Pour accéder à ce contenu veuillez vous connecter ou vous abonner

Macron, le quinquennat fatal – avec Fabrice Lhomme et Gérard Davet

Émission du 16/12/2021

Qui aurait pu prédire l’autoritarisme forcené de la présidence Macron? Pour évoquer tous les secrets du quinquennat, Aude Lancelin a reçu Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui publient aux éditions Fayard « Le Traître et le Néant ». Cette enquête réunit des centaines de témoignages sur la conquête de l’Élysée par l’ex-banquier d’affaires et son exercice solitaire du pouvoir. Quelles stratégies mettra-t-il en place pour 2022 ? Sa réélection est-elle possible? Nos invités analysent la situation dans un entretien fleuve

De la même émission
À voir aussi

13 Commentaire(s)

  1. Voici un livre que, à l’issue de cet entretien, je qualifierai d’«absolument a-politique». Cad qui ne remet absolument rien en cause sinon … une certaine « personnalité », ici Emmanuel Macron.

    Le titre « le traitre et le néant » est plus qu’ambigu, et même pour moi mystérieux ! Personnellement je ne le comprends pas vraiment, et les auteurs ne l’ont pas explicité. Pourquoi le « traitre », pourquoi « le néant » ?? Bien sûr, on devine que le traitre c’est Macron. Mais, franchement, en quoi Macron est-il plus traitre que la longue liste de ces prédécesseurs ; en quoi a t’il plus trahi qu’un autre ? A t-il trahi ses électeurs ? pas du tout ! élu avec 20% des voix environ, les sondages montrent qu’il satisfait aujourd’hui environ 30 % des électeurs. Trahi ses amis politiques ? rien d’original là-dedans, la politique est un marigot où chacun sait qu’il peut être trahi : c’est la règle. La règle étant la trahison, il n’y a pas de trahison.

    Je ne crois pas un instant que leur précédent bouquin sur Hollande, fût, en quelque façon que ce soit, à l’origine de sa défaite à l’intérieur du parti ; Hollande a été battu parce qu’il a beaucoup plus trahi que n’importe quel président au monde ; c’est le Machiavel involontaire Hollande ; dès l’élection, il a oublié électeurs et militants pour se mettre à la culture de l’ENA (sa culture), et aux ordres des banquiers ; il a carrément craché à la figure de ses amis et électeurs. Mais avec sa tête de bon nounours, ça passe. Dans l’ordre de la traitrise, Macron est loin, très loin de lui arriver à la cheville. Hollande a agi sur le sociétal c’est vrai (Charlie) mais aucunement sur le social. Macron peut faire du sociétal, mais surtout de l’antisocial.

    Ensuite, « le néant » ? Qui c’est ? c’est quoi ce néant ? ses ministres, ses députés, la Mimi, la Brigitte ? ses opposants qui n’auraient pas fait leur boulot d’opposants ? Mystère ! Pour comprendre, peut-être faut-il lire le livre ? Ce ne sera pas mon cas.

    Poursuivons sur le titre. C’est une sorte de clin d’œil à une autre sorte d’ambiguïté philosophique : c’est comme un hommage à l’existentialisme de Sartre qui par essence s’oppose au matérialisme politique. Là, c’est plus clair : la lutte des classes n’existe pas dans « l’être et le néant ». L’ontologie ne peut pas être politique, n’est-ce pas. En dehors du « sujet » et de l’objet, il n’y a rien, comme chez Eidegger. Au début était le verbe, le sujet parlant ; parlant et pensant son vécu ; le sujet généralisé (sur le modèle bourgeois bien sûr), et « l’autre », l’autre généralisé aussi. Pas de classe, pas d’acteur, pas de dialectique, pas de lutte sinon intérieure, des dilemmes.

    Chez Sartre, les seules contradictions sont des contradictions logiques (les siennes) dont il n’est pas conscient. Sartre capable de dire quasi en même temps :

    a- l’homme ordinaire est condamné à la liberté (sous prétexte qu’il aurait toujours un choix possible) ; homme qui, de ce fait, est responsable. (Notons que le gars qui pleure parce qu’il est en prison est un homme libre selon Sartre car il a choisi entre pleurer et ne pas pleurer).

    b- Mais il y a aussi l’intellectuel, homme libre et philosophe (Sartre lui-même), qui est exposé à l’angoisse, car ce qu’il dit peut influencer les autres dans un sens qui peut se révéler néfaste. L’intellectuel souffre donc d’angoisse existentielle à cause de son influence potentiellement néfaste !!!! C’est dur la vie d’intellectuel.

