«Y a–t-il un génocide à Gaza?»Avec Alain Finkielkraut et Rony Brauman
Émission du 17/09/2026
Pour la grande première du DUEL sur QG, Aude Lancelin a reçu deux figures bien connues des Français, qui s’opposent sur un sujet brûlant: les événements en cours à Gaza. Trois ans après les attaques menées par le Hamas le 7 octobre et la guerre lancée par le pouvoir israélien à Gaza, on dénombre plus de 70.000 morts dans l’enclave palestinienne, dont 20.000 enfants, tandis qu’en Cisjordanie, les violences se sont encore intensifiées. Une commission d’enquête mandatée par l’ONU a conclu qu’Israël « commettait un génocide dans la bande de Gaza ». Un sujet sur lequel Rony Brauman, ex-président de MSF, et Alain Finkielkraut, essayiste et académicien, confronteront leurs visions au cours d’un face-à-face exceptionnel. Un duel au sommet, en accès libre, à ne surtout pas manquer !
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4 Commentaire(s)
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Bonjour tout le monde,
Déjà fin janvier 2025 Michel Collon d’un côté, et moi-même de l’autre, évaluions le nombre de morts à Gaza depuis octobre 2023 à 400 000 :
Michel colon : https://mai68.org/spip3/spip.php?article2745
Moi-même : https://mai68.org/spip3/spip.php?article2689
Bien à vous,
do
https://mai68.org/spip3 -
Il y a le droit et il y a l’histoire. Les deux sont nécessaires pour penser ce réel.
La notion de génocide a posé problème dès le départ, c’est à-dire au tribunal de Nuremberg . Il faut lire le livre émouvant et remarquable de Philippe Sands, Retour à Lemberg, qui rappelle l’opposition de Lauterpacht à Lemkin, fondateur du concept de génocide. Lauterpacht n’admet que le crime de guerre et fonde la notion nouvelle en droit international de crime contre l’humanité parce la responsabilité est individuelle et qu’on ne peut juger qu’un individu. D’où la présence d’individus sur le banc des accusés , jugés pour leurs crimes. Le droit international n’est pas seulement un droit entre États, mais également un » droit de l’humanité « .
Lauterpacht refuse la notion de génocide ( un barbarisme, qui mélange le grec et le latin) parce que la protection des groupes ne doit pas être l’objet du droit. Lemkin s’est battu jusqu’au bout pour que soit admis un crime qui, pour lui, allait au- delà du crime contre l’humanité : ce sont des groupes entiers dont on vise l’annihilation, En Pologne, disait-il , le but était de » détruire des populations entières pour les remplacer par des Allemands » .
Les Américains et les Anglais ne voulaient pas en entendre parler, ce sont les Français et les Russes qui ont cherché à obtenir une condamnation pour génocide. » Combien sont inconsistantes les tentatives de priver les peuples de châtier ceux qui se sont proposé comme but l’asservissement et l’extermination des peuples » ( Rudenko). Tous les peuples , pas seulement les Juifs : Polonais, Tsiganes, Slovènes, Russes. Les SS sont une entité génocidaire, tous ceux qui y étaient affiliés devaient être déclarés complices de génocide. Revendication d’une portée considérable. Lemkin voulait étendre la notion de génocide aux actes qui ont précédé la guerre, la SS ayant été créée en 1925 et les crimes nazis ayant commencé bien avant la guerre.
L’Assemblée générale des Nations-Unies adopte la Résolution n° 95, conformément aux idées de Lauterpacht, qui accorde une place aux individus dans le nouveau droit international ( les États n’ont plus le droit de tout faire à leur population); et la Résolution n° 96 qui dit que » le génocide nie le droit à l’existence de groupes humains entiers » , donc il « est un crime au regard du droit international. »
Cela conduit à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, en 1948. On oublie souvent le mot prévention . Selon Philip Sands, lui-même éminent juriste du droit international, d’origine polonaise et Juif, c’est le politique (Français et Russes) qui a permis cette modification du droit international, contre le droit proprement dit qui ne porte que sur les individus.Si on applique à la situation actuelle en Palestine ces distinctions et conjonctions, avec Lauterpacht, on dira que nous avons affaire à des crimes contre l’humanité, et avec Lemkin à un génocide. Résolution 95 et Résolution 96.
Crimes contre l’humanité très évidemment – c’est le chef d’inculpation de Netanyahu, une cour pénale ne juge que des individus- qui détruisent l’humanité de l’homme. Génocide , entre autres parce qu’un peuple a l’intention d’en exterminer un autre, par les bombes, la faim, la soif, le meurtre d’enfants, ici au nom d’un dieu qui aurait donné cette terre il y a 3000 ou 5000 ans – on ne sait plus très bien.
