Pour accéder à ce contenu veuillez vous connecter ou vous abonner

« Au secours, les bourgeois redeviennent autoritaires ! » – Quartier Libre avec François Bégaudeau

Émission du 26/11/2020

Aude Lancelin a reçu François Bégaudeau, écrivain, réalisateur, Palme d’or à Cannes pour « Entre les murs », notamment auteur de « Histoire de ta bêtise », pour un grand entretien.

De la même émission
À voir aussi

10 Commentaire(s)

  1. Il est extrêmement touchant ce Begaudeau, je le sens déchiré dans sa posture de petit con de bobo (pas cool), posture délicatement maniérée, admirer la pauvreté n’est pas suffisant, l’atavisme n’est pas suffisant, vivre la pauvreté crue, âpre, on sent qu’il en crève d’envie mais alors seulement dans sa poésie, on laisse de côté la pauvreté crasse et vulgaire des Thénardier, ça on n’y touche pas, pardon je m’égare, voilà, je le sens déchiré, il m’a énormément touché ce Begaudeau.

  2. En quoi interdire la vente d’alcool, le transport d’instruments de musique, traquer les clients du Franprix à 18h01, les jeunes qui font la fête, les gens qui ont le masque sous le nez dans la rue a un objectif économique? Désolée, mais cela ressemble plutôt à une mise au pas et à une volonté d’instaurer, via un contrôle sanitaire, un contrôle social.
    J’ai écouté Monsieur Bégaudeau, j’ai vu son film et je ne suis toujours pas convaincue.
    En revanche, je remercie Aude Lancelin d’ouvrir un espace de liberté d’expression. Ils sont devenus quasiment inexistants

  3. Merci QG.
    Puisque c’est le bouquin qui a créé la césure, je ne peux pas ne pas dire qu’Histoire de ta Bêtise m’a retourné, de part son style d’abord, avec des phrases courtes, incisives, l’usage du tutoiement, et parce qu’il est si juste. Ma part bourgeoise (je pense qu’il y en a une en chacun de nous) est définitivement devenue un sujet de névrose. Trois manifs gilets jaune dans la foulée et le fils d’une employée et d’un chanteur-ouvrier a choisi son camp. Ce livre, comme Sortir de notre Impuissance Politique de de Lagasnerie, et du Cap aux Grève de Stiegler, entre autres bouquins, déstabilisent. Le meilleur moyen de ne pas se couper de soi est d’écrire à son tour, d’exprimer la dissonance quelle que soit la forme d’expression, mais faut que sa sorte. Un degré d’isolement s’en suit.
    es

  4. (suite)
    Concernant Jésus et le Christianisme.

    Dans le christianisme, le Christ est central (forcément) et, le fameux lien à la pauvreté est sans doute ce qui attache le plus les gauchistes aventureux à la figure du Christ. Perso, je partage l’intérêt de François pour le Christianisme, mais avec des nuances tout de même.

    François tient à préciser qu’il distingue la figure de Jésus, de l’organisation nommée Clergé. Cette mise à distance du clergé constitue une posture caractéristique de nombreux gauchistes fascinés par Jésus. Je le respecte. Mais pour moi, il ne faut pas s’y tromper, si la figure de Jésus « en impose » c’est tout de même parce qu’autour de lui, il y a des supporters agréés (clergé mais aussi croyants) suffisamment nombreux, visibles, cohérents, distants, ayant un vêtement et des symboles particuliers qui les manifestent matériellement, en plus du sens – constitué d’une histoire, d’un discours (… la pauvreté …) – qui les manifestent en conscience. Oui, le clergé ça « assoit » les choses. Le christianisme, dans sa cohérence et sa cohésion sait se donner de l’ampleur. Un acteur, ça joue aussi sur l’affect, pas seulement sur la raison. Ca fait partie de l’idéologie. C’est vrai pour toutes les religions (et tous les partis). Et je ne crois pas que le Christ puisse rayonner dans le cœur d’un gauchiste sans tout le saint-frusquin clérical, et sans l’histoire et la légende du christianisme.

