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« La lutte des classes qui vient » – Quartier Libre avec Thomas Porcher

Émission du 18/06/2020

Après le confinement lié au Covid, Aude Lancelin a réalisé cet entretien avec Thomas Porcher, membre des économistes atterrés et auteur des Délaissés aux éditions Fayard. Comment reformer un bloc en faveur du progrès social ? Comment résister au matraquage médiatique néolibéral et identitaire ? Autant de questions abordées au cours de ce dialogue intense.

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6 Commentaire(s)

  1. Chère Aude,

    Je trouve Thomas Porcher d’une naïveté extrême d’avoir cru que le « monde d’après » serait mieux que le « monde d’avant ».

    Si tu te souviens, dès le début du covid-19 j’ai dit que l’après-covid serait exactement comme l’avant-covid, mais en pire. J’ai en effet pensé dès le début que c’est le pouvoir lui-même qui avait créé artificiellement la grande peur d’un virus à peine plus dangereux que la grippe — le coronavirus tue dans 0,53 pourcent des cas, alors que la grippe tue dans 0,3 pourcent des cas, d’après l’institut Pasteur:

    http://mai68.org/spip2/spip.php?article6178

    Le pouvoir aime qu’on ait peur : peur du terrorisme, peur du climat, peur du coronavirus…

    Si le pouvoir a créé la grande peur du coronavirus, c’est forcément pour nous enfoncer encore plus dans l’esclavage. PAS pour nous en libérer. Et je considère aujourd’hui que le pouvoir peut mesurer le taux de résignation de ses esclaves en regardant le nombre d’abrutis qui portent un masque en public. Avec ses caméras de surveillance, le pouvoir peut même VOIR, et noter les noms de celles et ceux qui sont des rebelles, en constatant qu’ils ne portent pas de masques. Je serais curieux de savoir, d’ailleurs, si la loi sarkoziste qui impose de ne pas porter de masque en public a été abrogée. En tout cas, je serais un femme musulmane, je ferais exprès de porter un voile intégral.

    Les masques servent aux chirurgiens pour éviter la propagation des bactéries. Les virus sont 1000 à 2000 fois plus petits que les petits trous qui servent à respirer à travers un masque. Les virus passent donc au travers de ces petits trous ! Ces petits trous ne peuvent bloquer que les bactéries qui sont bien plus grosses que les virus.

    Quand à François Ruffin, il a au moins eu l’honnèteté d’admettre qu’il s’était trompé sur beaucoup de points dans la récente vidéo avec Brakni. Il faut dire que lui aussi est un gros naïf. D’après ce que tu dis vers le milieu de la vidéo avec Porcher, le pari que fait Ruffinaud, c’est de réunir d’un côté la « gauche éduquée », c’est-à-dire les petits-bourgeois « de gauche » des centre-ville, ET les prolos de banlieue sur un « programme de transition » à forte dominante écologiste.

    Le gros problème, c’est qu’un Apartheid sépare totalement la ville de la banlieue

    Les gens qui habitent en banlieue ne souhaitent pas qu’en ville on construise de nouvelles pistes cyclables, et encore moins de nouvelles zones piétonnières ; mais, de nouvelles places de parking gratuites pour avoir le droit d’aller en ville eux aussi !

    Plus de la moitié des gens habitent en banlieue. Ils y sont, pour la plupart, contraints et forcés par leurs moyens financiers : ce sont des pauvres.

    L’écologie bobo, avec ses pistes cyclables et ses zones piétonnières qui ne font que supprimer de plus en plus de places de parking, participe à construire l’apartheid : « Les banlieusards, on n’en veut pas ! qu’ils restent chez eux ! »

    La contradiction principale ne tourne pas autour de l’écologie, la contradiction principale, c’est la lutte des classes !

    Je veux dire que l’écologie est un problème archi-secondaire. La pauvreté est LE VRAI PROBLÈME. Les prolos n’ont ni le temps ni les moyens financiers de se préoccuper d’écologie. La fin du monde et la fin du mois ne sont pas du tout le même combat, contrairement à ce que disait la pancarte qu’on nous a montré si souvent à la télé pour récupérer les Gilets jaunes !

    L’écologie a été le moyen utilisé par Macron pour récupérer, en le détournant de ses buts, le mouvement des Gilets Jaunes. J’ai cessé d’être écologiste le 15 décembre 2018 quand le pouvoir l’est devenu en faisant de la propagande pour Greta Thunberg et « l’affaire du siècle » :

    http://mai68.org/spip2/spip.php?article2834

    Si Ruffin ne comprend pas ça, il finira aux poubelles de l’histoire :

    http://mai68.org/spip2/spip.php?article5120

    Bien à toi,
    do
    http://mai68.org/spip2

    AMÈRE VICTOIRE DE L’ÉCOLOGISME :

    http://mai68.org/spip/spip.php?article1098

    1. Naïf, mais sévère, hein! et tellement perméable à la parole officielle!
      « Thomas Porcher de son côté, veut « rendre la vie difficile » aux non-vaccinés, phrase prononcée dans l’émission « les Grandes gueules » d’hier. Tellement difficile que le compte de l’émission a supprimé le tweet qui relayait l’extrait en vidéo… » (France-soir)

