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« Retrouver notre souveraineté » – Quartier Constituant avec David Cayla

Émission du 01/11/2021

Les Constituants Charlotte Girard, François Cocq et Manon Le Bretton ont reçu l’économiste David Cayla, notamment auteur de « Populisme et néolibéralisme » pour évoquer la pensée de l’essayiste Coralie Delaume, disparue il y a un an. Alors que paraît à titre posthume un titre d’elle : « Nécessaire souveraineté » (Michalon), cette émission a été l’occasion de penser en profondeur les sujets politiques les plus stratégiques du moment. Comment la France peut-elle s’émanciper des traités européens ? La privatisation frénétique du secteur public par Emmanuel Macron peut-elle être stoppée ? Quelles solutions concrètes apporter aux citoyens face à la flambée des prix de l’énergie ? Le collectif a débattu de toutes ces questions et de beaucoup d’autres avec notre invité.

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2 Commentaire(s)

  1. Un excellent Quartier Constituant. Il faut dire que l’invité était de qualité.

    Tout d’abord, j’ai le sentiment que David Cayla se marxise de plus en plus. Mais peut-être n’est-ce qu’un sentiment, un mirage !

    Il me semble aussi que plusieurs économistes se positionnent actuellement contre l’Europe, tout en amorçant une critique (non communiste) du capitalisme. Europe qu’ils opposent à la souveraineté nationale qui, elle aussi, gagne du terrain. Les lignes bougent-elles ? ou est-ce électoral ?

    Ici, David Cayla revisite quelque peu la notion de souveraineté ; il l’appréhende en rupture relative d’avec la question du territoire pour la lier avant tout à la question de Peuple, tout en dégageant la question de peuple de la question identitaire au sens sensible actuel biologico-culturel (race ou religion). Pour David, font Peuple tous ceux qui sont assujettis à un même «droit». Ainsi, on «fait Peuple» avant tout devant le droit et pas d’abord devant le territoire ou autre critère. Notons que «Peuple» ici a une acception différente de peuple au sens ordinaire politique (peuple=les dirigés) car, ici, il inclut à la fois dirigeants et dirigés. C’est donc de Peuple comme totalité devant l’Histoire dont il s’agit. Voir le Peuple juif (la religion faisait alors office de droit) ; voir aussi la loi salique, qui a transformé les Celtes en Francs (pour les Bretons ça a été plus difficile !!!). Le territoire ne suffit donc pas tout à fait à faire une nation, non plus que les filiations culturelles ou génétiques, même si, en fait et en retour, le territoire délimite le plus souvent l’espace concret sur lequel s’exerce une souveraineté de droit. Lorsque différentes tribus amérindiennes avaient décidé de se fondre au sein d’une même « nation » Sioux, c’est vraisemblablement que, déjà, avait émergé l’avantage d’un minimum de « règles » (droit) communes entre ces tribus, nonobstant le fait que ces règles communes sanctionnaient vraisemblablement l’exercice d’un commerce intense -cad d’une dépendance réciproque (on notera en passant que «dépendance=rapports sociaux»)- entre ces tribus qui se fondent en une même Nation, en Peuple.

    De plus David a bien noté l’importance de certaines forces productives qui permettent de transformer de l’idéologie (=superstructure) en force productive matérielle (=infrastructure) : ici il s’agit de l’importance de la police (matraque, prison) pour faire respecter le droit, cad en fait pour faire du droit (idéologie) une véritable force matérielle. Notons que dans l’ensemble du spectre idéologique, le «droit» et la «science» tiennent une place toute particulière par le lien presque mécanique (quasi reflet inverse) qui les lie à l’infrastructure matérielle. Donc, pour David, l’Europe n’a pas de police pour faire respecter son droit, et est donc tenue de s’appuyer sur la police de chaque pays concerné pour tenter de se faire respecter. D’où l’absence de souveraineté et de peuple européen authentiques. La nation reste donc encore, à travers l’Etat et le droit, une base matérielle majeure. La question restera toujours qui, quelle classe possède l’Etat, Etat que David a fort justement décrit comme un «outil».