    Cependant, pour moi, la vraie cause idéologique de l’ébranlement religieux qu’a constituée la naissance du christianisme, à l’époque, ça a été la Trinité, le dogme des dogmes, le Credo. Unique par son sens réel, et non pas par son apparence de « polythéisme » vulgaire. Si jamais il existe une sorte de génie du christianisme, il est certainement dans la Trinité, plus que dans Jésus. Dans cette optique, le « sens » de Jésus n’est pas tout à fait le sens habituel. Christ « rédempteur » ? certes, ok, mais l’essentiel n’est pas là. Le Christ est sans doute une figure du héros sur terre, oui, mais la Trinité est la figure, unique elle, de l’organisation des rapports du ciel et de la terre. Ce qui est essentiel dans le christianisme c’est que la « terrestrité » – cad la vraie vie matérielle et sociale – incarnée par Jésus, vrai humain, finit par avoir droit de chapitre au niveau de la Célestité pure de Dieu (le Père) et du Saint-Esprit. Célestité « décideresse » comme dans tout idéelisme qui se respecte.

    Au ciel, le témoignage d’un terrien – Dieu le Fils – qui a souffert par l’épreuve (et pas seulement sous Ponce Pilate) fait évoluer les déterminations célestes qui pèsent sur les terriens, cad fait évoluer en final la terrestrité : le terrien nommé Jésus, négocie les déterminations célestes de la vraie vie, auprès de Dieu le Père et du Saint Esprit, émanation initiale du Père. Ô, on ne perd pas de vue que le christianisme demeure un idéelisme, mais idéelisme qui « intègre », via Jésus, la matérialité de la vraie vie, dans le pilotage de cette vie terrestre par le haut. Et ça, c’est plutôt unique, en religion (pour la plupart des religions, Dieu est un peu comme un chef qui sait tout, donne des consignes, sans jamais mettre le pied à l’atelier : ce qu’il a conçu ne peut qu’être « bon ». La genèse est d’ailleurs émaillée de l’expression : « … et Dieu vit que cela était bon » ; il l’a vu, oui, mais sans le vivre, alors que pour comprendre et agir il faut vivre, pas seulement voir) . Donc, nous ne sommes pas dans une épopée matérialiste (ça c’est le marxisme) où la matière, ou plutôt la vraie vie, est première, et détermine l’esprit ; mais on n’est pas non plus dans l’idéelisme ordinaire de la religiosité qui fixe – une fois pour toutes – les conditions de la vie terrestre.

    C’est ainsi que le christianisme, à son origine, critique très sévèrement « le salut » du croyant obtenu par le simple respect des rites et des interdits, nombreux et intangibles, du judaïsme qui l’a précédé (les « nuques raides » du nouveau testament, qui s’opposent à la consommation des viandes impures, et à la fréquentation des personnes impures cad des non juifs) ; à l’opposé, ce christianisme propose un salut du croyant obtenu avant tout par « ses œuvres » sur terre (dont charité, pardon, œuvres réfléchies et adaptées « positivement » à la situation). Ces œuvres sont donc « à la taille » de la réalité de la vie, réalité évolutive connue de Dieu par l’entremise du Christ terrien et du Saint Esprit visiteur. Jésus est certes « celui qui est », mais aussi celui qui « sait », sait la vraie vie pour l’avoir éprouvée et non pas seulement regardée. Avec Jésus, vrai terrien, vrai Dieu, nouveau venu dans le Cénacle des décideurs, l’ancien Saint-Esprit du Père devient le nouveau Saint Esprit du Père ET du Fils, qui inspirera de façon nouvelle les terriens et en rendra compte au niveau du Cénacle : il n’intervient plus mécaniquement sur terre (fécondation virginale de Marie, pilotage des rois mages sans boussole, et autres choses plus percutantes sans doute), mais il inspire et reconnait nouvellement les terriens dans leurs œuvres (les Saint(e)s du calendrier par exemple) à l’aune de la nouvelle alliance Trinitaire.

    Dès l’Ascension du fils, démarre la transformation de la dualité Père-Esprit, en Trinité Père-Fils-Esprit. Le rôle de l’Esprit Saint, nouvellement inspiré, reste : la Pentecôte symbolise sa mission. C’est lui, définitivement, le dernier contact avec la terrestrité car, après Jésus, point d’autre Dieu vivant sur terre. C’est sans doute pour cela qu’il est dit dans les écritures que le blasphème contre le Fils est pardonnable, mais pas le blasphème contre le Saint-Esprit. (petite précision : le non-pardon consiste en « l’enfer après la mort » et non pas en « la mort avant l’enfer !!!!!!)(je ne voudrais pas qu’on m’accuse d’appel au meurtre).

    Cette Trinité symbolise, il me semble, ce qui est au cœur de la question ontologique, à savoir le rapport de l’être (le réel) à la pensée, mais de l’être et de la pensée « en devenir », en mouvement.

    Je ne peux que terminer par Amen, non sans avoir précisé que je ne crois pas en Dieu, et ne suis nullement pratiquant (mais seulement intéressé).