  2. « la lutte de classe qui vient » , je ne pense pas que cette problématique soit au centre de cette interview. Le refus des positions hypocrites de la gauche ou de progressistes bobos marque une évolution mais je pense que si on est vraiment sincère et objectif ou tout simplement logique, ce glissement vers la radicalité n’est pas terminé .
    En effet, le système capitaliste ne peut développer que la réalité qu’on est en train de vivre ;
    pourquoi un système aussi déterminé par les 2 items ci-dessous devrait-il changer même si les luttes peuvent le freiner (au lendemain des crises importantes , les guerres, les gains des travailleurs peuvent être importants mais après les destructions ce gain est relatif et surtout on ne l’a pas conservé)
    Les deux items :
    – la propriété des moyens de production qui donne aux propriétaires la liberté absolue de décider quoi produire, comment le produire, et de réduire à une marchandise la force de travail.
    – ce droit extraordinaire qui n’a rien à envier aux droits seigneuriaux, induit une main mise sur toutes les formes démocratiques et donc qui ne le sont plus : exemple, l’information , celle-ci devient un bourrage de crâne permanent , sans compter le conditionnement du peuple par la publicité, trop souvent négligé par le danger qu’elle représente.
    La pub n’est rien d’autres que le conditionnement du consommateur qui devient lui-même produit, produit qui a la capacité de consommer des produits dont le premier critère de mise au point est la rentabilité. La pub nous apprend la paresse de la réflexion.
    Les GAFAM sont l’exemple de cette expansion abstraite du système capitalisme dont la matière première est le besoin qu’ont les entreprises de vendre .
    Le moyen de production c’est l’internet et la mise en forme de la pub financée les entreprises qui ont besoin du conditionnement du consommateur, il n’y a pas de finalité objective dans la réalisation d’une pub.
    Et le consommateur c’est nous qui croyons être maître de nos décisions et de nos choix. De plus, les GAFAM dépassent largement cette première fonction , elles s’occupent de tout : santé, information, diffusion de programme, éducation , … contrôle des personnes (ce n’est pas qu’en Chine).
    L’art des GAFAM est de vous faire croire que vous êtes libre et que tout ce qu’ils font, est gratuit, mais regardez les premières lignes de vos recherches internet, c’est Google qui vous renvoie à un autre GAFAM, essayez aussi de refuser les conditions générales de « ventes » Pour la gratuité voir les profits exorbitants des GAFAM sans impôts ou presque, donc vous payez doublement.
    Bref, comment penser que ce système est réformable .
    Toute l’attention et les motivations de révolte sont déviés vers l’écologie, elle est sacralisée , elle est à part. On revendique un système égalitaire et écologique ou plutôt écologique et égalitaire.
    Cette écologie émotionnelle a envahi tout le champ de la gauche et même pour une large part les communistes. Les vues égalitaires d’un Yannick Jadot, s’arrêtent aux alliances qu’il est capable de faire avec une droite et une gauche européistes. Ces vues sont celles aussi de Hulot, le grand gourou, toujours ami avec Macron (pourquoi se fâcher?) .
    Cela va très loin on remet en cause le statut à part de notre espèce, l’homme a toujours utilisé la nature, il ne peut pas vivre sans la détruire, ce qu’il faut reprocher à l’homme en tant qu’homme c’est qu’il soit assez idiot pour ne pas respecter une limite au-delà de laquelle sa destruction sera irrémédiable et notre espèce avec. Peut-on croire que l’homme s’il veut vraiment respecter ces limites, peut conserver le système capitaliste dont la seule loi est le profit max ?
    Je suis au moins d’accord pour dire que l’écologie qu’on nous sert s’arrête au superficiel. Bien sûr il faut commencer par les gaspillages et par exemple l’isolation des logements.
    Mais là encore qui va payer ? Si on conserve le système actuel , il faut déjà respecter les règles de l’Europe et en premier une privatisation forcenée qui nous met sous l’exigence de profit des entreprises (voir dans le médicament ce qui se passe). Et tout est sur le point d’être privatisé , aucun politique ne maîtrisera un tant soit peu la base économique, il reste un peu EDF pas pour longtemps et les centrales hydroélectriques vont sans doute être privatisées sous Macron , il n’a pas fini de nous faire mal et même avec les hôpitaux !
    Sur 30 ans vous voulez changer toute notre production d’énergie .
    Il y a donc les contraintes européennes, il faut rembourser la dette (qui n’est essentiellement pas la nôtre mais celle des spéculateurs , mais beaucoup de gens croient encore le contraire).
    Il faut démanteler toutes nos centrales nucléaires et recycler, investir massivement dans le solaire et les éoliennes , l’ énergie géothermique (souvent présentée comme inépuisable), investir massivement dans des batteries , dans le réseau électrique qui n’est absolument pas adapté, il faudra recycler les hommes par milliers … A quels taux les banques vont faire des prêts pour des milliards et des milliards ? Pourra-t-on sauvez nos hôpitaux ? Continuera-t-on à investir dans la fusion nucléaire ?
    En 30 ans dites-vous , je ne suis pas spécialiste mais je ne le crois pas. Et surtout à quel prix va être l’électricité ? Si on veut être honnête , il faut le dire ! (10 fois ,20 fois plus ?)
    Je veux bien des énergies renouvelables, mais pourquoi démanteler le nucléaire tant qu’il marche en sécurité ? Je connais des écologistes qui veulent arrêter d’investir dans la fusion … ce sont bien des idéologues, il faut penser, vivre, selon leurs critères sans discussion. Ces idéologues écologistes on les trouve chez les bobos ou les petits bobos ils n’ont pas trop de soucis pour vivre, leur pensée s’arrête à leur nombril, et à la santé et à la protection de leur corps si précieux.
    Je suis pour l’homme arrogant mais d’une arrogance conscience et bienveillante qui connaît les limites à ne pas dépasser. Je suis pour aller coloniser la Lune et Mars, je suis pour connaître les secrets de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, je suis aussi pour la culture sous toutes ses formes. Je suis pour ce qui fait l’homme vraiment, sa culture et non pas seulement sa base matérielle la nature.
    Certains écologistes vont très loin dans la manipulation de nos émotions, les températures augmentent , il faut réduire les émissions de CO2, d’accord j’en suis . Mais quoi en tant que français avec les 1 % de CO2 que la France rejette ,je ne dois pas tenir compte que USA, Chine, Russie, Inde ne vont rien faire ?
    Je ne veux pas faire plus d’effort parce que simplement cela ne sert à rien. C’est la fin du monde d’accord mais je mourrai avec mon électricité comme dans les autres pays. Ceux qui veulent nous affoler vivent mieux que moi, et le degrés d’affolement avec lequel ils sont intervenus ( Monique Pinçon-Charlot, Aurélien Barrau, Fred Vargas, … ) aurait nécessité qu’ils prennent la campagne et qu’ils fondent une communauté. Pourquoi ce genre d’intervention ?
    Tout cela pour dire qu’il nous faut un niveau d’intégration mondial, c’est vrai c’est un problème de survie de notre espèce.
    Mais certains ont le temps, on réfléchit pour les prochaines élections un truc à gauche pour rien changer ! Combien de temps faudra-t-il aux intellectuels déjà conscients, armés intellectuellement , pour glisser vers une radicalité incontournable ?

