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« Y a-t-il encore une droite et une gauche? » – Pas de Quartier avec François Bégaudeau et Alexandre Devecchio

Émission du 27/09/2021

En cette veille de présidentielle 2022 où le paysage médiatique est saturé par l’extrême-droite, et où le morcellement des gauches se poursuit, le chaos politique règne. Pour en débattre, Aude Lancelin a reçu François Bégaudeau, écrivain et réalisateur, et Alexandre Devecchio, rédacteur en chef adjoint au Figaro, lors d’une édition de Pas de Quartier exceptionnelle.

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55 Commentaire(s)

  1. Contrairement à ce que dit Devecchio -qui n’a de lecture que par son prisme idéologique-, les drapeaux bleu blanc rouge durant les Gilets Jaunes n’étaient certainement pas portés par un motif identitaire, ils faisaient clairement écho, à ce moment là, dans l’imaginaire collectif au tableau de Delacroix « La Liberté Guidant le Peuple » et avait avant tout une symbolique sensiblement révolutionnaire, du moins insurrectionnelle. D’ailleurs on y rencontrait aussi des femmes habillées en Marianne avec la robe jaune et le bonnet phrygien. C’était ça avant tout qui faisait sortir ce drapeau.

    1. Mais non, pas « Votre bêtise » !, la nôtre, peut-être 😉 mais en tout cas, vrai titre : « Histoire de ta bêtise », mais place au texte, radical (jusqu’à la racine des sans-dents), dur, cruel, sensible. Citation : « Tu n’aimes pas voir un pauvre. Plus précisément, tu n’aimes pas qu’un pauvre ait une gueule de pauvre car cette gueule crache à la tienne qu’une situation sociale ne détermine pas seulement les vêtements, l’habitat, la voiture, les lieux de vacances ou de non-vacances. Qu’elle marque les corps aussi, les marque à vie. Qu’elle marque les dents. Qu’un pauvre a des cheveux de pauvre, et toi des cheveux de bourgeois jusque dans le soin que tu mets à les négliger. » ( P 93 )

  2. je suis étonnée que sur votre antenne vous n’ayez jamais invite aurelien barrault, yan arthus bertrand pour revisiter la notion d’etre au monde et renouer avec une pensée plus vivante et politiquement viable entre le vivant et l’homme

  3. l’espérance de pouvoir agir ensemble pour refaçonner le monde s’est effondrée. Cette perte de puissance , s’accompagne d’une amertume profonde d’autant qu’elle s’ accompagnée d’une lucidite à prendre conscience que tout le monde infuse dans le capitalisme.. Cette aliénation au systeme , couplée à l’impuissance de s’en defaire opèrent sur chaque citoyen sous forme d’une pensée confuse destructurée, accentuant le morcellement de la société en électron libre sans destin commun.
    Cette phase ultime fragilise l’etre qui opte pour le repli , la haine de l’autre, la peur du devenir et l’impossibiliter à retricoter un destin commun. L’avenement de la figure du christ au coeur de l’effondrement de l’empire Romain et la tentative de renouer un destin humain commun . le communisme est à nuveau un deuxieme souffle d’une tentative d’un destin commun .
    Depuis l’histoire est en panne les besoins matériels ont pris le dessus sur toutes dimensions .communes. Depossédes d’une vision commune les citoyens sont devenus des coquilles vides réceptacles de tous les désirs des rapaces .

        1. J’avais bien compris l’intention (narrative), mais je voulais dire que « rapace » n’allait pas bien avec cette image, car un rapace ça vide plutôt que ça ne remplit les cavités !
          Mais cela n’est que du pinaillage sans importance de ma part. J’en reste à la belle envolée.

    1. Une analyse poignante de la réalité humaine qui sous-tend notre époque et son devenir. Merci ! Il est vrai que dans le mot « communisme », il y a le mot « commun », qui résonne avec « destin » et « humain », tout comme le mot « liberté » résonne avec « destinée » et « humanité ».

      J’ai apprécié la profondeur historique de votre prose, évoquant « la figure du Christ », récuperée par Rome avec Constantin en 313 (édit de Milan) puis par l’Eglise pour finir, qui enterra l’idéal de partage et de vie commune égalitaire des premiers « chretiens » dans ses dogmes et sa hiérarchie.

      Je vois dans les idéaux du XIXème une tentative d’inscrire dans le réel historique, ce que l’Eglise a promu comme rêve pendant des siècles sans l’accomplir. Une résurgence en somme mais qui a échoué pour des raisons similaires : écrasement de l’homme et de sa liberté, soumission à des lois et à une hiérarchie dominante cynique et ultra-matérialiste.

      L’atomisation de la société que vous décrivez et l’éclatement de l’Homme qui en découle est extrêmement préoccupant mais recèle deux opportunités inédites à l’échelle de l’Histoire.

      Primo, la remise en question de la notion même de « pouvoir » qui fait surgir la notion de souveraineté individuelle et la participation de chacun au destin commun. « Pas de partis, pas de chefs » est un des leitmotiv récurrent des GJ, signal envoyé au monde s’il en est. Je ne vois pas d’autre issue à cette crise que le retour à de petites unites humaines pour permettre à chacun d’exercer ses responsabilités au sein d’un corps social. L’engouement pour le RIC dans les cortèges des GJ témoigne de cette volonté et aspiration à n’être représenté que par soi-même, une aspiration réalisable dans des entités à taille « humaine ».

      Deusio : la remise en question de l’individualisme qui a façonné ce monde finissant et la remise en question de l’idéal de bonheur qu’il sous-tendait. Qui ne voit dans l’enfermement en nous-même devant nos écrans plats, contraints à poursuivre des désirs égoïstes, que nous ne sommes rien ou pas grand chose sans les autres ? Je gage qu’outre une redécouverte de ses propres profondeurs, l’homme se redécouvrira aussi maillon ou atome d’un Tout et devra en conscience se poser la question de ce qu’il veut bien « mettre en commun » avec les autres pour survivre d’abord, pour vivre ensuite et Vivre pour finir.

      Bien à vous

      1. BONJOUR ERIC MERCI DE VOTRE RETOUR il est eclairant pertinent j’apprécie donc cet échange.
        mais devant nous un futur inédit nous attend, il est largement le résultats d’une infinités de paramètres nouveaux dont nous n’avons pas encore saisit toute l’ampleur .
        les apprentissages et les supports de transmission ont changé, la mémorisation humaine a trouve dans la machine un relais vertigineux , les relations elles même sont devenus virtuelles et d’autres connexion sont entrain d’émerger c’est bien un nouveau monde qui produit une transhumaniste qui voit le jour la fécondation même prendra d’autres voie.
        Le vivre ensemble support de tous les ideaux utopies du xx siecles s’évaporent au profit d’une nature humaine qui a été irriguée par capilarité par ce nouvelles technologie .qui celebrent l’individu et la quête du double sa gémellité.. je ne crois plus à la réversibilité de ce qui est entrain de nous d’arriver .