  5. C’est toujours un plaisir et même un bonheur d’écouter François Bégaudeau. Mais plusieurs affirmations de François méritent réflexion (comme toujours avec lui, car en principe il ne tourne pas autour du pot dans ses affirmations).

    Par exemple son amalgame entre marchand et capitaliste.
    Le marchand simple n’est pas à proprement parler un capitaliste (le salarié vend lui aussi sa force de travail) : certes le marchand est propriétaire de son stock et de son commerce (ce qui en fait un mini bourgeois travailleur), mais tant qu’il n’a pas de salariés desquels tirer une plus-value, on ne peut pas parler vraiment de capitalisme. On est capitaliste lorsqu’on exploite le travail des autres, donc quand on privatise une plus-value prise sur le travail, pour la transformer en un capital lui-même productif (accumulation).
    La marchandise elle-même, ne me semble pas en cause, non plus que l’argent, si cet argent est « honnêtement » gagné par son travail ; l’argent c’est une façon commode de faire du troc. Dans le troc ordinaire d’échange de produits ou services entre producteurs, on peut se faire « plumer » tout autant qu’avec de l’argent : « je répare ton évier et tu me répares mon ordinateur » ; OK, mais il faudra bien quantifier la valeur des deux services pour réaliser l’équivalence. Sinon, il risque d’y avoir des baisés à la sortie (surtout les plus faibles), et tout le monde n’a pas l’esprit de sacrifice.
    La vraie question, c’est celle de la plus-value et ce qu’on en fait. Dans les sociétés où un bien « commun » exige un travail qui ne s’échange pas entre deux individus seulement (faire une « route » par exemple), comment troquer un morceau de route contre un morceau de pain : le boulanger ne veut pas un morceau de route, alors que le cantonnier veut bien un morceau de pain. Mais si tout producteur donne une partie de son travail (plus-value) à la caisse commune, on pourra construire des « communs » ; si cette plus-value est en « nature », il va y avoir un hic avec les denrées périssables. On ne vit plus en mode tribal. L’argent facilite les choses, c’est tout ; il donne un pouvoir d’achat généralisé, ce qui donne « la main » (= le pouvoir) au consommateur, c’est-à-dire lui permet d’exprimer une demande nouvelle (marché des valeurs d’usage suscité par la demande). L’essentiel, c’est que la plus-value que chacun « donne » à la communauté ne soit pas privatisée, mais qu’elle soit collectivisée. Il est bon que la production soit suscitée, aussi, par une demande qui émane des citoyens. Si la réponse à cette demande nécessite de l’investissement productif, la plus-value accumulée et collectivisée dans les « communs financiers » sera mobilisée, après délibération par des citoyens délégués et spécialisés dans la gestion des valeurs publiques (budget).

    Concernant la pauvreté,
    François a apporté une précision intéressante en ce qui le concerne : au fond, il sent, intérieurement, que si la pauvreté est pour lui un enjeu, ce n’est pas (ou plus) seulement par souci de justice sociale, mais aussi par « goût » pour la chose « pauvreté ». Là, y’a un hic. Il me semble que ce dont il parle ne s’appelle plus pauvreté mais « frugalité », à la manière de Rabhi. Ce n’est pas non plus la pauvreté du Christianisme qui, elle, se situe bel et bien par rapport à la richesse. Rabhi nous demande de nous « priver », pas le christianisme (sauf au Carême), ni le marxisme. La démarche marxiste lutte contre la pauvreté des uns en ce qu’elle est liée à la richesse des autres. Le but, au fond, du marxisme c’est de supprimer l‘ « unité » de ces contraires que sont la pauvreté et la richesse. Le concept même de « pauvreté » ne peut exister qu’en ce que le concept de « richesse » existe aussi : l’un sans l’autre est impossible, tout comme « le jour et la nuit », « le haut et le bas » (unité des contraires  Hegel).
    La vraie grande question philosophique est : est-ce que la baisse du revenu de François Bégaudeau, baisse consécutive à « Leur Bêtise », est la cause de son goût nouveau pour la frugalité ? Il n’est pas obligé de répondre !!!!