On sait que l’intention est constitutive du génocide, et elle a été formulée à de nombreuses reprises. Si on ne peut pas exterminer les Palestiniens, on leur fera des conditions de vie tellement misérables qu’ils n’auront plus qu’à partir s’ils ne veulent pas mourir.
Et qu’ils ne râlent pas, on leur a envoyé des flyers.
L’argument de l’antisémitisme ne tient évidemment pas, ou plus , si on considère que depuis le début il était de mauvaise foi. Ou alors, puisque M. Finkielkraut fait référence lui-même à la période du nazisme, il faudrait admettre que la formulation de la notion de crime contre l’humanité et de celle de génocide obéissait à une logique anti-allemande. « Le Juif » n’existe pas plus que « le Boche « .
Toujours si on suit cette référence, on ne doit pas oublier que le génocide des Juifs a été décidé à Wannsee en 1942 et qu’auparavant, ils subissaient des mauvais traitements depuis au moins les lois de Nuremberg. La décision de la destruction des Juifs d’Europe intervient au bout de quelques années.
Dès lors, il faut situer dans l’histoire de la Palestine les événements d’aujourd’hui. Ces crimes contre l’humanité et le génocide étaient en gestation depuis 1948. Est-il utile de rappeler les multiples opérations récentes de bombardement, Plomb durci, par exemple ? Rien ne naît de rien, l’être ne surgit pas du non-être.
Quant à l’argument du nombre- « il y a encore 2 millions de Palestiniens à Gaza » – outre le fait que c’est dire que 300 000 Gazouis ont disparu, il est tragiquement réversible. Il y a 500 000 Juifs en France aujourd’hui contre 300 000 en 1940 : il n’y aurait pas eu de génocide ?
Au demeurant, si on récuse Lemkin, on s’en tient à Lauterpacht. Est-il plus honorable, ou moins déshonorant , d’être accusé de crimes contre l’humanité ? On a pendu dix criminels de guerre à Nuremberg pour cela. C’est le seul crime imprescriptible.-
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Remarquable éclairage.
Et cette note d’humour même si le sujet est mortifère : « Et qu’ils ne râlent pas, on leur a envoyé des flyers. » comme à d’autres des fleurs ….
Génocide ou crimes contre l’humanité , le résultat est du pareil au même.Qu’ ajouter ?
Comparaisons et confiance entêtée en un idéal « être juif est une injonction » morale, devenu idéologie d’une part, et d’autre part haine ( car on ne peut sensément imaginer que ce soit la peur 😉 ) – on entend parler avec effarement devant tel renversement des valeurs de « cordon sanitaire » devant lfi, ou de Rima Hassan comme une Sorcière de Salem 😉 – détestation donc chevillée au corps, de Lfi, au point de faire confiance en les héritiers de Le Pen pour s’abriter en cas de malheur existentiel !
Rony Brauman, lui, ferait comme Todd, si vague antisémite il y avait,– ce qui n’est absolument pas le cas contrairement à ce que la propagande diffuse sur maints canaux acquis à la droite ( et ils sont légion ) et même publics – il se réfugierait chez un Lfi ; et en attendant, il analyse la situation, faits à l’appui, sans dévier de la méthode.
Là ou l’un parle de « progrom » du 7/10, que, ni son interlocuteur ni Aude Lancelin ( d’ailleurs impériale en modératrice 🙂 ), ne reprennent. L’autre évoque un des liquidés de cette « guerre génocidaire » vengeresse, qu’il juge un politique très dur, certes, mais ne traite pas de terroriste : « des négociations étaient en cours avec Sinouar ».
Le « noeud coulant » de Ben G’vir qui scandalise Finkielkraut ( et nous révolte aussi ), chez Brauman change encore de dimension, puisque portant le fruit pourri ( voté majoritairement quand même ! ), il s’élargit à ce que c’est juridiquement, une loi d’exception, spécial Palestiniens, dans leur « prison à ciel ouvert » ou sur une terre d’ « Apartheid », revendiquée par Israël en référence au « cadastre biblique »…
Corps et esprit torturé d’un côté, calme et pensée en équilibre de l’autre.
Tout l’Olympe tient en Brauman. 🙂
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Bonjour QG,
Serait-il possible de prévoir un duel entre Asselineau et tout autre potentiel candidat européiste? Gluksmann, Philippe, Attal, Retailleau, etc …
C’est le vrai enjeu, la mère de toutes les questions.
Le vrai débat pour les prochaines décennies.
cordialement