    1. Très intéressante réflexion. Sur le nucléaire je reste partagé. Il faut dire qu’à vol d’oiseau j’habite dans un rayon de 30 et 90 km de deux centrales nucléaires.
      Par ailleurs si l’on veut un parc automobile 100% électrique en France, il faudra construire l’équivalent de 10 centrales nucléaires pour recharger chaque jour les batteries des voitures et camions, en plus de la consommation électrique habituelle. Il faut espérer que la fusion nucléaire fonctionne sinon ce n’est pas en soufflant sur les éoliennes qu’on va y arriver !

  3. Ouf ! heureux de mieux comprendre le parcours un peu naïf de Thomas. Il a adhéré à tout ce qui ressemble à de la sociale-démocratie en pensant agir de l’intérieur (de Place Publique par exemple) en faveur du social « pur », cad du « social » qui ne se confond pas avec le « sociétal » (= les modernités positives bourgeoises). « Social » qu’il nomme d’ailleurs « économie » ce qui brouille pourtant encore son message, car le terme « économie » au sens de la bourgeoisie c’est économiser sur (=réduire) les politiques sociales au profit des politiques du développement capitaliste pourvoyeur (!) d’emplois (et bien évidemment pourvoyeur corrélatif de profits, mais ça, c’est pas dit).

    Aude ne lâche toujours rien sur les Gilets Jaunes ( car c’est un marqueur pertinent) et c’est tant mieux.

    Thomas a pris conscience de l’existence incontournable, concrète, des classes sociales : on ne convainc pas une classe comme on convainc des individus ; la bonne volonté, la persévérance, l’honnêteté, le prêche, ne valent rien face à une position de classe. Une classe c’est un Acteur, et un « Acteur » ce n’est pas un « sujet » (= un individu). La pensée de classe n’est pas du tout la somme des pensées individuelles qui la constituent; non, ce sont les pensées individuelles qui découlent « initialement » de la pensée de classe ; la pensée individuelle, la conscience, est engendrée par le conflit de classes; sans conflit, pas de conscience. Convaincre membre à membre tous les individus d’une classe sociale ne changera rien à la pensée de classe.

    Thomas doit passer de l’économisme sincère et généreux au matérialisme vrai du conflit de classes.

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