    Pour terminer, parlons de Michéa ou plutôt de la décence.
    Michéa est certes cité/invité dans la presse de droite, mais est-ce un marqueur sûr ? est-ce que ça en fait une référence de droite ? ça, c’est pas sûr ! Qu’il y ait tentative de récupération par la droite, c’est certain ! Montrer qu’avec l’âge et la sagesse, tout le monde finit à droite, c’est une bonne stratégie de la droite ! C’est tout. D’ailleurs François Bégaudeau a été lui-même souvent invité sur des plateaux de droite puisqu’il nous a confié que depuis « Leur Bêtise », ces invitations avaient chuté vertigineusement !
    François, il y a des seuils à ne pas franchir ! La décence de droite n’a pas pu admettre « Leur Bêtise ». L’indécence n’est jamais pardonnée. On touche au cœur.
    Parlons de cette décence. Le « gros énervement » de Lordon contre Michéa https://www.contretemps.eu/lordon-impasse-michea/ a quelque chose d’étrange, car son argumentation (de Lordon) sur la décence est certes parfaitement juste, mais elle ne répond pas vraiment aux discours de Michéa. L’argument de Lordon, en gros, c’est que la décence est située et datée (fait social cad situé socialement) ! C’est absolument vrai, juste. Mais il n’empêche que la décence ordinaire ça existe ; c’est comme la dignité ; celle des prolétaires n’est pas la même que celle des bourgeois ou des sous-catégories bourgeoises, mais les deux sont issues de leur rapports. Il existe même des dignités et des décences dans les rapports familiaux. Dans chaque rapport social stable, il y a des décences plus ou moins négociées qui s’invitent. Le tout est de savoir si « common » ça veut dire commune à tous, ou ordinaire (l’ordinaire du prolo s’affronte à celui du bourgeois). Personnellement, la décence, ça me parle vraiment quand elle s’invite, même si sa mise en mot n’est pas facile. La conscience peut se passer de la parole, même si la parole intérieure est prétendument le support de la pensée (on pense d’ailleurs autant par « image » que par « énoncé »).
    En « mots », l’indécence, n’est-ce pas « ce qui ne se fait pas dans les ‘manières’ de faire » ? dans les manières de faire « convenues », « convenables » ! les « manières » ! les « bonnes manières » ! cad « les manières valables » parce que porteuse de valeurs ; ces codes ; ces passeports sociaux sur lesquels on a tant craché. Une société sans manière, cad sans un peu de décence, ça n’existe pas.

    1. Pour prolonger sur la question de la privatisation de la plus-value.
      En matière de privatisation, je viens de faire (sur un autre média) une découverte absolument délirante, qui donne envie de mordre ! Canal + intente des procès à toutes les associations qui ont dans leur dénomination le mot « PLANETE », car Canal + vient de créer une chaine télé nommée « planète + ».
      Canal + a déposé ce mot comme une « marque déposée » commerciale. A quand la privatisation de l’alphabet ?
      Notre monde est de + en + une horreur.
      Après la privatisation des couleurs (une certaine couleur noire a été privatisée récemment, et pour l’utiliser il faut payer des droits), maintenant on a la privatisation des mots. Le grand n’importe quoi capitalo-financier continue ! Les couleurs, les mots, …..
      Je pense que bientôt les chirurgiens esthétiques pourront privatiser certaines formes de nez, de bouche, de sourire, d’oreilles, de seins ; pour les quéquettes je ne sais pas ….

  6. Entretien passionnant, qui tient bien évidement de la présence de l’invité, mais aussi, au très grand professionnalisme d’ Aude. Je tenais à le souligner, car c’est très important pour un entretien réussi.
    J’avoue avoir toujours énormément de plaisir à écouter les  » bavardages « de François Bégaudeau, et partage souvent ces analyses, même si certains sujets me demandent parfois de » m’accrocher »,et de m’informer, un peu plus, sur certains d’entre eux….. C’est toujours bon d’apprendre et de s’enrichir intellectuellement. Délicieuse et importante activité !
    J’ai lu, vu, écouté , suivi un certain nombre de ses travaux et interventions et suis toujours » prenante ».
    Merci à GJ, de m’avoir encore une fois permis de passer ce moment .

  7. Entretien passionnant, qui tient bien évidement de la présence de l’invité, mais aussi, au très grand professionnalisme d’ Aude. Je tenais à le souligner, car c’est très important pour un entretien réussi.
    J’avoue avoir toujours énormément de plaisir à écouter les  » bavardages « de François Bégaudeau, et partage souvent ces analyses, même si certains sujets me demandent parfois de » m’accrocher »,et de m’informer, un peu plus, sur certains d’entre eux….. C’est toujours bon d’apprendre et de s’enrichir intellectuellement. Délicieuse et importante activité !
    J’ai lu, vu, écouté , suivi un certains nombre de ses travaux et interventions et suis toujours » prenantes ».
    Merci à GJ, de m’avoir encore une fois permis de passer ce moment .

Laisser un commentaire