    Bravo aussi à David pour la mise en évidence de ce parti pris pour l’individu -plutôt que pour la société (=le collectif)- dans l’idéologie européenne, tout entière inspirée par l’esprit de l’économie néolibérale. La fameuse sentence de M. Tatcher citée par David (« il n’y a pas de société, il n’y a que des individus») est fort opportune pour illustrer cela et pour illustrer aussi la bêtise (ou la fourberie) du libéralisme qui croit dur comme fer que c’est d’abord l’individu qui fonde le collectif, alors qu’en vrai, c’est l’inverse … malgré les apparences, malgré l’évidence phénoménologique de la primauté du «sujet», et de son fameux «vécu» en conscience ! Marx, dans sa critique des philosophies idéèlo-subjectivistes, a parfaitement décrit ce biais d’appréhension en une phrase simple : «les individus partent toujours d’eux-mêmes…», c’est-à-dire de leur conscience en tant que commencement, non pas seulement d’eux-mêmes, mais des choses. Pourtant, la conscience, dont la conscience de soi, ne peut naitre qu’au sein 1) de collectifs et 2) collectifs adversifs, cad de collectifs engagés dans des rapports sociaux cad des rapports de dépendance, que cette dépendance soit pacifiée (contradiction simple), ou non-pacifiée (contradiction antagonique). Le reflet idéologique -et donc aussi la condition nécessaire- de dépendances matérielles pacifiées, c’est l’existence de règles, de conventions implicites ou formelles (droit) et leur application. Plus ces règles sont implicites, plus leur négociation est aussi implicite, cachée, cad souvent silencieuse, cad aussi théoriquement permanente. C’est particulièrement vrai dans le travail !

    Pour terminer : j’ai cru comprendre, en réaction à un propos de David, que François Cocq avait été éjecté de LFI («tout le monde n’a pas le privilège d’être banni de LFI»). Ceci explique peut-être sa présence auprès d’Arnaud Montebourg pour sa campagne électorale. Personnellement, cette présence m’avait fort surpris et fort contrarié (Montebourg ne peut que faire barrage à Mélenchon et il le sait). Cependant, si cela fait suite à une exclusion de LFI, il est pardonnable.
    Aparté : Mélenchon est certes le seul crédible à gauche, mais j’ai souvent l’impression qu’il ne veut pas vraiment gagner; en particulier, son pataquès inutile à l’assemblée nationale sur la laïcité, étonnement et volontairement lors de l’anniversaire de l’assassinat de Samuel Paty et, qui plus est, en pleine ascension Zemmourienne ! électoralement c’est une erreur tactique, erreur évidemment volontaire qui révèle peut-être ce qu’est la vraie stratégie de Mélenchon quant à sa carrière et à son rôle. Mélenchon qui sait pourtant mettre la pédale douce, quand il le faut, où il le faut, en matière de communication, par exemple sur l’Europe …. ! J’espère me tromper. Fin de l’aparté.

  2. Très bon , vraiment. Ce débat devrait faire date mais les tenants du réformisme Mélanchon compris , ne comprendront pas. Avant que dans une élection des leaders soient majoritairement suivis pour nationaliser … Des choses comme cela pour les faire il faut que le peuple s’en mêle!
    Vous avez montré concrètement notre incapacité en tant que nation à agir sur notre économie et donc sur le social: tout sera privatisé, tout ce qui peut rapporter, l’école et les hôpitaux y passeront c’est sûr , nous avons déjà notre modèle aux USA. On pourrait se dire que beaucoup de gens vivent bien aux USA, mais on oublie qu’ils contrôlent quasiment toute l’économie du monde à leur profit, et donc ils peuvent redistribuer quelques miettes de plus que nos capitalistes. Encore que le degré de pauvreté , d’exclusion, de dureté des conditions de travail doit être largement sous-estimé.
    D’ailleurs les technocrates qui ont confisqués notre démocratie avec la complicité de nos élites avec l’UE, obéissent à la loi du plus fort, celle des USA, on appelle cela depuis longtemps un impérialisme , et les USA sont dominants et oui nos capitalistes vont être intégrés de gré ou de force totalement dans l’économie US. Ce ne sont pas nos capitalistes qui vont y perdre mais nous.
    Le degré de l’horreur vers laquelle on se dirige n’est pas assez fort pour ébranler le cerveau de nos réformistes. Je ne sais pas si vous vous pensez en révolutionnaire, mais vos analyses y conduisent. Pensez vous qu’une France prenant des mesures anti capitalistes puisse s’arrêter en chemin si d’autres pays ne suivent pas?
    Il y aura toujours une part d’aventure et de risque mais c’est la condition pour retrouver notre liberté.
    Néolibéralisme , c’est toujours du capitalisme le même que celui des années 30, le même qui conduit à la guerre (Jaurès ) , il peut prendre l’ habit du néolibéralisme pour se rendre acceptable, et dire que la richesse va ruisseler, il ne peut pas nous plonger dans un monde virtuel, il y a le monde réel … Quoique avec une chambre , un local, une télé Netflix ou Amazon, des réseaux sociaux débiles, et une charité d’état, on serait bien managé en rentrant du travail, mais peut être qu’on y est déjà dans le monde GAFAM.

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