        1. « Transhumaniste, mémorisation humaine, relais vertigineux, relations virtuelles, nouveau monde »,… votre commentaire regorge de mots qui nous plongent de plein pied dans les mutations qui affectent notre époque et qui ont en « commun », un même socle : la Science ou la technologie, qui modèle nos existences, dont Marx disait qu’elle est avec les mouvements de capitaux et les migrations des masses humaines, ce qui FAIT l’Histoire, comme naguère la caravelle qui a permis aux occidentaux de conquérir le monde et de le constituer « en reste » (Mohammed Arkoun), ou la machine à vapeur qui a engendré le monde industriel et a permis d’enchaîner les hommes au salariat après les avoir enchainés à l’esclavage et au servage.

          À quoi cette teknoscience et son mirage transhumaniste va t-il nous enchaîner ? À quelque chose qui pourrait bien nous deshumaniser complètement si nous n’y prenons pas garde car les enjeux et les forces en présence sont telles (« tout est rapport de forces » disait Marx) que ceux qui dirigent ce monde et le veulent ainsi, ne se soucient guère de ceux, aujourd’hui programmés pour devenir des « exclus » de ce monde à venir.

          Logique du monde de cette teknoscience binaire basée sur l’informatique qui uniformise et réduit tout à des 1 et des 0 : il y a selon ses propagateurs des INs et des OUTs, comme naguère « des riches et des pauvres ». Voyez le sort fait ici et là dejà à ceux qui refusent le pass ou le vax… ! Sauf que là, les OUTs, i.e les « pauvres » sont isolés, atomisés, réduits à emprunter les voies de cette même technoscience qui les contrôle, pour se relier entre eux, là où au XXème siècle, ils faisaient masse entre eux et pouvaient opposer une force équivalente à la force d’en face qui avaient besoin d’eux.

          Le communisme est né de ces luttes. Il est comme toutes les autres forces d’opposition et de proposition alternative, aujourd’hui mis en défaut par l’absence de ce qui faisait naguère sa force : l’unité ! Unité mise à mal structurellement comme vous le soulignez, à cause de l’atomisation la société toute entière. Plus préoccupant encore, ces masses de pauvres éclatées sont en passe de n’être plus d’aucune utilité pour le m9nde d’en haut, robotisation et automatisation des services obligent ! D’où le désarroi actuel et la nécessaire recherche d’une autre force pour recréer cette unité incontournable afin de peser lourdement sur le cours des choses et l’inverser.

          Vous pensez cette évolution « irréversible » et donc structurelle, et je vous rejoins en cela qu’elle est en train de structurer notre monde sur un nouveau paradigme, l’homme « connecté » virtuellement à la terre entière mais seul en lui-même et déconnecté concrètement, physiquement pour ainsi dire, des autres. Un monde qui ne profitera qu’aux membres bien notés de cette « teknosphère » dans laquelle je vois une sorte d’aboutissement ultime de cet asservissement millénaire, qui se perpétue sans fin de mutation en mutation et qui ne change rien au fond. L’humain demeure « un loup pour l’homme » (Hobbes) et un étranger à lui-même.

          Aussi aimerai-je m’arrêter un temps sur le mot de votre com qui a retenu mon attention, hors de cette envolée philosophico-historique, le mot « gémellité » ou « recherche du double » qui m’évoque, outre la nature Homme et Femme de l’humanité qui recouvre peu à peu son horizontalité première, sa quête de l’Autre ou du Tout-Autre porté à une toute autre échelle.

          Les GJ, ce bain anarchique de « uns » multi-différenciés, unis par une même poussée atavique, une même aspiration à l’horizontalité , brandissant comme symbole un signal d’alarme et de visibilité dont chacun peut se saisir et se vêtir et y inscrire ses mots (et parfois ses maux) comme pour se nommer, s’affirmer et se revendiquer partie prenante de l’humanité, nous ont rappelé à la nécessaire rencontre physique et union dans l’action dans le monde pour contrer le projet des pouvoirs de plus en plus enfermés dans une bulle abstraite.

          Internet peut-être un merveilleux outil et je n’ignore rien du rôle qu’il joue déjà et jouera à l’avenir pour l’avènement d’un autre monde, radicalement différemment de celui imaginé par les riches et puissants. On parle d’évolution et d’éveil de la Conscience, d’ilôts disséminés autours de la terre et reliés entre eux par la toile, de « nouvelle Terre »… et pour cause. La mondialisation financière et économique, spoliatrice pour ainsi dire, a un revers : la conscience désormais que la terre est Une et que l’humanité qui la peuple peut faire UN également. Loi du contraste qui structure la Création.

          Mais cette quête d’une unité harmonieuse retrouvée à l’échelle monde (nostalgie quand tu nous tiens…) ne se fera pas sans luttes, peines et souffrances. Au risque de heurter, de passer pour un vieux réac ou frappé de la face, je dis que ce qui manque aujourd’hui dans nos contrées occidentales, c’est outre le contact physique qui se perd dans un monde de plus en plus virtuel, le fait que la majorité des hommes qui se réunissent pour manifester, agir, contrer, résister… n’ont pas pas encore assez souffert ensemble ou sont encore trop heureux (et aussi trop peurreux) pour la plupart pour se risquer à faire le pas meme si certains y parvienne ici et là. Ils n’en sont pas encore arrivés à ce point où la nécessité les fera sortir du bois, sortir d’eux même, du confort de leur individualisme, pour s’accorder avec l’autre et partager avec lui les peines et les larmes de la lutte. Cela se produira peut-etre quand les hommes en seront à devoir survivre.

          Bref, nous n’avons pas encore assez « besoin » de l’autre pour que cela advienne. Et le danger c’est que l’isolement, l’éloignement, la défiance et la méfiance qu’irriguent aujourd’hui les Pouvoirs avec cette crise covid (pour eux une aubaine) nous en éloigne davantage encore et laisse entrevoir à terme pour beaucoup, désarroi voire désespérance. Et implosion pour finir. Car l’homme qui est d’abord de chair, a besoin de toucher, de contact car c’est par là que la vie se transmet, même dans ce qu’elle porte de plus immatérielle en elle.

          Quand vous verrez se multiplier les comportements erratiques et insensés autours de vous, comme des crises de folie soudaine inattendues et imprévus, chez des êtres en qui vous ne soupconniez pas cela possible, vous repenserez à ce que je vous écris là. La grande crise qui s’annonce sera certes économique, politique,… mais surtout « humaine », « spirituelle diront certains. Ce qui m’alerte le plus de nos jours, c’est l’impossibilité grandissante pour l’homme de se relier physiquement à ses semblables et de se croire capable de vivre seul. Avez-vous une idée du nombre de divorces depuis le début du confinement et des situations dramatiques qui se multiplient à l’intérieur des familles, cellules de base de toute société et ferment de leur devenir ? J’en ignore le nombre mais pour etre passé par là, j’ai eu ouïe dire que c’était alarmant.

