« Hasta la vista, Lallement ! : retour sur trois ans de polémiques »

21/07/2022

Visage du tournant autoritaire du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, le Préfet de police Didier Lallement quitte ce jeudi 21 juillet, ses fonctions après trois années de tempêtes et une doctrine brutale du maintien de l’ordre. Il se voit remplacé par Laurent Nuñez, autre visage de la répression des Gilets jaunes. Retour sur les principales transgressions d’un homme qui assuma d’être le dernier rempart de l’Élysée, et se vit surnommer « le préfet psychopathe »

L’information circulait depuis deux semaines, le préfet de police de Paris Didier Lallement a confirmé hier qu’il quitterait ses fonctions ce jeudi 21 juillet dans un courrier adressé aux 44.000 agents placés sous ses ordres. Connu pour ses méthodes controversées lorsqu’il était préfet de la Gironde, Didier Lallement fut nommé le 20 mars 2019 à la Préfecture de Police de Paris, en remplacement de Michel Delpuech, jugé trop laxiste face au mouvement des Gilets jaunes. À travers ce choix, le pouvoir décide s’en finir avec la plus grande crise sociale depuis Mai-68, qu’il n’arrive toujours pas à endiguer. Retour sur trois années et demi de polémiques à la tête de la Préfecture de Police de Paris.

BRAV-M: le retour des voltigeurs

A peine nommé, Didier Lallement réintroduit les voltigeurs sous le nom de BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée), une unité de policiers à moto chargée d’aller au contact des manifestants. Cette unité avait été dissoute en 1986 suite à l’affaire Malik Oussekine, étudiant frappé à mort par des voltigeurs en marge d’une manifestation.

Censés être mobilisés pour faire face aux actions violentes, les policiers de la BRAV-M ont en premier lieu été déployés face aux manifestation des Gilets jaunes avant d’être utilisés ces dernières années en bien d’autres occasions, notamment pour faire respecter le couvre-feu pendant la pandémie de Covid, ou même pour empêcher des rassemblements de supporters de football sur les Champs-Elysées.

Crise des gilets jaunes: « Nous ne sommes pas dans le même camp »

Interpellé par une Gilet jaune sur la Place d’Italie en novembre 2019 suite à la manifestation du premier anniversaire du mouvement, où des manifestants furent blessés et mutilés, Didier Lallement répond: « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame ! » avant de continuer son chemin, avec une morgue assumée. Accusé de manquement à son devoir de réserve, Didier Lallement reconnaîtra « une maladresse » deux jours après cette intervention critiquée. Une phrase qui collera pendant des années à la peau du Préfet de Police, et même au pouvoir macroniste dans son ensemble, dont il assumera pleinement le rôle de bras armé, allant jusqu’à dire que son vrai rôle était de « protéger le Président ». Le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, le traitera de « préfet psychopathe ». La figure des Gilets jaunes Jérôme Rodrigues, mutilé avant la nomination de celui-ci, parlera quant à lui de la « Gestapo de Lallement ». Autres piliers du mouvement, Faouzi Lellouche et Priscillia Ludosky, portent plainte contre le Préfet, après la fameuse manifestation, sciemment transformée selon eux en « champ de tir et en terrain de guerre« . Notre animateur et ami David Libeskind y consacrera un livre: « Un préfet hors la loi? Le cas emblématique du premier anniversaire des Gilets jaunes », paru aux éditions Talma.

Covid-19: Lallement s’en prend aux malades du Covid

En avril 2020, le Préfet de Police de Paris fait polémique en affirmant  « que ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés, qu’on trouve dans les réanimations, ce sont ceux qui au début du confinement ne l’ont pas respecté. Il y a une corrélation très simple ». Un lien entre hospitalisation et non-respect du confinement qui provoque de vives réactions sur les réseaux sociaux obligeant l’intéressé à faire son mea culpa quelques heures plus tard, affirmant « regretter » ses propos dans un communiqué.

Enquête pour faux témoignage

En janvier 2021, le parquet de Nanterre ouvre une enquête pour « faux témoignage » contre Didier Lallement et trois hauts magistrats suite à une plainte du député de la FI Ugo Bernalicis, spécialiste des questions pilicières. Le fonctionnaire se voit accuser de ne pas avoir dit la vérité lorsqu’il a indiqué ne pas avoir « trouvé les organisateurs » de plusieurs manifestations de policiers non autorisées en juin 2020. L’enquête sera sans surprise classée sans suite en avril 2021.

Chaos au Stade de France

Tout dernièrement, Didier Lallement se retrouve pris dans la tourmente, aux côtés du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, suite au fiasco de l’organisation de la finale de la Ligue des Champions au Stade de France, le soir du 28 mai 2022. Les images de policiers utilisant du gaz lacrymogène contre des supporters de Liverpool, y compris des enfants, feront le tour du monde. Les réseaux sociaux témoignent de la brutalité et de l’inefficacité des méthodes employées. Le Préfet de Police pointe la responsabilité des 30.000 à 40.000 porteurs de faux-billets pour justifier le chaos organisationnel. « Un échec » reconnaît-il aujourd’hui, alors qu’à l’heure du départ, il se félicite pour le reste de la fierté du « devoir accompli« .


Après maints éclat et scandales, c’est finalement Laurent Nuñez qui remplacera Didier Lallement à la tête de la Préfecture de Police de Paris, la fameuse PP, véritable État dans l’État, selon la légende. L’ancien coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme est, lui aussi, un visage de la répression brutale des manifestations. En effet, le nouveau Préfet était secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner lors du mouvement des Gilets jaunes, qui auront été marquées par de nombreuses violences policières. Peu de chances donc de voir la situation meilleure dans la rue, alors que le climat social est en train de se tendre dangereusement.

Luc Auffret

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