Même si, journalistiquement, c’est une information qui a son intérêt, les invités n’ont pas trop suivi cette piste. Les opinions relèvent de la vie privée et sont libres, contrairement aux actes et même aux propos sur lesquels on doit rendre des comptes le cas échéant. D’où, d’ailleurs, la nécessité de règles impérieuses pour piloter l’action policière; règles qui ne laissent pas l’action policière (tirs LBD dans la tête), ni la parole policière (tutoiement) sous le seul contrôle de telle ou telle éthique personnelle ou de groupe. D’ailleurs, l’absence de sanctions permet aux éthiques personnelles de faire la loi, fort opportunément pour les politiciens qui, lorsque ça craint vraiment trop, jouent « les innocents aux mains pleines » ou « les grandes effarouchées » sur Brut, le bien nommé journal de la finance des djeun’s in the win. Il y a là une instrumentalisation des opinions policières réelles par l’Etat, instrumentalisation qui pourrait justifier qu’on s’en soucie ; cependant, c’est à double tranchant.

  3. Merci à QG et à Aude Lancelin pour cet entretien passionnant avec beaucoup d’informations nouvelles pour moi alors que je me pensais déjà bien informé.
    On en ressort malgré tout assez plombé face à ce régime scélérat. Je garde toutefois en mémoire les derniers mots d’Alain Bigot : J’ai peur en manif mais j’y vais quand même.
    Je suis provincial, les manifs sont moins dangereuses que à Paris ou dans les grandes villes mais ma fille est parisienne et commence à espacer ses participations aux manifs; elle a peur me dit-elle…
    Dans quel pays vivons nous où manifester est dangereux pour son intégrité physique?

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