          Désolé pour la longueur de ce texte et sa finale un peu rauque. Je demeure convaincu que l’humanité trouvera la force de se resaisir et une voie pour s’en sortir. Mais je suis hélas convaincu que beaucoup de peines et de souffrances, comme de joie (il y a une Joie à combattre, lutter et s’oublier!), nous attendent. C’est leur mise en commun « pour un monde meilleur » (refrain d’une chanson entendue dans les cortèges GJ) qui changera les choses. Les GJ l’ont compris d’instinct en se retrouvant spontanément autours de ronds-points, dans la rue, sur les places… pour partager pain, vin et paroles remontées. Un certain avenir leur appartient, un avenir Humain. C’est pour toutes ces raisons que je les ai rejoints, même si de part mon parcours, j’y tiens une place atypique (je suis artiste).

          Oh certes pour l’heure ils n’en sont qu’à se lever pour le prix de l’essence, le coût de la vie mais comme le rappelait Jérôme Rodriguez, « la base c’est le frigo » ! Chair encore froide pour l’heure donc mais des braises tapies sous la cendre couvent qui se réveilleront un jour pour enflammer les coeurs. Jésus ne visait pas autre chose quand il institua le partage entre ses fidèles (la fameuse Cène), avant sa mise à mort inique par les Pouvoirs de son temps. L’Eglise en a fait une messe (une misère !) et elle est aujourd’hui rattrapée par des histoires de fesses (pedophilie). C’est dire à quel point elle a voulu faire oublier la chair, mot qui résonne avec solidaire. Solide ère ?

          La vie m’a appris que c’est toujours l’impensé qui surgit in fine. Le transhumanisme a beau caracoller et séduire, il sera lui aussi rattrappé par ce qu’il refuse de voir et vivre. À savoir que ma chair et la chair de l’autre c’est même chose. Elle contient toute l’humanité entière. Le transhumanisme instrumentalise l’Autre et ne fait corps qu’avec lui-même pour soi seul. Tout le contraire de la Chair, matrice du vivant qui se perpetue par la fusion des êtres !

          « Nous ne sommes qu’UN, divisés dans la chair » chante Keny Arkana dont j’ai rencontré un des lieutenants dans les cortèges, un mirage qui faisait un max de barouf dans les rangs avec son escouade et dont j’ai salué la force et le courage en partageant avec eux une pause clope avant l’orage de gaz qu’ont fait pleuvoir sur nous les forces de l’Ordre après nous avoir pris en otage.

          Je place pour ma part mon espérance concrète dans le retour du partage et de l’entraide pour commencer. Partage de tout hors système, y compris le sang, la sueur et les larmes. C’est cela qui forge l’unité d’un peuple selon moi, chair sensible d’une terre qui vibre à l’unisson jusque dans la misère, d’une même aspiration à vivre digne et libre sur cette terre.

          Merci pour votre retour qui m’aura fait gamberger un peu et sortir de mon doigt (je tape mes textes avec mon seul index sur mon portable) ces quelques mots puisés autant à ma pensée qu’à votre oreille que je devine derrière ce paravent de lumière. Preuve s’il en est que cette tekno n’est pas mauvaise en elle-même et porte aussi sa part de contribution à notre évolution. J’espère avoir un jour l’occasion de vous saluer de vive voix poyr acter tout cela.

          Bonne journée à vous et belle continuation.

          1. merci eric , de votre réponse. je vous ai lu attentivement et je me dois d’ouvrir la porte de ma pensée boostée par vos approches.
            on aurait tout à gagner à revisiter le mythe d’ICARE.. En s’appuyant sur la métaphore du mythe de Dédale et d’Icare de Dario Fo je vois en effet dans cette fuite en avant du tout numérique une perte de nos potentialités d’humaines. il serait naif de ne point songer une seconde que ce pari n’est qu’une invitation à y sacrifier toute une jeunesse.
            Comme dédale pris à son propre piège , aveuglé par la lumière des promesses technologiques
            cette jeune génération se perd dans le labyrinthe du tout virtuel connecté L a chair dites vous quel joli mot quelle place peut elle encore avoir dans cette ascension vers une désaffectation des .relations une distanciation cognitive qui à force de cherche l’autre ne saisit plus rien de lui.
            Le mythe d’Icare , son corollaire l’ascencion vertigineuse vers une désincarnation de ‘humain serait donc un mythe exploité par le pouvoir pour maintenir la terreur de la jeunesse envers l’écart vis-à-vis de la norme. Un mythe, ce sont ses mots, « terroriste », au sens propre du terme, à savoir entretenant la terreur.
            En d’autres termes, le mythe sert précisément à couper les ailes aux jeunes qui voudraient élever leur regard. Il constituerait une mise en abyme remarquable, son contenu étant en même temps sa fonction. La morale tragique de cette histoire pathétique servirait donc d’avertissement, en faisant de Dédale une figure de l’homme prudent, non seulement au sens ancien d’homme avisé, mais également au sens d’homme évitant le risque, ce qui ne serait pas la moindre forme de son intelligence. Le refus de cette assignation biologique à notre destinée humaine est aujourd’hui lancée comme un train fou .
            Seulement la jeunesse et l’imprudence d’Icare le portèrent à des recherches interdites à l’homme ; il s’éleva en esprit jusqu’au pôle, mais il fut précipité du haut de la vérité, jeté hors du bon sens, et noyé dans une mer d’erreurs sans limites. Les Grecs racontent autrement son aventure, et l’on a donné à un golfe le nom de mer icarienne sans trop savoir pourquoi.
            je suis proche de vous aidons cette jeunesse à se réconcilier avec la vie . Nous appartenons au vivant s’y extraire est reve fou

    2. (Réponse à votre dernier message du 28 octobre à 15h06. Le bouton Répondre n’apparaissait pas dans le fil devenu filiforme)

      Un grand MERCI chère Joëlle pour cette belle et forte réponse inspirée, qui me semble clore ce premier échange nourri.

      《La jeunesse》. Mais oui bien sûr ! « L’âme du monde », notre enfance éternelle jaillie sous votre plume, associée au mythe d’Icare (à revisiter à votre invite avec Dario Fo, je note la référence). 《Âme》, voilà un autre mot que j’aimerais voir retrouver, à l’instar du mot 《Chair》, ses lettres de noblesse et d’existence pour commencer.

      Je me suis levé de mon siège pour danser sur la musique que j’écoutais (un bon vieux Bob Marley), porté par votre prose qui ne m’apportait pas seulement un éclairage déterminant sur la chose dont nous parlons, ce conformisme ambiant qui enserre la société et nos jeunes tout particulièrement, mais aussi réponse à un questionnement intérieur dont vous avez saisi je pense, la teneur.

      Danser ! Ce mouvement qui réunit pensée et chair dans un même élan de vie tourbillonant, mais qui sait lui, contrairement à Icare, garder les pieds sur terre.

      Je m’arrête là et vous remercie encore pour ce partage inspirant.

      Bien à vous

      Éric

  4. Pour compléter le débat, je propose cet autre débat (sur sputnik) autour du bouquin de Bégaudeau … dont on n’a rien su.
    Bégaudeau s’est un peu calmé (il ne « punche » pas uniquement son interlocuteur) et du coup c’est plus clair sur le fond, des deux côtés, et surtout sur le bouquin de Bégaudeau.

    https://fr.sputniknews.com/20211014/2022-la-bourgeoisie-invente-t-elle-le-subterfuge-de-lidentite-pour-tuer-la-lutte-des-classes-1052146762.html

  5. Plutôt mal à l’aise devant ce débat. François Bégaudeau se débrouille très bien tout seul pour débattre (bien qu’il était un peu énervé et en dessous de son niveau actuel ici), je pense qu’il n’a pas besoin des interventions fréquentes et partiales de l’animatrice pour contrer Devecchio.