    De mon point de vue, si on décide que l’homme est influençable, on ne peut plus dire qu’il soit libre et responsable (il a seulement des degrés de liberté, ce qui ne s’appelle pas liberté). Et si on décide que l’homme est libre et responsable, l’influenceur n’a pas à angoisser. Il y a là comme une contradiction logique dans les termes.

    En tout cas, cette référence d’entrée de jeu à l’existentialisme corrobore, renforce l’idée que la question politique est surtout une question de sujet, de personne, d’individu. Pour nos auteurs, que le citoyen pense que le tout du politique se situe au niveau des personnes, des dirigeants, des personnalités, est une très bonne chose. Chose qu’il faut valider. Approuver. En effet, les « personnalités » ne manquent pas pour tenir le poste de président, pour drainer sur leurs têtes les mécontentements inévitables au regard des politiques sociales absolument atroces qu’impose le système libéral (sociétés anonymes, spéculation maintenant populaire et mondiale, privatisation de la production, loi de l’offre et de la demande, chantage à l’emploi, liberté des prix, ….). Le coupable c’est l’homme c’est pas le système.

    Ce bouquin est digne des journaux à scandales et vise à créer des affects de ressentiment vis-à-vis de certaines personnes. Ca ne parle pas de programme, ni de classes sociales, ni de politique ; mais seulement d’individus (citoyens) qui seraient traitreusement abusés par un autre individu « mauvais » : le coupable, c’est le guignol que le peuple a élu à sa tête.

    Actuellement, il y a 4 prétendants sérieux dans les starting-blocks pour le pouvoir : Pécresse, Macron, Zemmour, Lepen. Tous d’extrême droite au plan social. La finance peut dormir sur ces deux oreilles, et même prendre le risque de financer un brûlot –un peu vache- pour restaurer la crédibilité d’un journal … susceptible d’influencer les influenceurs dans le futur.

    1. Le hasard fait bien les choses. Je viens de visualiser sur Sputnik, un entretien à propos d’un auteur (Omar Aktouf) qui analyse la dimension managériale du néolibéralisme, dimension sociologique très largement ignorée de la politique et de la philosophie.

      Lien : https://fr.sputniknews.com/20220111/cours-danti-neoliberalisme-en-quoi-la-critique-domar-aktouf-est-elle-originale-1054373549.html

      Cet entretien se révèle tout à fait extraordinaire, car il constitue un pont remarquable entre la « basse » dimension managériale, et la « haute dimension » philosophico-politicienne. C’est rare. Les philosophes sont trop souvent abscons et, comme le dit Nietzsche à propos des poètes, « ils troublent leurs eaux pour les faire paraitre profondes »; profondes et surtout a-politiques.

      Donc, une idée centrale du néolibéralisme, dans le management, d’après Aktouf, c’est de rendre responsable l’individu « seul » de sa situation sociale, bonne ou mauvaise, en niant la place que tient le « système » dans cette situation.

      On ne peut s’empêcher de penser spontanément à Sartre qui est le chantre français de cette vision avec l’existentialisme (Heidegger et même Husserl, en Allemangne…). Existentialisme, et même post-modernisme, qui visent, pour le premier à « abstraire idéellement », pour le second à « déconstruire idéellement  » l’individu comme produit d’un « système » de rapports sociaux, pour en faire un individu « cause de lui-même », ou plutôt pour en faire une conscience cause d’elle-même, et seulement d’elle-même (idéélisme subjectif) :

      – « l’homme est condamné à la liberté, et est donc le seul responsable de ce qu’il est » pour l’existentialisme;
      – « aucun individu ou sujet ne peut porter un « jugement » clivant sur un autre individu, et tout individu peut décider, en conscience, de ce qu’il est » pour le post-modernisme (qu’il ne faut pas confondre totalement avec l’intersectionnalité).
      Cet individu, ce sujet, cette conscience vivante antérieure (et indépendante) au monde social est ce que Clouscard nomme l’ « ego transcendantal » cad ego qui échappe aux déterminations matérielles et sociales du monde. Bref, une idiotie pro et néolibérale qui montre bien que l’ontologie est totalement politique.
      (voir d’ailleurs l’ouvrage -un peu difficile- de Bourdieu : L’ontologie politique de Martin Heidegger : https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1975_num_1_5_2485 )