  6. Quelle bonheur de retrouver François Bégaudeau, toujours égal à lui-même
    Ce pauvre journaliste du Figaro, aurait dû se préparer mieux, car il ne faisait pas le poids. et le débat comme d’habitude, fût mené d’une main de  » maître  » le mot maîtresse me gène bizarrement, par Aude et par ses interventions perspicaces.
    La gauche existe, la preuve ici, est faite.
    Merci à QG encore une fois, je me suis régalée.

  7. Bien sûr je suis dans le camp de Bégaudeau, mais la fixation trop insistante sur Alexandre Devecchio m’a été pénible. On n’arrive pas ou c’est très difficile à attraper une anguille.
    Une anguille sans doute assez inconsciente de sa nature d’anguille mais c’est loin d’être le seul à droite.
    Il est pour l’hôpital, les services publics, les fonctionnaires avec tout ce qu’il a cité avec lui c’est pas la chasse aux fonctionnaires qui va rapporter quelque chose au capital, il est pour une régulation de la grande finance … j’en oublie . C’est vrai qu’à ce point là il est légitime de penser qu’il nous prend pour des imbéciles.
    En général la politique de droite ou socialiste se justifie par la phrase ‘c’est ce que veulent les français’.
    Droite et socialiste, droite ou réformiste, droite ou bon nombre d’écologistes, ils suivent tous la même direction : on ne remet pas en cause le capital.
    Donc je ne suis absolument pas d’accord avec la conclusion : il y a une gauche et une droite. Non, il y a ceux qui ont compris ce que c’était le capitalisme et ceux qui ne l’ont pas compris . L’illusion et l’inconséquence à gauche est la même que l’illusion et l’inconséquence d’un Devecchio .
    Et la grande question : pourquoi le petit peuple vote à l’extrême droite? (quand il vote)
    Parce qu’ils ne sont pas idiots (ceux qui votent et qui ne votent pas)
    – ils savent que les élections ne vont pas mettre fin à la domination des riches et des puissants
    – presque tout le monde a intégré la notion de nature humaine, concept idéalisme, entité immuable contre laquelle on ne peut rien, il faut bien accepter le capitalisme, c’est à l’image de notre nature, le cercle parfait!
    – depuis tout petit ils sont élevés au bon grain de la pub et formés en tant que consommateurs à coup d’image, comment voulez qu’ils s’intéressent à un programme en plus il faut lire ils sont fatigués et ils manquent de temps, surtout que toute leur attention est prise habilement par les réseaux sociaux.
    – on ne leur propose rien à long terme car pour vraiment changer les choses il faut une organisation centré sur le but de mettre fin au capitalisme, en innovant sans faire de concession sur la démocratie contre une éventuelle efficacité. Une organisation où on apprend, on s’instruit on s’écoute , on discute etc Où on ne vise pas l’élection comme un but en soi …

  8. Pour alimenter encore la discussion sur le concept de « peuple », on pourrait dire aussi que le peuple ce sont tous les citoyens qui ne font pas partie des gens qui dirigent la nation; le peuple ce sont les gens qui « subissent » (au sens large, cad non péjoratif ici) les décisions nationales du gouvernement.
    C’est d’ailleurs, je crois, l’idée que ce font beaucoup de gens de la notion de « peuple » : en gros, le peuple, ce sont ceux qui ne dirigent pas.

    Cette définition a l’inconvénient d’ignorer la notion de « classes sociales ». Les classes sociales permettent d’affiner le concept de peuple. Ainsi, si on pose que, en gros, moins on dirige, plus on est du peuple, alors les dirigeants d’entreprises -bien qu’officiellement citoyens hors du gouvernement- font moins partie du peuple que les prolétaires qui eux sont « déterminés » dans leur vie « aussi » par ces dits patrons.

    En tous cas, pour moi, le concept de « peuple » n’est pas équivalent au concept de « populaire ». Il y a beaucoup plus de gens dans le peuple que dans le « populaire ». Le populaire c’est ce qui est parfois appelé la « populace » par « ceux du dessus ». Il est clair que les petits patrons -ou au-dessus- ne sont pas inclus dans la populace.

    1. C’est la définition de Onfray que tu donnes là, non ? « Le peuple c’est ceux sur qui s’expose le pouvoir », quelque chose comme ça ?!
      Sur les « classes sociales », je resterais sur un clivage Marxiste prolétaire-bourgeois, l’appartenance à l’un ou l’autre reposant sur les différents « capital » à la Bourdieux. Celui ou celle qui coche les 5 cases (économique, financier, social, culturel, symbolique) es un bourgeois/e, point ! Enfin, sur la distinction « populaire » « peuple », je me calerai sur les usages des termes tels qu’ils sont écrits dans un dico, par exemple : tu retrouves la définition d’Onfray là https://www.cnrtl.fr/definition/peuple, quant à « populaire », https://www.cnrtl.fr/definition/populaire

      Si ces distinctions ne sont jamais si claires c’est car des bourgeois se comportent de manière populaire dans certaines situations et des prolétaires ont parfois une attitude bourgeoise (je distingue bien comportement d’attitude). Quand un bourgeois regarde un France-Allemagne le WE sur C+ (sport populaire), qu’est-ce qui le distingue des jeunes du quartier ? Quand le mécanicien dit « j’aimerais acheter une maison pour mes vieux jours » (attitude conservatrice), c’est bourgeois.

      1. Bien vu. Merci pour tes compléments extrêmement intéressants.
        Pour Onfray je ne le renie pas : certes c’est un anticommuniste primaire, mais parfois c’est l’homme de quelques vérités qui sont toujours bonnes à dire. Il a des couilles (je sais, c’est un pauvre argument).

        Dans tes liens, on donne une définition possible tout à fait différente de « peuple » : c’est peuple au sens de « nation » cad tous les membres de la nation. Ce n’est pas du tout ce que j’entends par peuple « ici ». C’est le contexte d’énonciation qui indique si on parle de « nation » ou de « classes sociales » avec le mot peuple.

        Quant à ton dernier paragraphe, il ouvre les portes à un débat énorme, et d’une importance tout à fait EXTREME sur le plan scientifique, sociologique.
        Bourdieu a traité des « habitus » (par exemple « qu’est-ce que regardent les bourgeois, et qu’est-ce que regardent les prolos à la télé ? » ; réponse : la même chose parfois, tel le match de foot. Mais parfois seulement ! Mais parfois tout de même (les chiffres de Bourdieu indiquent toujours une tendance, ce n’est jamais du 100%, et cet écart, sauf erreur ou oubli de ma part, il ne l’a pas théorisé). Donc pourquoi ces points communs étranges entre bourges et prolos ?
        Ma réponse, mon explication ? Intersectionnalité ! intersectionnalité au sens que je donne à ce terme (pas exactement le sens des woke). Ce point commun « match de foot » entre bourgeois et prolos s’explique par le fait que le « rapport de classe », s’il est dominant, est loin, très loin, d’être le seul rapport social dans lequel baigne tout individu (sujet) dans sa vie. Et là, ce sont ces autres rapports sociaux qui déterminent cet habitus commun entre Pierre, Paul, Jacques (là, je donne les prénoms car il ne faut plus parler -ici- de bourges et prolos) car ce n’est pas seulement la classe sociale qui détermine l’habitus du football ; chaque sujet a 1000 -ou beaucoup plus- autres statuts (comprendre « autres rapports sociaux ») que celui de bourge ou de prolo, même si ce dernier est le rapport majeur puisqu’il détermine le type de vie qualitative globale (de la vie à la mort) qu’aura tel ou tel sujet. Les autres rapports sociaux sont tous moins déterminant pour « cet enjeu-là », même s’ils sont très singularisant.
        Voili, voilou.

        Il faudrait plus de temps pour développer cela …
        Bonne journée.

          1. Réponse à Evens du 30 octobre 0h32, sur « Ploutos ».

            C’est exactement la définition que je donne personnellement au terme « populaire » : des « salariés » d’abord, les plus pauvres en plus.
            Un diplômé « directeur d’usine » à 15000€ par mois, ne rentre pas pour moi dans le « populaire ». Alors que ce même salarié peut revendiquer faire partie du peuple car il est lui-même dirigé par des « politiques ».

        1. Nota : l’exemple du foot, je te l’emprunte, mais je ne crois pas que Bourdieu l’aie traité spécifiquement ! (mon texte est un peu ambigu là-dessus).

          Par ailleurs, que le prolo aspire à une vie « bourgeoise » ne me choque absolument pas; c’est même presqu’uniquement pour cela que je me bats : réduire l’écart des conditions de vie entre classes sociales; assurer une vie décente à tous. Ô, certes il y a des modes de vie, ou plutôt de consommation, qu’il faut absolument éradiquer; éradiquer dans toutes les classes; éradiquer pour des raisons morales (prostitution par ex) ou écologiques (gaspillage; limitations des puissances des voitures …).

          1. Merci beaucoup pour ta (tes) réponse(s), elles sont très enrichissantes, comme toute la discussion sur cette page. Ce que tu as écrit sur le « peuple » me donne envie de citer Dardot et Laval, ce qu’ils racontent dans « Ce Cauchemar qui n’en finit pas », les pages 17 à 24.

            Les auteurs content une Histoire grecque, « Ploutos », d’une comédie d’Aristophane. Il s’agit de nous faire comprendre le concept de « démocratie », en précisant ce que signifie dèmos. Dans l’histoire, démos est le peuple qui conquiert une partie de la cité (d’Athènes) dans une guerre contre l’oligarchie. D’après les auteurs, la démocratie à l’époque (on est quelques siècles avant JC) est le régime dans lequel le pouvoir est exercé par la masse des pauvres. Le peuple, puisque c’est sur ce mot que porte notre discussion, ainuage, ne s’identifie pas au grand nombre, ni même à la totalité des citoyens, mais à la masse des pauvres. Cette définition du peuple, qui sert à définir « démocratie », m’émeut. Il y a 7-8 pages. J’ai fait court.
            Très cordialement.

  9. Très, très bon face à face où deux visions diamétralement opposées s’exposent. Très grand moment, merci.
    Il y aurait beaucoup à dire sur les thèmes évoqués… en résumé je dirais que l’une des postures des deux protagonistes est « honnête » puisque globalisante, englobante, sourcée et tournée vers le bien-commun et l’autre « revancharde » puisque quasiment univoque dans ses sources et constats.

  10. la PMA oui la GPa non, enfin, dire que la pma ouvre a la GPa.. c’est lamentable. la pma est autrorisé pour les heteros, mais pas pour les femmes homos , immonde. Par contre les mecs devront se passer de GPA et les femmes aussi. Un enfant n’est pas un droit, mais un desir qui peut etre non assouvi , et alors ? on est pas des momes, on peut supporter de ne pas avoir ce qu’on desir, apres tout les prolos , les femmes doivent bien supporter d’etre insulter, de manquer de liberte, et de vacances … sans tuer les gens … les homos doivent pouvoir adopter mais pas de GPA pour personne.

  11. merci, enfin des discours sans mépris, avec la droite et pas seulement les fachos. La gauche c’est complu depuis Miterrand a ne se battre QUE contre le racisme et a mépriser les gens ‘pas de gauche » , enfin on peut discuter d’économie, et la deux mecs débattent et enfin… et chez les GJ Maxime, Jérôme, Eric et Priscillia sont pas des gens a gauche, ils militaient pas.. et erreur des deux, les gens votent aux presidentiels seul 20% des gens ne votent pas, donc 80% des gens votent.. et quand meme les classes populaire vote aux présidentiels.

  12. https://www.youtube.com/watch?v=s488D8PInk4

    Bon, puisque Bégaudeau dans ce débat ne nous a pas parlé de son livre, je vous propose ci-dessus un lien sur une vidéo (datant d’hier) du dénommé Chaigneau qui parle justement de Bégaudeau et du livre « notre joie », livre dans lequel Bégaudeau fait une critique du sociologue marxiste Michel Clouscard.

    Attention, ça vole plutôt haut, et Chaigneau n’est pas gentil avec Bégaudeau. Dialogue donc entre deux marxistes (ou prétendus tels, puisque Chaigneau dénie le caractère marxiste à la pensée de Bégaudeau). De plus, il adresse à François le même reproche que ce dernier adresse à Devecchio, à savoir le reproche d’avoir un discours purement conceptuel qui travestit la réalité. Boum !

    1. Merci pour le lien. Je regarde la vidéo, c’est du niveau de la recherche en philosophie, sociologie. Chaigneau est doctorant en Philosophie.

      Peut-on se contenter de lire « Critique du Libéralisme Libertaire » de Clouscard ou « Les dégâts de la Pratique Libertaire » pour maîtriser les termes du conflit ? À mon avis, faudrait en lire plus. Je ne sais pas toi, mais moi je n’ai pas le temps de lire tous les livres conseillés. Et puis c’est comme si dans un autre domaine que j’aime bien, les math/stat; Michael Launay conseillait des bouquins et articles lus pendant sa thèse (Michael a un doctorat) ; ce ne serait plus de la vulgarisation.

      Pour notre compréhension des raisons du conflit entre feu Clouscard, défendu par Chaigneau, et Bégaudeau, il n’y a qu’un débat entre les deux qui puisse nous éclairer ! Comment choisir son camp si on ne comprend les choses qu’en surface ? Toutefois, merci pour le lien, qui me permet de situer un petit peu mieux Bégaudeau parmi les intellectuels que je lis … quand j’en trouve le temps :).

      L’économètre.

      1. Ô non ! on ne peut pas se contenter de la lecture de Clouscard, bien évidemment; mais le « débordement » qu’il a introduit au Marxisme traditionnel de son époque (l’idée que les libertaires, pouvaient -intentionnellement ou pas- faire le jeu du capitalisme) n’est pas inintéressant selon moi.