  2. deux écrivains inventeurs d’un polar sans énigme . Je n’ai pas lu le livre et je ne le lirai pas .il me parait creux et indigeste . Apparemment leurs enquêtes s’arrêtent toutes en « route » ce livre est un vrai travail de faux enquêteurs . de la phycologie de comptoir sous forme de rumeurs crées de toutes pièces…Aude n’a rien pu en tirer … En fait pour eux macron reste le bon républicain opportuniste certes indiscernable et pourtant le représentant idéal de la main du Marché . Un détail qui situe ces deux « modestes » écrivains EM vainqueur (ils ne veulent pas le dire à haute voix) de l’extrême droite .Il serait en danger devant la droite ou (ils l’entrevoient à peine ) devenez qui …. Anne Hidalgo et jadot ..!(se sont les écrivains sociaux libéraux qui s’expriment ) Et bien entendu ils ont naturellement zappé JLM … EN définitive j’ai eu du mal à regarder la vidéo jusqu’à la fin (par respect pour Anne…)

  3. Donc le titre a été choisi en référence à L’Être et le Néant  ? 🙂

    Les remarques, questions et relances de Aude Lancelin, sont particulièrement pertinentes, dès l’entrée en matière : « On n’a pas le sentiment que c’est un livre écrit pour faire tomber Macron » et en effet, à suivre cette interview, on ne l’a pas.
    Or sans un postulat engagé sauf celui de donner à voir, sans prendre position, on ne peut emporter l’adhésion ni du lecteur ( il semble bien ), ni du spectateur.

    Question de AL :  «  Pourquoi n’avoir pas interrogé les opposants ? »  En effet, pourquoi ? Hypothèse : sans doute parce que le portrait ne se voulait pas à charge subjective ( le point de vue de tel ou tel ) mais objective ( les faits, rien que les faits par «  prudence journalistique » ).         

    Les deux journalistes parlent  d’ « ascension hallucinante» ( Lhomme ) d’ « élève ( qui ) a dépassé les maîtres » (Davet ) et le sentiment qu’on retire c’est qu’en dépit de leur enquête qu’on nous dit, et qu’on croit, exigeante et poussée, la fascination pour ce personnage « insaisissable » l’emporte sur la critique ; dès lors, comment en déboulonner la statue … ?

    Au  sujet ô combien d’intérêt «  Patrimoine et financement de campagne » qu’Aude L soulève, on n’aura pas beaucoup de réponses, faute de faits corroborés nous est-il dit. Et pourtant on entend des choses qui, si elles ne sont pas illégales, sont proprement  ahurissantes !,  le  « le financement de son train de vie privé » ( par exemple ?, demande AL à notre place ;-)) les frais de mariage en grande partie payés ( à deux époux millionnaires !! ) par  un monsieur Herman 😉
    Sur le  sujet du «  pacte de corruption » on n’aura à peu près rien …

    Le portrait asséné par AL à coups de citations toutes présentes dans le livre, est imparable.
    Parallèlement, A Lancelin affirme avec clarté un point de vue qu’il est utile de rappeler en cette période électorale : « Je pense que les caractères, les individualités comptent moins que le place au sein des systèmes. »

    Sur Z et le « grand remplacement » il ne paraît être tabou ni en privé, ni même en réunions ministérielles.
    D’ailleurs l’ illibéral Orban est très apprécié du couple Macron…

    Lhomme et Davet ont, au bout de leur enquêtes, conclu que ce président-là  n’a pas de « colonne vertébrale », pas de «  conviction »,  pas de « morale », pas d’ « empathie » pour les Gilets Jaunes ( dont on rappelle,- eux le font-ils dans leur livre ?-, les mutilations : yeux, mains, dont il ne sera rien dit en tout cas dans cette itw ). 
    On comprend pourtant de cet entretien que Macron est toujours vécu par le binôme de journalistes comme un rempart républicain et en cas de remake de 17, on les devine prêts à re-signer volens nolens pour un mandat du même.
    Ce qui ne sera pas notre cas.

    Shakespeare à la fin ( au début :-)), belle mais lourde charge !

    1. Très belle analyse,que je partage. Je crois percevoir aussi dans les propos des deux auteurs une très grande admiration pour M Macron, que je ne partage en rien. Ce qui fait que je ne lirai pas ce livre. Il manque selon moi disons, peut-être, de colonne vertébrale…

  4. Aude Lancelin excellente comme d’habitude. Très heureuse de m’être abonnée pour un an. Mais une fois de plus, je n’ai aucune envie de lire ce livre. Ayant trop peu de temps pour lire, je préfère de loin Juan Franco ou Marc Endeweld. Leurs propos et enquêtes sont et plus clairs et plus complets. Ils ne se contentent pas d’entrouvrir prudemment quelques portes. De même pour les enquêtes

Laisser un commentaire