        Personnellement, au-delà des affirmations de Clouscard, je vois un jeu commun entre « libertaires » revendiqués prolétariens, et « libertariens » revendiqués capitalistes (identité partielle des contraires??), en particulier dans leur critique commune de l’Etat. Comme autre indice : toute la mouvance écolo de Cohn Bendit, libertaire d’antan, qui se défausse facilement aujourd’hui sur des revendications … écologiques, et qui fait copain-copain avec Luc Ferry, chien de garde patenté du capitalisme. Actuellement il ferme un peu sa gueule à cause des soupçons de pédophilie qui lui collent au cul.

        Clouscard, dans « le capitalisme de la séduction » (facile à lire), se livre à un moment à une critique, parfois crypto-psychanalytique (donc un peu énervante), du « rock » qu’il oppose au « swing »! Bon, je reste encore circonspect et ça me fait sourire, mais cependant sa façon de mettre en lien un fait social a priori banal avec des déterminants politico-économiques (ce que j’appelle « ses débordements ») retient vraiment énormément mon attention: il y a de ces débordements (cad ce qui passe par-dessus les évidences a priori) qui s’avèrent pertinents à terme.

        Clouscard est un auteur indispensable pour moi. Dans « l’être et le code », dont l’idée d’explicitation d’une évolution historique est correcte, il se livre malheureusement à un exposé qui utilise, en douce, et sans aucune justification, les formalismes à la fois des théories des « ensembles », et du structuralisme, ce qui rend son bouquin imbitable! Badiou, et d’autres comme Lacan, ont aussi flirté, chacun à sa façon, avec ce piège, piège qui relevait à l’époque d’un dandysme philosophique caché, et même de l’erreur épistémologique pour le structuralisme dans les sciences sociales.

  13. J’ai pas de sous et m’abonne jamais a rien, mais la je ne pouvais en 1ucun cas rater ce débat.
    Et autant dire que je n’ai pas le moindre regret. Je me dis depuis plusieurs années que François est certainement l’une des voix les plus puissantes et efficaces de notre camp, les radicaux de gauche/marxistes/anticapitalistes chevronnés etc, mais je commence à me demander si c’est pas tout simplement celui dont on devrait absolument tous suivre l’exemple. Je suis un mec de quartier jeune et dans la marginalité quasi totale, mais ce bonhomme la ne fait que melever politiquement et même intellectuellement à chaque intervention depuis plusieurs années à l’instar de Lepage.
    Je donnerai cher pour lui parler autour dune bonne pinte, en tant ’’ racaille de tierkar ’’ j’ai tellement de chose à lui dire , et réciproquement, que je me met à naïvement espérer le retrouver à la même tâble que lui , afin de parle du concret de la vie du prolétariat de cité, du délinquant lambda qui tente de comprendre le pourquoi, et de se ’’grandir’’.
    Un grand merci à François, le seul bourgeois à qui je ne souhaite pas un bon dépouillement des familles, ou plutôt une grosse hagrah comme dirait mes potew et les ptits dchez moi haha.
    Force à QG et à toi mon vieux.

  14. Un écrivain, réalisateur contre un rédacteur en chef de média d’opinion, une disposition rare et intéressante. Begaudeau toujours très pertinent et mathématicien pour démêler les logiques de pensées donc les présupposés idéologiques de ses adversaires. C’est une boucherie.

  15. Bon ! ou plutôt ouf ! Ouf au sens de Vlan ! Bégaudeau a envoyé Devecchio dans les cordes tout au long de l’entretien ! il avait lu, et bien lu, le livre de Devecchio ; et la faiblesse de répartie de celui-ci peut laisser supposer que l’inverse (avoir lu le livre de Bégaudeau) n’était pas vrai. Au fond, l’objet du débat a été le bouquin de Devecchio. On ne pourra pas reprocher à Bégaudeau d’avoir « vendu » son propre livre ; en fait il a surtout «dé-vendu» celui de son adversaire. Ce qui n’est déjà pas si mal.

    Je ne connaissais pas ou plutôt pas bien ce Devecchio auparavant, ne regardant presque plus les journaux meanstream, et ayant, de surcroit, résilier mon abonnement au Figaro il y a de cela plus de 65 ans, entre deux biberons !

    En fait, ce qui m’a frappé dans ce débat c’est surtout la forme. Pour le fond je suis tout entier (ou presque) en accord avec Bégaudeau, et tout entier (ou presque) en désaccord avec Devecchio. Pour le «presque» voir plus bas.
    Donc, dans la forme, outre le déséquilibre des «points», en faveur de Bégaudeau, ce débat m’est apparu un peu comme l’inverse du débat entre Laurent Alexandre et François Meyronnis, ou mr Alexandre (mr la droite) avait quasiment étouffé mr Meyronnis (mr la gauche). Sauf que là, Aude, a plus affiché d’opposition à mr Devecchio qu’elle n’en avait montré à mr Alexandre. Certes la question des NBIC est plus molle politiquement que les questions de lutte des classes ou d’identités. Mais là, l’animation a fait un petit pas en direction de l’animation des débats droite-gauche sur les chaines meanstream, où les animateurs me semblent (me semblaient) faire souvent des «courte-échelle» aux copains droitistes et des «croche-pied» aux ennemis gauchistes. Reconnaissons aussi que si Aude ne prend pas partie, certains lecteurs le lui reprochent ! C’est dur le métier d’animateur à la fois engagé et équitable !
    Toujours sur la forme, on ne peut pas dire que Bégaudeau, en dépit de sa revendication finale de « courtoisie du débat », se soit montré vraiment courtois dans le débat. Attaques fébriles non-stop et courtoisie ? hum, hum ! Il faut assumer, c’est tout, et ne pas requalifier en final le débat avec certains … «mots», quand le … «réel» dit autre chose. Désolé François.

    Sinon, je suis d’accord avec François sur la question du « mot » peuple, qui devient un mot un peu vague que tout le monde utilise à sa guise, droite et gauche confondues. Le langage politique, c’est ça aussi; jouer de la proximité à la fois des mots et des faits (signifiant-signifié-référent occasionnel); opérer des croisements, des chevauchements subtils pour construire des falsifications verbales, des confusions, qui parviennent à faire prendre des vessies pour des lanternes. Et donc, pour le mot peuple, je suis Bégaudeau dans l’idée qu’on l’utilise souvent à la place «du» populaire, cad le prolétaire, le travailleur pauvre, celui qui n’a que sa force de travail à vendre … à bas prix sur un «marché concurrentiel». Je conseille le poème magnifique de Damien Saez « Manu dans le cul » pour la définition du «populaire» : ça parle des fins de mois et même des débuts; des assiettes vides etc … Les cadres diplômés bien payés, ainsi que les petits patrons (juste en dessous des pédants et des mondains de Bourdieu) n’en font pas partie de ce populaire, même s’ils essayent maladroitement d’en imiter les habitus. Les habitus (mot utilisé par Aude) cad les goûts, les façons de faire, de se vêtir, de consommer, de réagir, de penser, de se mouvoir -en résumé les façons d’être dans le monde- sont différentes, cad typiques par catégories sociales, malgré le matraquage publicitaire actuel qui tend à tout unifier (ce matraquage vise même les enfants comme consommateurs : la façon de s’habiller est devenue absolument rigide ; c’est un enjeu, un tracas pour les enfants dorénavant; la honte vestimentaire s’est considérablement développée dans la cour d’école malgré le «débrayé» apparent qui veut se faire passer pour «la liberté»).
    Autre exemple, toujours sur la distinction peuple/populaire: la révolte des canuts à Lyon. Révolte du «peuple» plus que populaire selon moi, car cette révolte a été initiée par les petits patrons canuts accompagnés par leurs salariés ou apprentis. Patrons et ouvriers, en effet, avaient tout à perdre avec l’arrivée du métier à tisser Jacquard, beaucoup plus productif; « métier » que de plus grands capitalistes avaient développé à force d’investissement. «Le» populaire c’est l’ouvrier, le salarié de base. Les patrons canuts (employeurs) en révolte étaient, en faits, des réactionnaires au sens d’opposés au progrès technique qui les mettait sur la paille (on peut certes comprendre leur colère). C’est comme ça: les gros capitalistes dominent sans vergogne les petits capitalistes (c’est la loi du marché, entendue au sens de «libre» concurrence et de «liberté» des prix : « liberté », toujours « liberté » pour les capitalistes!), tout comme les gros salariés diplômés du cerveau dominent et même méprisent -parfois méchamment, parfois gentiment- les petits salariés du muscle et du bon sens. La question difficile c’est comment positionner respectivement «l’artisan pauvre non employeur» et «le salarié aisé cad le prolétaire riche» !

    Pour finir, je pense que Bégaudeau a tort en esquivant la répartie finale (la seule !) de Devecchio sur le vote identitaire des prolétaires. Oui, certains prolétaires, mais aussi spécifiquement des militants du Parti Communiste ont déserté le parti, la gauche, au profit du Front National. Il y a une réflexion à conduire là-dessus. Mais là, François a esquivé. Les attentats terroristes par leur ampleur et par leur idéologie sous-jacente spécifiquement religieuse et conservatrice, ont joué un rôle là-dedans car dépassant de loin en méthodes et en dégâts, par exemple, les attentats des brigades rouges, sous-tendues, elles, par une idéologie prolétarienne, communiste, progressiste sur les mœurs, et donc corrélativement anti-religieuse. Ces deux terrorismes s’opposent presque point à point. Il faut dire aussi à la décharge des communistes défroqués ( !) que le parti s’est religiosisé au plus haut niveau avec Fabien Roussel, et certains théoriciens, philosophes officiels du parti (dont Lucien Sève : paix à lui, il m’a personnellement beaucoup apporté). Plutôt que la dénégation, il est préférable de réfléchir à cette question. Personnellement, j’ai le tort de penser que ce que la droite appelle la culture, les mœurs, (cad en fait les … grands habitus, codes), constituent des forces productives utiles «à quelque chose» -qui reste à décrypter- chez ceux qui les revendiquent. Tout cela il faut l’étayer et le débattre, bien évidemment, mais ce qui est sûr, cad réel, c’est que des communistes, et plus largement des prolétaires, ont effectivement migré vers le FN et le vote identitaire.

    1. Je réagis à ce post car il est très argumenté et je partage l’essentiel des impressions exprimées.

      Je vais donc me permettre de le compléter après l’avoir endossé
      Bégaudeau a saturé l’auditoire en attaquant sans cesse, tant et si bien que j’ai fini par trouver ca tellement pénible au bout d’une demi-heure que je me suis arrêté là.
      Et pour le coup, la seule question qui me semble intéressante dans tout ca, c’est celle de comprendre ce que signifie le fait que le populo a fini par voter à droite et plus coco.
      Au début, on a entendu un accord entre les deux gladiateurs du verbe : parce que la gauche les a laissé tomber.
      Et même qu’elle a justifié cet abandon, la gôche, en faisant remarquer que ces salauds de prolo ne révaient que de devenir des bourgeois pour profiter de la vie comme les autres (comme ces intellos qui glosent, soit dit en passant) et que donc, ils ne méritaient plus que les socialos se décarcassent pour les sauver des griffes de l’exploitation (Terra-Nova, etc.)
      Bien.
      Et pourquoi elle a fait ca la gôche ?
      Et qui c’est qui va défendre le populo, pour de vrai … le bégaudeau ? Le Devecchio ? …. le Zorro ?

      et si on lui demandait au populo, il en dirait quoi ?
      Ca, pour le coup, Aude a déjà invité des gilets jaunes à clop et mazoutière, mais c’est bien dommage qu’elle n’ait pas rappelé leur parole durant cet entretien. Sur la forme, Aude a effectivement montré qu’elle pouvait parfois avoir la faiblesse de pencher du côté de celui qui apparaissait comme étant le plus fort. Or Bégaudeau n’avait pas besoin d’aide pour développer ses argumentations et elle aurait du s’en passer
      Bref : je m’attendais à quelque chose de constructif, et j’ai vu la gôche satisfaite d’elle-même (et d’avoir raison, comme d’hab … hein Bégaudeau ?) qui s’acharnait sur Delvecchio, qui manifestement, ne s’y attendait pas.
      Une émission ratée, donc.
      Dommage

      1. Voilà un com salé dont j’ai apprécié les épices. Je me permets juste un bond dans cetre conversation, en écho à votre propos :《Et pour le coup, la seule question qui me semble intéressante dans tout ca, c’est celle de comprendre ce que signifie le fait que le populo a fini par voter à droite et plus coco.》
        J’ai travaillé il y a des années de cela sur un docu de Edouard Mills-Affif sur la montée du Front National à Henin-Beaumont avec Steve Brivois en porte tête, 《Au pays des gueules Noires 》 (je suis tekos dans la vidéo pour remplir le panier). Son constat ? Ce sont les électeurs PC qui ne se sentaient plus représentés par les partis de gôche gôche traditionnels qui ont grossi les votes (mais pas les rangs de militants) du FN. Le film est assez bien fait, réalisé par un spécialiste de « la représentation des immigrés à l’ecran » (sa thèse). Si vous pouvez mettre la main sur ce film, je vous le conseille.

  16. Je crois que les interrogations d’Eric D. sont au cœur du sujet : droite et gauche ont-elles encore un sens ? C’est à dire : en quoi Gauche et Droite impactent-elles encore nos vies? Disons que pour moi, l’émission ne visait pas du tout ce questionnement, et François Bégaudeau d’ailleurs ne cherchait nullement à y répondre. Il s’est échiné à dresser un acte d’accusation agressif, et personnalisé, contre Alexandre Devecchio et son bouquin, assimilant le tout à Zemmour. Et fixant comme ligne de démarcation (entre gauche et droite?) un anti-capitalisme.
    Or, chacun peut constater , et le débat lui-même l’a illustré quoiqu’en dise Bégaudeau, qu’aucunes réponses apportées aux questions économiques ou sociales soulevées dans la division gauche-droite, protectionnisme, immigration, UE etc… ne font l’unanimité au sein même de chaque « bloc ». Anti-capitalisme affiché ou pas. C’est même l’inverse.
    L’immigration est l’objet de contradictions terribles au sein de la gauche. Le traitement des « cités  sensibles » est un sujet permanent de désaccords profonds entre partis de tous bords: rappelons que le PCF fut le premier à lancer les bulldozers contre les foyers. L’obsession sécuritaire traverse tous les camps. Les mesures liberticides Macron comme le pass qui fracture la société, sont ouvertement négligées, les manifs populaires méprisées par les partis de gauche traditionnels. L’écologie est revendiquée par tous, tant par la gauche réformiste que le camp de droite.
    Eric D. dit ceci : « Le hic c’est l’absence d’une pensée haute capable d’embrasser ces contraires et leur donner un point de mire au dessus de la mêlée. »
    C’est à cela qu’il est urgent de s’atteler.
    Personnellement, je me suis lancé dans les travaux sur le néolibéralisme comme ceux de François Boulo ou Barbara Stiegler (mais pas seulement) pour tenter de comprendre ce qu’il nous arrive. S’extraire de ce trou noir où gauche et droite nous plongent à tour de rôle. Et dont je crains qu’on ne sortira pas en 2022.

      1. En plein taf pour le Paf
        Je ne lâche pas ce fil
        Je passe en mode télégraf
        Pour lancer mes billes

        Pensée Haute appelle
        Changement de paradigme
        Base commune Liberté ?
        Ou Anticapitalisme ?

        Capitalisme mondial
        devenu financier
        État-Nations assujettis
        à grandes corporations

        Aristocratie hors-sol
        E irige flux du mirador
        Homme assigné à terre
        Peine asservi par dette

        Sortir de l’impasse ?

        Sortir de la monnaie
        Argent nerf de la guerre
        Dette créance ou salaire
        Même misère système

        Fin de transmission.
        Affinerait quand sorti de tunnel si pas clair.

  17. Quelques jours apres sa diffusion je reviens en pensée sur cette émission et la question qu’elle posait. L’échange très dense et intense confirme qu’il y a encore dans la société française un « ethos » de gauche comme de droite qui tapisse le fond des consciences et qui a gardé chez certains toute sa vigueur (Francois Begaudeau face à Devecchio en temoigne!), mais que les groupes humains qui se constituent aujourd’hui ont pris leur distances avec ces lignes de démarcation, produisant des discours qui puisent ici et là, autant à l’un qu’à l’autre, parfois même de façon antinomique. De là peut être la difficulté de se constituer en « classe » qui suppose l’union autours d’un projet unique ou fédérateur qui porte loin.

    L’éclatement de la société comme de l’individu produit un bain de nature chaotique où tout semble se brasser à nouveau sans autre intention que celle de produire des explosions de vie ici et là dans lesquelles on se sent exister un temps.

    Le hic c’est l’absence d’une pensée haute capable d’embrasser ces contraires et leur donner un point de mire au dessus de la mêlée. Cela profite à des Zemmour qui racle la fange dans le creux des mares, car dans ces borborygmes l’affect supplante très aisément la Raison en manque de visée.

    Je pensais que le RIC avec les GJ, et son corrolaire, le besoin d’une nouvelle constitution, serait à même de mobiliser les énergies en d’emporter le débat public vers une sortie de crise, mais le manque de maturité du peuple français sur ce plan ou sa profonde desillusion sur les institutions je ne sais, l’empêchent aujourd’hui de faire ce pas. Même Etienne Chouard le reconnaît amèrement : d’un processus citoyens constituants, « tout le monde s’en fout », se plaint-il dans un récent tweet.

    Alors pour l’avenir ? Je crains fort qu’il nous faille en passer par les affres d’une lente décomposition avant que ne se produise un nouveau big bang.

    Pour clore ce post, un poème écrit en 1990 à l’aube de mes 20 ans après la chute du Mur de Berlin en 89

    « Droite,
    Gauche,
    Droite,
    Gauche…

    Milieu

    Toujours je reviens aux sources
    Inépuisable Source

    Droite,
    Gauche… »

  18. Pas bien compris l’objet du débat. C’était refaire avec d’autres du Mélenchon vs Zemmour? Je croyais que le sujet c’était pourquoi se dire de droite ou de gauche était devenu si difficile. Bon pas grave, 2 heures de malentendu.

  19. Merci pour cet échange. J’avais posé la même question que François à des membres de ma famille qui prétendaient défendre « notre culture judéo-chrétienne » et exigeaient que les immigrés s’y conforment.
    Taquin je leur ai demandé ce que c’était et s’ils avaient lu la bible (quand on se revendique de quelque chose c’est toujours mieux de le connaître au moins un peu). Il s’est avéré qu’ils ont été incapables de répondre à la question par autre chose que du folklore (crèches, églises, …).
    Et comme François je leur ai signifié que je ne me reconnaissais pas du tout dans les exemples flous qu’ils venaient de me donner, cela m’excluait-il pour autant d’être citoyens français ?
    Pas de réponse articulée.

  20. Émission rassurante. Bégaudeau débat très bien et met constamment Devecchio sur la défensive. Le talent est du bon côté ! Je trouve comme Bégaudeau que QG en fait un peu trop sur « le peuple », mais je suppose que ce point de vue est minoritaire parmi les abonnés.

    1. Bonjour Laurent,
      Merci pour ce post car c’est à l’inverse de vous, le moment où Begaudeau a parlé du « peuple » comme d’une réalité abstraite, que j’ai décroché de son propos pourtant très argumenté et vif à souhait.
      Je suis descendu dans les GJ tout au long du premier semestre 2019 à Bordeaux et j’y ai vécu une expérience des plus inoubliables. J’ai pu notamment renouer avec cette réalité de « Peuple » qui avait fini par m’échapper, alors même que je suis issu de la base et ai vécu mon enfance au milieu de la « populace », comme me le rappelle parfois mon père pour me faire descendre de mon piedestal dans la conversation (je partage avec Francois ce débit mitraillette qui peut ravager😋, aussi me sentais-je à la fois proche et loin de lui).
      De ce séjour en terre jaune, j’ai fait remonté de mes tréfonds cette réalité très simple pour moi. Le peuple ? C’EST LE SANG, LA SUEUR ET LES LARMES. C’est la chair sensible d’une terre qui crie Sa Joie et son envie de vivre, libre.
      Bien à vous

  21. Une claque, comme d’hab.

    Merci QG. C’est un tour de force d’arriver à recadrer le débat à l’aide d’exemples concrets face à un interlocuteur de droite qui n’assume pas son racisme mesurément autoritaire. Bégaudeau y est arrivé, grâce aussi à Aude, qui sait parfaitement gérer le rythme de l’entretien en intervenant quand il faut, du coup, en acceptant de laisser débattre durement les invités, le temps qu’il faut. Vous êtes impressionnante, Aude, je tenais à vous le dire. Et François, eh bien après l’histoire des bêtises de la bourgeoisie de gauche, je m’en vais lire notre joie, titre qui paraît presque incongru au regard de ce que j’ai compris que livre racontait.

    L’économètre.

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